L'Irak tiraillé entre intérêts américains et loyauté à l'Iran
Bagdad, qui peine à trouver une stabilité politique depuis des décennies, se retrouve au cœur du conflit entre l'Iran et Israël contre sa volonté. Un embrasement régional aurait des conséquences désastreuses pour son économie et sa sécurité.

- Publié le 15-06-2025 à 19h33
- Mis à jour le 18-06-2025 à 17h42

Immédiatement après les attaques israéliennes contre l'Iran, la Green Zone a été fermée. Ce quartier hyper sécurisé, en plein cœur de Bagdad, abrite les principales institutions irakiennes et l'ambassade américaine, dont l'évacuation a été ordonnée quelques jours plus tôt. Ce quartier, dont l'accès est très contrôlé, se transforme en forteresse à la moindre alerte, pour éviter notamment que la mission diplomatique américaine soit saccagée par les milices pro-Iran qui pullulent à Bagdad. À part quelques manifestations, aucune attaque n'a été signalée.
L'espace aérien a également été fermé, et l'ensemble des vols annulés. Avec une exception, celui de Bassorah, dans le sud du pays. C'est par cet aéroport que les citoyens irakiens qui se trouvent à l'étranger, notamment les pèlerins qui se sont rendus à La Mecque pour effectuer le hajj, doivent être rapatriés.
"Le gouvernement irakien exhorte les États-Unis à assumer leurs responsabilités en vertu des accords signés entre les deux pays et à empêcher les avions appartenant à l'entité sioniste de violer à nouveau l'espace aérien irakien", a déclaré le porte-parole des forces armées. Bagdad a également adressé une demande à l'Iran : ne pas attaquer "les intérêts américains" sur son sol, et aurait reçu une réponse positive.
Si l'Irak veut éviter la surenchère et se pose en médiateur, c'est pour assurer sa propre survie. Situé entre l'Iran et Israël, l'Irak, dépendant des États-Unis économiquement et accueillant sur son sol 2 500 soldats américains, est un allié politique des Iraniens, qui contrôlent son gouvernement et ses milices. L'Irak, pays qui a connu des décennies de guerres et d'instabilité, se trouve dans une situation stratégique, géographique, politique et économique intenable.
Une réaction mesurée
La réaction de Bagdad est donc très mesurée. Le gouvernement a multiplié les appels et les rencontres avec les dirigeants du Moyen-Orient, notamment la Turquie et l'Arabie saoudite, pour trouver une issue à la crise et appeler au calme, tout en assurant être solidaire de l'Iran et en condamnant les actions de "l'entité sioniste" (l'existence d'Israël n'est pas reconnue par l'Irak).
En cas d'embrasement, même sans participer au conflit, Bagdad sera immanquablement touchée. Déjà, le dinar s'est affaibli face au dollar, des événements internationaux ont été annulés, et les Irakiens s'inquiètent des importations alimentaires et des exportations de pétrole, dont les revenus constituent 90 % du budget national.