Municipales 2026 : à Marseille, la gauche se déchire, le RN en embuscade
La succession du maire sortant s'annonce ardue. Les enjeux sont considérables pour la deuxième ville de France : la gauche parviendra-t-elle à conserver la Cité phocéenne ? L'extrême droite peut-elle provoquer un séisme électoral en conquérant la ville ?

- Publié le 10-03-2026 à 06h44
- Mis à jour le 10-03-2026 à 09h51

Lors du débat organisé par BFMTV, les candidats marseillais ne se sont pas contentés d'échanger des projets : ils se sont lancé des anathèmes, reflet d'une campagne sous tension. Dans cette ville fracturée, où plus de 200 000 habitants vivent avec moins de 1 000 euros par mois, la bataille municipale concentre plusieurs lignes de fracture françaises : gauche radicale contre gauche modérée, progression du RN, affaiblissement de la droite républicaine.
Un scrutin indécis à Marseille selon un sondage
Un sondage Elabe réalisé pour BFMTV, La Provence et Le Figaro crédite le maire sortant, le socialiste Benoît Payan, de 31 % des intentions de vote, juste devant le candidat du Rassemblement national, Franck Allisio, à 29 %. Martine Vassal, candidate de la droite et du centre (Les Républicains, Renaissance, Horizons, UDI, MoDem), plafonne à 21 %, tandis que le candidat de La France insoumise, Sébastien Delogu, recueille 12 %, ce qui permettrait aux quatre principaux candidats de se maintenir au second tour.
Derrière ces chiffres, Marseille apparaît comme un laboratoire des tensions nationales. L'affrontement entre une gauche radicale et une gauche de gouvernement, longtemps résumé par la formule des "deux gauches irréconciliables", s'y rejoue à grande échelle, avec un Rassemblement national en position d'arbitre, voire de conquête. La venue de Jean-Luc Mélenchon le 7 mars pour soutenir son ancien chauffeur, et celle de Jordan Bardella la veille pour appuyer son candidat, ont achevé de nationaliser le scrutin : Marseille devient l'un des premiers champs de bataille officieux de la présidentielle à venir.
Le choix de LFI fait polémique à Marseille
Benoît Payan, à la tête de la liste du Printemps marseillais, avance avec un avantage fragile. Soutenu par une coalition allant du Parti socialiste aux écologistes, en passant par les communistes et Place publique, il doit composer avec une liste insoumise autonome. L'ancien premier adjoint de Michèle Rubirola, à qui il a succédé à sa démission fin 2020, met en avant son bilan : rénovation d'écoles, lutte contre l'habitat indigne, doublement de la police municipale et investissements liés au plan "Marseille en grand".
Mais il se heurte à un double front : une ville marquée par le narcotrafic et une gauche éclatée. "LFI fait le choix inquiétant et dangereux de la division au moment où le RN est haut", déplore-t-il dans le Figaro. Il assure que si Sébastien Delogu arrive devant lui au premier tour – une hypothèse peu probable -, il se retirera pour faire barrage au RN.
Sa campagne reste toutefois fragilisée par le signalement d'un ex-préfet à la justice sur de possibles délits de favoritisme dans le plan de rénovation des écoles.
Face à lui, Franck Allisio, député RN des Bouches-du-Rhône et candidat de la liste "Marseille en ordre", assume une campagne centrée sur la sécurité. Ancien LR rallié au Front national en 2015, il propose notamment de tripler les effectifs de la police municipale, de doubler les caméras de vidéoprotection et de créer plusieurs brigades spécialisées contre les stupéfiants ou les squats.
Dans ce paysage polarisé, Martine Vassal, présidente de la métropole Aix-Marseille-Provence et candidate des Républicains alliés au camp présidentiel, peine à s'imposer. En pleine campagne, elle a déclenché une polémique en reprenant le triptyque pétainiste "travail, famille, patrie". Sa permanence a ensuite été dégradée avec l'inscription "À mort Vassal", ce qui l'a conduite à accuser "l'ultragauche" de lui avoir mis "une cible dans le dos". Tandis que Franck Allisio lui tend la main pour faire "barrage à l'extrême gauche", elle répète vouloir "combattre le RN".
En embuscade enfin, Sébastien Delogu, député LFI des Bouches-du-Rhône, espère mobiliser abstentionnistes et électeurs des quartiers populaires, sensibles aux questions sociales et internationales. Réélu dès le premier tour aux législatives de 2024 avec près de 60 % des voix dans la 7ᵉ circonscription, cet ancien chauffeur de taxi dispose d'un solide capital militant. Il doit cependant être jugé en juin pour avoir diffusé sur ses réseaux sociaux certains documents privés d'un chef d'entreprise avec lequel il était en conflit social.
Reste la question clé : en cas de second tour serré, acceptera-t-il de se retirer pour éviter une quadrangulaire favorable au RN ? Jean-Luc Mélenchon s'est dit ouvert à "un accord de fusion technique", laissant planer la menace d'un maintien. Dans une ville où la peur, la colère sociale et les calculs d'appareil s'entremêlent, Marseille s'apprête à servir de test grandeur nature pour la gauche française.