Certaines auditions de candidats commissaires européens seront plus tendues que d'autres. Hadja Lahbib devra convaincre
Plusieurs commissaires désignés seront davantage sous pression, lors de leur grand oral devant le Parlement européen. La dernière journée du 12 novembre verra les six vice-présidents et vice-présidentes être interrogés.
- Publié le 04-11-2024 à 07h19

Selon les observateurs et les pronostiqueurs de tout poil, certaines auditions s'annoncent plus tendues que d'autres. Dont celles, le 12 novembre, de la socialiste espagnole Teresa Ribeira et du centriste français Stéphane Séjourné, respectivement vice-présidente chargée de la Transition et vice président chargé de la Stratégie industrielle. La première sera sans doute mise sur le gril par la droite, et en particulier par ses compatriotes. Le second, choisi par Paris après le retrait (contre son gré) de Thierry Breton, devra prouver qu'il a les épaules assez larges pour la mission que lui a confiée la présidente von der Leyen.
On suivra aussi avec attention, le même jour, l'examen de la nouvelle cheffe de la diplomatie, Kaja Kallas – l'ancienne Première ministre estonienne part avec l'avantage d'avoir déjà été préalablement choisie par les chefs d'État et de gouvernement de l'Union. L'audition du conservateur autrichien Magnus Brunner, en charge de la Migration, le 5 novembre ne manquera pas non plus d'intérêt.
Des questions embarrassantes pour la candidate belge ?
Le nom de la libérale belge Hadja Lahbib est souvent cité, quand on évoque les candidats dont la position est la plus fragile. Candidate surprise désignée par la Belgique, à l'instigation du président du MR, Georges-Louis Bouchez, qui l'a préférée au commissaire sortant Didier Reynders, Mme Lahbib peut s'attendre à devoir répondre à des questions embarrassantes. Notamment sur son rôle dans la délivrance de visas à une délégation iranienne, en juin dernier, en sa compétence de ministre des Affaires étrangères. Il est également probable que l'ancienne journaliste de la RTBF soit interrogée sur le voyage effectué en 2021 en Crimée annexée, munie d'un visa russe.
Plus globalement, Hadja Lahbib – qui sera auditionnée le 6 novembre par des députés des commissions du Développement ; de l'Environnement ; des Libertés civiles et du Droit des femmes et de l'Egalité des genres – aura fort à faire pour lever les doutes quant au fait qu'elle est la personne indiquée pour détenir le portefeuille de la Préparation et de la Gestion des crises ainsi que celui de l'Égalité. Selon diverses sources, la Belge a été très intensément préparée à l'examen parlementaire par son cabinet provisoire.
Le Hongrois Varhelyi a tout pour déplaire aux députés
Le Hongrois Oliver Varhelyi commissaire désigné à la Santé et au Bien-être animal, apparaît comme une victime désignée. Proche du Premier ministre illibéral Orban, apparenté au groupe d'extrême droite des Patriotes pour l'Europe, le commissaire sortant à l'Élargissement a tout pour déplaire aux eurodéputés européens, qu'il avait publiquement qualifiés "d'idiots" lors de la législature précédente. Oui mais : n'existe-t-il pas un risque qu'en cas d'échec de son candidat, Viktor Orban prenne son temps pour désigner un remplaçant, retardant l'entrée en fonction de la Commission. Un scénario redouté par les uns, mais auxquels ne croient pas les autres.
Désignée en lieu et place de Tomaz Vesel, sur insistance de la présidente von der Leyen, qui réclamait une candidate à Ljubljana, la Slovène Marta Kos (Élargissement) devra s'expliquer sur son passé de lobbyiste. Elle sera par ailleurs sans doute interrogée sur sa démission du poste d'ambassadrice de son pays en Allemagne et en Suisse sur fond de mauvaise gestion. Le Maltais Glenn Micallef (Équité intergénérationnelle, Jeunesse, Culture et Sport), ex-chef de cabinet du Premier ministre socialiste Abela apparaît comme l'un des maillons les plus faibles de l'équipe von der Leyen II.
Commissaire désigné à la Cohésion et aux Réformes, Raffaele Fitto fera, sauf surprise, partie de la prochaine Commission. La question pendante est de savoir si les groupes progressistes toléreront que l'Italien, envoyé à Bruxelles par la Première ministre post-fasciste Giorgia Meloni, conserve le rang de vice-président. Et jusqu'où ils seraient prêts à aller pour avoir gain de cause.
