En Allemagne, week-end crucial dans deux régions après une campagne électorale agressive
Si les chrétiens-démocrates devraient s'imposer dans les deux régions que sont la Hesse et la Bavière, la bataille est rude pour la deuxième place et l'extrême-droite est aux aguets.
- Publié le 07-10-2023 à 07h01

C'est une campagne électorale tendue qui s'achève en Bavière et en Hesse. Dans ces deux régions de l'ouest de l'Allemagne, 13 millions d'électeurs sont appelés à renouveler leurs parlements régionaux ce dimanche 8 octobre. Dans les deux cas, si l'on en croit les enquêtes d'opinion, les chrétiens-démocrates devraient confirmer leur leadership local. En Bavière, l'Union chrétienne-sociale (CSU) du ministre-président Markus Söder est donnée en tête avec 37 % des intentions de vote. Idem en Hesse où l'Union chrétienne-démocrate (CDU) est créditée de 32 % des voix. La course s'annonce en revanche plus serrée pour la deuxième place.
En Bavière, les écologistes, les populistes du parti des Électeurs libres, qui gouvernent depuis cinq ans avec Markus Söder, et l'extrême-droite de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) sont au coude à coude. En Hesse, les écologistes, au pouvoir avec la CDU depuis 2018, les sociaux-démocrates et l'AfD sont donnés dans un mouchoir de poche.
Dans ces deux régions, la campagne électorale prend en tout cas fin dans une ambiance marquée par la crise économique, migratoire, climatique et par la guerre en Ukraine. "L'ambiance est très agressive", confirme Johannes Hillje, du think tank "Le centre progressiste". "On constate une 'polarisation affective' de la part de certains partis qui attaquent leurs concurrents non pas sur la base d'arguments mais dans le but de les délégitimer. Ils les attaquent pour ce qu'ils sont. Markus Söder par exemple a utilisé une rhétorique anti-écologiste très forte, estimant que les Verts n'ont pas de 'gènes bavarois'. On le voit aussi avec l'AfD qui attise les sentiments hostiles surtout contre les Verts", commente ce politologue.
Un test pour l'extrême-droite avant les européennes
Si l'AfD réussit à s'imposer (en Hesse), ce sera la preuve qu'elle est une force politique nationale stable. Ce sera un signal fort à l'approche des élections européennes
Dans ce contexte, la question migratoire trouve un écho particulier alors que 350 000 demandes d'asile sont attendues d'ici la fin de l'année dans le pays. Sans surprise, l'AfD et le parti bavarois des Electeurs libres surfent sur la vague et voient leurs scores augmenter. Avec 15 à 17 % d'intentions de vote, l'AfD pourrait battre son record en Hesse, une région plutôt nantie jusque-là peu sensible à sa rhétorique antimusulmans, anti immigration et eurosceptique. "Si l'AfD réussit à s'y imposer, ce sera la preuve qu'elle n'est pas un simple phénomène est-allemand mais une force politique nationale stable. Ce sera un signal fort à l'approche des élections européennes", commente Benno Hafeneger, politologue de l'Université de Marbourg.
Mais la surenchère migratoire est aussi le fait des chrétiens-démocrates. La semaine dernière, le patron de la CDU, Friedrich Merz, a conspué les "300 000 déboutés du droit d'asile non expulsés" qui "se font refaire les dents" tandis que "les citoyens allemands, à côté, n'obtiennent pas de rendez-vous" chez le dentiste. Ces propos ont provoqué un tollé hormis à l'extrême droite qui se sent confortée dans ses positions.
Les récentes menaces sécuritaires entourant les deux co-présidents de l'AfD ajoutent à cette atmosphère de tension et de confusion. Alice Weidel a annulé sa participation à un meeting de campagne le 3 octobre en Bavière sur la base de menaces – confirmées par la police – contre elle et sa famille. Censée être mise sous protection policière, la députée a pourtant été vue quelques heures plus tôt en terrasse sur l'île de Majorque.
Le lendemain, c'est son collègue Tino Chrupala qui a été mené à l'hôpital avant un meeting. Si l'AfD parle d'un "acte malveillant", la police n'a pas pu confirmer cette thèse qui agite toutefois les médias sociaux. "La situation est confuse mais quelle que soit la réalité des faits, il semble que l'AfD surjoue le rôle de la victime pour mieux mobiliser son électorat", commente M. Hillje. "On ne sait pas encore quelle influence ces incidents vont avoir sur le vote de dimanche", ajoute-t-il. Premiers éléments de réponse dimanche soir à l'issue du scrutin.