Derrière le scandale du périscolaire à Paris, les silences de l'État
Les alertes ont été nombreuses ces dernières années pour dénoncer les dysfonctionnements dans le périscolaire, à Paris comme ailleurs en France, sans provoquer de réaction politique à la hauteur de l'enjeu.
- Publié le 18-05-2026 à 22h10
- Mis à jour le 18-05-2026 à 22h14

C'était le sujet majeur pendant la campagne des élections municipales à Paris : le scandale des violences physiques et sexuelles dans le périscolaire. Il a pris de l'ampleur en 2025, au fil des révélations dans la presse visant des travailleurs chargés de l'encadrement et de l'animation d'enfants à l'école au-delà du temps scolaire.
Alors que la capitale compte quelque 270 écoles maternelles publiques, le parquet de Paris a ouvert des enquêtes pour de possibles violences dans" 84 [d'entre elles, ainsi que dans] une vingtaine d'écoles primaires et une dizaine de crèches", a confié la procureure de la République de Paris, Laure Beccuau, ce dimanche au micro de RTL. "A priori, tous les arrondissements parisiens sont concernés."
Une dizaine d'enquêteurs de la brigade criminelle travaillent sur ces dossiers, si nombreux que les moyens existants ne sont pas suffisants. En termes de poursuites, cinq personnes ont déjà été convoquées devant le tribunal correctionnel.
Ces révélations font suite à celles du nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, qui affirmait en avril que 78 animateurs avaient été suspendus depuis le début de l'année, dont 31 pour des suspicions de violences sexuelles.
Ce lundi sur RTL, Emmanuel Grégoire, qui avait confié fin 2025 avoir lui-même été victime de violences sexuelles lors d'activités périscolaires quand il avait 7 ans, a salué" l'accélération des enquêtes", avant de préciser qu'elles" ne concernent pas uniquement la pédocriminalité". Il a ensuite rappelé qu'un plan dédié d'une vingtaine de millions d'euros a été adopté mi-avril par le Conseil de la capitale, et que des mesures ont déjà été prises." Nous avons changé les procédures de recrutement, de contrôle, nous réalisons des inspections. Nous lançons aussi ce soir la convention citoyenne sur les temps de l'enfant à l'école."
Les Rois du silence
Cheffe adjointe du service Police-Justice Île-de-France au quotidien Le Parisien, Victoire Haffreingue-Moulart a enquêté sur le sujet. Dans son livre Les Rois du silence – Périscolaire, l'enquête choc (Robert Laffont) qui sort ce jeudi, la journaliste a voulu mettre en lumière les défaillances du système, notamment en ce qui concerne le recrutement des animateurs et leur formation, qui peuvent conduire à des conséquences." Les municipalités sont confrontées à un vrai manque d'animateurs. Elles se retrouvent avec des candidatures de personnes sans expérience, sans diplôme, embauchées faute de mieux. Elles les lâchent parfois, sur le terrain, sans la moindre formation, sans savoir comment prendre en charge des enfants. Cela peut aussi arriver parce que la législation le permet. Et cela peut donner lieu à des violences physiques, sexuelles, ou ce que l'on appelle des violences éducatives. Quand on n'a pas de formation, ni d'expérience, on peut reproduire potentiellement l'éducation que l'on a eue, ce qui n'est pas forcément la plus adaptée pour des enfants."
Victoire Haffreingue-Moulart souligne également que ce scandale concerne toute la France, et pas seulement Paris." C'est d'ailleurs bien pratique que Paris soit dans le viseur parce que ça permet de pointer la responsabilité d'une municipalité alors qu'en réalité, il y a une responsabilité de l'État qui s'occupe de l'organisation de ces temps périscolaires, et qui a décidé de déléguer, encore une fois, aux municipalités, sans leur en donner les moyens. Des collectifs comme SOS Périscolaire ont d'ailleurs tiré la sonnette d'alarme pendant des années, et pourtant, personne ne s'est saisi du sujet."
Malgré également un rapport alarmant de l'Inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche (IGESR), remis dès juillet 2021, les ministres de l'Éducation nationale et les gouvernements successifs sont restés très discrets sur le sujet." Tout ce que je raconte dans mon livre se trouvait déjà dans ce rapport, mais personne n'a visiblement jugé bon de le lire, et d'en tirer les conséquences", grince la journaliste du Parisien." Le titre de mon livre, Les Rois du silence, fait d'ailleurs référence à l'omerta dans le périscolaire, mais aussi à l'État, resté silencieux malgré les nombreuses alertes."