"Nous sommes le seul rempart face à l'extrême" : le RN et LFI rêvent d'un face-à-face pour l'Élysée en 2027
En mettant en scène leur opposition, le Rassemblement national et La France insoumise veulent installer dans le débat public le scénario d'un face-à-face entre eux au second tour de l'élection présidentielle de 2027.
- Publié le 13-06-2026 à 18h55
- Mis à jour le 13-06-2026 à 19h03

Situés aux deux extrêmes de l'échiquier politique français, le Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen et de Jordan Bardella et La France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon cultivent leur opposition et s'en nourrissent depuis de longs mois. Ils cherchent ainsi à imposer dans l'opinion le récit d'une présidentielle réduite à un choix entre deux France irréconciliables, invisibilisant toutes les autres forces politiques. Leur objectif : se retrouver en face-à-face au second tour de l'élection présidentielle de 2027.
Ennemis publics, mais intérêts communs
Un duel des extrêmes est-il possible ? C'est plausible, ça l'est même de plus en plus, à en croire les enquêtes d'opinion.
Tous les sondages réalisés pour l'instant garantissent déjà au candidat d'extrême droite d'arriver au second tour de l'élection présidentielle. Il virerait largement en tête du premier tour avec au minimum 31 % des intentions de vote. Ce candidat, ce sera soit Marine Le Pen, soit Jordan Bardella. Si la première est de nouveau condamnée à une peine d'inéligibilité le 7 juillet prochain par la cour d'appel de Paris dans le procès des assistants parlementaires européens du Front national (FN), le second représentera les couleurs du RN en 2027. Jordan Bardella devance d'ailleurs systématiquement Marine Le Pen de quelques points dans tous les sondages, ce qui alimente les tensions en interne (voir ci-contre).
Quant aux enquêtes d'opinion relatives au second tour, le candidat RN l'emporterait à plate couture face à l'insoumis Mélenchon. Selon un sondage Toluna-Harris pour M6 et RTL publié le 2 mai, Jordan Bardella obtiendrait 68 % des votes face à Jean-Luc Mélenchon (32 %). Marine Le Pen l'emporterait avec 67 %. Le seul candidat qui puisse devancer le RN au second tour d'après les sondages, c'est Edouard Philippe.
Une qualification pour le second tour de Jean-Luc Mélenchon constituerait le scénario le plus favorable pour le RN. Raison pour laquelle le parti d'extrême droite contribue à installer LFI comme son principal adversaire.
"Nous sommes le seul rempart face au péril de l'extrême gauche", écrivaient ce mardi encore Marine Le Pen et Jordan Bardella dans leur newsletter. Le président du RN a même pu demander précédemment à constituer un "cordon sanitaire" face à LFI, reprenant un terme utilisé par les insoumis à destination de son propre parti.
Mélenchon veut arracher la 2è place
Les insoumis utilisent le même langage que leur ennemi. "Nous sommes le dernier rempart face à l'extrême droite", lançait Jean-Luc Mélenchon début mars, avant d'annoncer officiellement sa candidature à l'élection présidentielle.
Le leader LFI joue à ce point sur l'effet miroir avec le RN qu'il a par exemple lancé "On est chez nous !", slogan d'ordinaire attribué à l'extrême droite, à des milliers de personnes réunies ce 7 juin à Saint-Denis pour son premier meeting de campagne.
Mais Jean-Luc Mélenchon peut-il arriver en deuxième position au premier tour et ainsi se qualifier pour le second ? Les dernières enquêtes d'opinion montrent une dynamique ascendante pour le leader insoumis. Elles le donnent en troisième position. Il reste très loin du candidat du RN, mais il talonne dorénavant le candidat du bloc central, que ce soit Edouard Philippe ou Gabriel Attal, et met à bonne distance le candidat de la gauche Raphaël Glucksmann et celui de droite Bruno Retailleau.
L'historique des scores de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l'élection présidentielle, montrant une progression constante, peut aussi lui donner de l'espoir. Il a obtenu 11,1 % en 2012, 19,58 % en 2017 et 21,95 en 2022.
Le leader LFI a aussi pour habitude d'arrondir les angles et d'être plus rassembleur à l'approche de chaque élection présidentielle afin d'arracher des voix aux candidats de la gauche.
Nervosité à gauche et au centre
La confusion qui règne d'ailleurs à gauche – une cacophonie d'ailleurs favorisée depuis des années par le travail de sape de LFI – arrange Jean-Luc Mélenchon. Une partie des cadres écologistes en vient même à préférer un ralliement à LFI qu'à une primaire de la gauche ou une alliance avec Raphaël Glucksmann.
La situation n'est guère plus limpide au sein du bloc central et de la droite. Édouard Philippe (Horizons) stagne dans les sondages. Il perd même des points et voit Gabriel Attal (Renaissance) le rattraper. Les deux anciens locataires de Matignon, qui devront par ailleurs se détacher de leur passé macroniste, peinent aussi à se mettre d'accord sur une méthode pour se départager et ne présenter qu'un seul nom en 2027. Bruno Retailleau, lui, compte bien, coûte que coûte, représenter Les Républicains (LR) à l'élection. Le libéral David Lisnard, ex-LR, a également annoncé qu'il se joignait à la course à l'Élysée.
Or, la multiplication des candidats du centre et de la droite favoriserait Jean-Luc Mélenchon puisqu'elle disperserait les voix entre eux. "La droite et le centre devront avoir un seul candidat si on veut être qualifié au second tour", a prévenu sur TF1 fin mai le président du Sénat et ténor de la droite, Gérard Larcher.
Le ministre de la Justice Gérald Darmanin disait peu ou prou la même chose à la mi-mai sur France Inter. "Je pense qu'aujourd'hui, le second tour, c'est M. Mélenchon contre Mme Le Pen ou M. Bardella. Il faut, comme on dit dans le Nord et à Tourcoing, être bouché à l'émeri pour ne pas le voir. J'essaye, comme d'autres, d'expliquer qu'il [nous] faut un seul candidat", pour éviter ce duel.
Personnalité la plus détestée
Si le leader LFI peut se hisser au second tour, le remporter face au RN est une tout autre paire de manches. Il a quand même près de 20 points de retard selon les sondages.
Jean-Luc Mélenchon ne peut que miser sur le front républicain pour l'emporter. "Ce pays n'est pas rempli de fascistes et de racistes. Quand il aura à choisir entre un pétainiste d'extrême droite et moi, je n'ai pas l'ombre d'un doute sur ce qu'il se passera", a-t-il déclaré début mai à Brut.
Mais lui et LFI ont été tellement clivants ces dernières années qu'ils ont pu définitivement rebuter des électeurs de gauche, du centre ou de droite qui auraient pu être tentés de barrer la route de l'Élysée à l'extrême droite.
Le tribun insoumis reste d'ailleurs la personnalité politique la plus détestée des Français avec une côte de rejet autour de 70 % d'après plusieurs récents sondages, quand celle de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella oscille autour des 50 %. Inverser cette tendance semble très compliqué.
Et c'est là tout le paradoxe. Jean-Luc Mélenchon veut être le rempart contre l'extrême droite. Or, en se hissant au second tour, l'adversaire idéal du RN pourrait bien favoriser la victoire de son ennemi.