Un homme politique belge a travaillé comme informateur pour des espions chinois pendant trois ans
Des journaux ont pu se procurer les échanges par messages entre l'homme politique et un agent chinois.
- Publié le 15-12-2023 à 09h35
- Mis à jour le 15-12-2023 à 19h24
"Est-ce que tu pourrais m'écrire un rapport sur Charles Michel, à propos de ses opinions politiques, sa personnalité, ses hobbys et son avis sur notre pays [la Chine] ?". Voilà le genre de messages que Frank Creyelman, député honoraire flamand et président du groupe Vlaams Belang au conseil communal de Malines, a reçu entre 2019 et fin 2022. Il a joué un rôle d'informateur auprès d'espions chinois d'après une enquête menée par The Financial Times, Der Spiegel et Le Monde. Ces derniers ont pu se procurer des centaines de messages échangés entre l'homme politique belge et un agent de l'agence chinoise d'espionnage.
Daniel Woo, agent de l'agence d'espionnage du ministère chinois de la sécurité d'État, aurait fait pression sur Frank Creyelman. Répression par la Chine de la démocratie à Hong Kong ou encore persécution des Ouïgours, l'homme politique belge devait influencer les discussions sur ces sujets au sein des institutions européennes. Fin 2022, le Frank Creyelman a reçu ce message de la part de Daniel Woo : "Notre objectif est de diviser les relations entre les États-Unis et l'Europe". Au même moment, le chancelier allemand Olaf Scholz était sur le point de se rendre en Chine. Il a ainsi été demandé à l'ancien député belge de convaincre deux eurodéputés de droite de déclarer publiquement que les États-Unis et le Royaume-Uni compromettaient la sécurité énergétique de l'Europe.
Le Vlaams Belang l'exclut
A noter que suite à ces révélations, le Vlaams Belang a décidé de passer à l'action. Vendredi matin, le président Tom Van Grieken a demandé au conseil d'administration du parti d'exclure Frank Creyelman en tant que membre. Dans l'attente de la réponse, l'ancien député a été suspendu avec effet immédiat. Mais une heure plus tard, comme le relaient nos confrères de la Dernière Heure, le président VB annonçait que la décision avait été prise. Frank Creyelman est exclu. Motif ? Ses actions vont à l'encontre du but et de l'essence, voire du nom du Vlaams Belang. Pour le président, la loyauté des nationalistes ne peut être dirigée qu'envers la nation flamande.

Alexander De Croo: "L'affaire Creyelman démontre le danger de l'extrême-droite"
L'utilisation par des espions chinois de l'ancien parlementaire Vlaams Belang Frank Creyelman "démontre que l'extrême-droite peut être dangereuse pour la société", a déclaré vendredi le Premier ministre Alexander De Croo, en marge d'un sommet européen à Bruxelles.
Le chef du gouvernement fédéral a dit prendre l'information très au sérieux: "Je trouve cela très problématique et j'espère que cela pourra être clarifié rapidement." "Cela signifierait en réalité que certaines personnes sabotent notre prospérité, notre sécurité, notre démocratie de l'intérieur, à partir d'un parti qui siège au parlement de notre pays, qui siège au Sénat", a-t-il ajouté.
"C'est un sénateur du Vlaams Belang qui fait la Une du Financial Times. Le monde entier l'a vu et j'espère que des mesures seront prises", a déclaré M. De Croo. "Cela montre que l'extrême droite peut être dangereuse pour notre société.
