Charles, le prince activiste, se contentera-t-il de couper des rubans ?
Le prince Charles est automatiquement devenu roi ce jeudi après le décès de sa mère la reine Elizabeth II.

- Publié le 08-09-2022 à 19h45
- Mis à jour le 09-09-2022 à 10h04

Le prince Charles est le nouveau roi du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord, suite au décès ce jeudi de la reine Elizabeth II. Il sera désormais sa majesté Charles III. Ce n'est une surprise pour personne : depuis sa naissance, il y a 72 ans, le fils aîné d'Elizabeth II était destiné à monter sur le trône. Et pourtant, depuis dix ans, les rumeurs circulaient sur le fait qu'il laisserait sa place à son fils aîné William à la mort de sa mère. En cause, son image mitigée auprès des Britanniques provoquée par la révélation de sa relation adultère avec Camilla Parker Bowles pendant la quasi-intégralité de son mariage avec sa première épouse Diana, "la princesse du peuple", mère de William et Harry.
"Le mariage du siècle" vire au cauchemar
Leur mariage, en 1981, avait projeté le futur couple royal au rang de célébrité planétaire et cimenté l'image idéalisée de la monarchie britannique. La naissance de leur premier fils, William, un an plus tard, puis celle de Harry, deux ans après son aîné, laissaient envisager une histoire tout droit tirée d'un livre de contes. Las, leur mariage avait rapidement explosé. Selon Diana, en raison de la relation extra-conjugale de son mari avec son ancienne maîtresse. Aux yeux des critiques du prince de Galles, le décès tragique de son ex-épouse, dans un accident de voiture à Paris, en août 1997, avait évidemment accru sa culpabilité.
De désistement, il n'a cependant jamais été question. Malgré le regard sévère porté par son père, le prince Philip, à l'égard de son fils aîné, qu'il a longtemps jugé trop introverti, trop fragile, puis trop "intello". "Il n'a jamais été question que Charles refuse le trône, il était écrit que Charles serait le prochain roi", nous assurait Robert Jobson, un écrivain spécialiste de la famille royale. "Le système fonctionne car il est connu de tous ; le changer pourrait provoquer son effondrement."
La Reine a préparé le passage de témoin
De fait, Elizabeth II a tâché depuis dix ans d'associer son fils à ses activités. Même si Charles est le souverain anglais le plus âgé à accéder au pouvoir, sa mère voulait, d'abord, lui permettre d'acquérir de l'expérience en vue de son futur métier, mais aussi préparer l'opinion publique au passage de relais. La Reine jugeait, en effet, sans doute nécessaire que la transition s'opère de la manière la plus consensuelle possible pour le bien de la monarchie. Rien de mieux pour cela que d'habituer les Britanniques à voir Charles et son épouse Camilla se rendre à sa place aux quatre coins du royaume et du globe.
Cette stratégie a été couronnée de succès. Au fil des ans, l'image de Charles s'est améliorée. La longévité de sa relation avec sa maîtresse d'alors a fini par rendre son comportement passé plus acceptable. Surtout, le prince de Galles a exposé d'autres facettes de sa personnalité. Son inlassable engagement, depuis 1990, contre le réchauffement climatique et en faveur de mesures de protection de l'environnement a fait apparaître un homme de conviction. D'autant que ses prises de position ne sont pas feintes. Dès 1985, alors que la notion de bio demeure restreinte à des cercles très avant-gardistes, il décide de transformer les méthodes de travail de sa ferme Home Farm. Depuis 1994, toute sa production est bio, jusqu'à la fin de son activité agricole en début d'année.
Le prince activiste
Son activisme a également pris des tournures plus contestées, mais pas forcément impopulaires. En 2009, il est directement intervenu auprès de l'émir du Qatar, qui avait prévu la construction de dix-sept immeubles au milieu du très huppé quartier londonien de Chelsea pour environ 3,5 milliards d'euros. Le prince qualifia ces 548 nouveaux appartements de "pas sympathiques" visuellement et de "pas adaptés au contexte". L'architecte Richard Roger fut retiré du projet et la fondation de Charles en charge d'architecture fut nommée à sa place. Plusieurs architectes internationaux de renom dont Jean Nouvel, Norman Foster ou Renzo Piano, signèrent alors une lettre ouverte comparant ses manœuvres à une attaque "au processus de planification ouvert et démocratique".
Après une Elizabeth II peu impliquée politiquement, le changement pourrait donc se révéler brutal. D'autant que les révélations sur les nombreuses interventions de celui qui était alors Prince de Galles dans des affaires politiques et commerciales sont régulièrement relevées par la presse nationale. C'est l'une des craintes du professeur de sciences politiques à la Metropolitan University Stephen Haseler. "Charles possède une opinion bien plus tranchée, qu'il n'hésite pas à exprimer et il pourrait donc intervenir bien plus dans les affaires de l'État", prévient-il. À moins que son accession au trône ne le force à prendre du recul et à choisir les découpes de rubans d'inauguration aux prises de positions affirmées.
Au fil des ans, l'image de Charles s'est améliorée. La longévité de sa relation avec sa maîtresse d'alors a fini par rendre son comportement passé plus acceptable