Une affaire de tête de cochon secoue la campagne municipale à Nice : "C'est le pire qui puisse arriver, on parle là de déstabilisation"
En pleine campagne municipale à Nice, l'affaire de la tête de cochon déposée devant le domicile de Christian Estrosi prend une nouvelle tournure judiciaire.
- Publié le 14-03-2026 à 19h35

La campagne des municipales niçoises sombre dans le marasme. Alors que la ville semble gagnable par l'extrême droite d'Eric Ciotti (UDR), elle est bousculée par une affaire de tête de cochon déposée sur le portail du maire depuis 2008 et candidat Horizons, Christian Estrosi, et dont la justice tente toujours de retrouver le cerveau. Un dossier qui arrive à l'orée du premier tour du scrutin. "C'est la honte de la République, déplore un observateur de la politique locale. C'est le pire qui puisse arriver. On parle là de déstabilisation avant des élections."
Dans cette enquête, au casting éclectique et au mobile insondable, ouverte pour provocation à la haine ou à la violence et violences aggravées, deux nouvelles personnes ont été mises en examen ce vendredi 13 mars, pour un total de quatre. Les enquêteurs sont sur la piste de la manipulation. Le maire de Nice était-il au courant ? Qui est dans la confidence et qui est la tête pensante ? "A ce stade de la procédure et des investigations, aucun élément ne permet d'envisager la possible participation directe ou indirecte aux faits d'autres personnes que celles actuellement mises en examen et celles identifiées et recherchées", a écrit le procureur de Nice ce vendredi.
Remontons au 27 février et au dépôt d'une tête de cochon coupée en deux accompagnée d'une photo de Christian Estrosi, de l'inscription "connard" et d'une étoile de David. Immédiatement, l'émotion entoure cet acte teinté d'antisémitisme. C'est que le maire de Nice a affiché pendant des mois des drapeaux israéliens sur le fronton de sa mairie et qu'il est marié à Laura Tenoudji, de confession juive. "Abject", dit Estrosi sur Facebook. Il porte plainte.
Curieux casting
La ville de Nice est l'une des plus vidéosurveillées de France – grande fierté d'Estrosi. Les images sont saisies. Très vite, les policiers retrouvent deux suspects tunisiens, mis en examen et placés en détention provisoire. Ils ont déposé la tête de cochon. Derrière eux, un curieux casting.
Parmi les personnages de l'histoire, on retrouve un ancien policier d'extrême droite ayant exercé pour la direction de la surveillance du territoire, deux sœurs, un spécialiste de marketing digital, la conseillère presse du maire et, forcément, Estrosi. Tous ont été entendus. "Une rencontre était notamment organisée avec le maire de Nice en vue d'une éventuelle implication dans la campagne sur l'aspect réseaux sociaux", relate le procureur.
Le spécialiste du marketing digital a bien rencontré l'ancien policier et l'un des Tunisiens. Il aurait, selon le procureur, joué un "rôle d'interface entre l'équipe officielle de communication et l'informaticien originaire de Tunisie". Mais cette connaissance de Laura Tenoudji "conteste toute participation directe ou indirecte à l'épisode de la tête de cochon". Les scénarios sont ouverts. Connaissait-il le projet dans son intégralité ? A-t-il servi d'hameçon ? L'homme a été mis en examen vendredi, tout comme l'ancien policier.
Christian Estrosi se porte partie civile. "Est-ce qu'on peut imaginer un seul instant que […] j'aurais pu participer à cette manipulation ?" affirmait-il jeudi en conférence de presse. Son avocat et colistier Gérard Baudoux : "Le principe d'une infiltration, c'est de trouver des gens qui vont permettre de s'approcher de celui ou de celles qui deviennent les cibles. Manifestement, des gens qui prétendaient avoir certaines capacités en matière informatique, prétexte pris d'aider à la campagne, se sont infiltrés à proximité de Christian Estrosi."
"C'est cracher à la gueule des Niçois"
Christian Estrosi est devancé dans tous les sondages par son ancien disciple, Eric Ciotti. La rivalité exacerbée entre les deux hommes, qui a monopolisé les débats et dont on ne pensait jamais se défaire, est finalement passée au second plan, supplantée par cette tête de cochon.
D'autant que le feuilleton n'en est qu'à ses débuts. Un opposant au maire file la métaphore de la mauvaise histoire : "Ils se croient dans House of Cards, c'est The Office." Au-delà de l'enquête, d'autres s'inquiètent pour la démocratie. "On touche à ce qu'il y a de plus sacré en France : la République et l'élection. C'est notre héritage, notre présent, notre futur. Ce qui compte le plus, regrette un habitué des campagnes niçoises. C'est de la colère, c'est cracher à la gueule des Niçois." Jeudi soir, à l'issue de la dernière réunion publique de Christian Estrosi avant le premier tour, une militante se demandait encore : "A qui profite le crime ?"