"Je les hais": dans la Syrie post-Assad, l'Iran n'est plus le bienvenu
Hostile à l'Iran, le pouvoir syrien cherche au maximum à se tenir à l'écart d'un conflit qui pourrait le déstabiliser davantage.
- Publié le 15-06-2025 à 18h39
- Mis à jour le 18-06-2025 à 17h41

Si elle ne célèbre pas l'attaque israélienne contre l'Iran, commencée vendredi dernier, la population syrienne y voit un juste retour de bâton : pendant quatorze ans, les milices iraniennes et leurs alliés chiites ont permis à Bachar al Assad de conserver l'avantage militaire contre les rebelles aujourd'hui au pouvoir. "Je les hais", témoigne Salameh. Le village et la maison de cet agriculteur du Golan syrien ont été occupés jusqu'en 2018 par le Hezbollah libanais, qui se battait aux côtés du dictateur, déchu en décembre.
Ce musulman sunnite assure n'avoir aucun problème avec Israël, qui occupe pourtant une partie du Golan depuis 1967 et a profité du vide créé par la chute d'Assad pour étendre ses positions dans cette région frontalière. "Mon frère blessé, quand il était dans l'armée libre (mouvement d'opposition à Assad, NdlR), a été soigné chez eux. Une voisine dont l'accouchement s'annonçait mal, aussi. Je suis sûr qu'on peut s'entendre", ajoute-t-il.
Contrairement à d'autres pays de la région, qui ont dénoncé ce nouveau conflit, Damas n'a d'ailleurs pas réagi officiellement. Lui-même a été touché par des dizaines de missiles iraniens, qui ont atteint le Sud samedi soir, selon des résidents.
L'hostilité viscérale du nouveau pouvoir syrien envers Téhéran ne suffit pas à expliquer son silence diplomatique. Affaiblies militairement, les autorités transitoires redoutent surtout qu'une action des groupes pro‑Téhéran ne les entraîne dans un conflit régional. Conscientes des risques, elles viennent de déployer des divisions supplémentaires à la frontière irakienne afin d'éviter toute infiltration de milices pro-iraniennes qui pourraient vouloir viser les huit bases américaines en Syrie et leurs 2 000 soldats. "Les précédents [conflits] suggèrent que, lorsque l'Iran ressent le besoin d'exercer une pression dissuasive sur Israël, il considère les Américains comme des cibles faciles", note le chercheur Charles Lister, spécialiste de la Syrie.
Mais la Syrie post-Assad n'en a surtout pas le désir politique : son nouveau gouvernement fait tout pour se rapprocher de Washington et des pétromonarchies du Golfe, donnant des gages de son engagement contre "l'axe de la résistance". Ces derniers six mois, l'armée syrienne a intercepté une quarantaine de convois d'armes iraniens destinés au Hezbollah au plus grand satisfecit des Américains, qui viennent de lever leurs sanctions contre la Syrie.
En agissant ainsi, Ahmed al Charaa entend aussi améliorer ses relations avec Israël. Le président par intérim de la Syrie a déclaré à plusieurs reprises vouloir adhérer aux Accords d'Abraham, ces traités normalisant les échanges diplomatiques entre Israël et plusieurs pays arabes, sous certaines conditions. Des pourparlers secrets seraient même en cours.
En guise de énième signe de bonne volonté, il a toléré le ravitaillement des F‑35 israéliens sur la base américaine d'Al Tanf, près de Homs, dans le centre du pays. En définitive, ce conflit pourrait accélérer le rapprochement des deux anciens ennemis et faire de la Syrie le grand gagnant de cette nouvelle guerre.
