Benjamin Netanyahou, vers l'infini et au-delà ? "Il tente de fuir ses responsabilités mais le public israélien n'est pas dupe"
Après plus de dix-huit ans à la tête du gouvernement, le Premier ministre israélien a déclaré son intention de briguer un nouveau mandat.
- Publié le 28-10-2025 à 06h30

L'homme était déjà désavoué par une partie de la société israélienne avant le 7 octobre, ses attaques envers le système judiciaire ont entraîné à plusieurs reprises des manifestations d'ampleur dans le pays au cours de l'année 2023. Puis sa cote de popularité a brutalement chuté.
Pourtant, Benjamin Netanyahou, 76 ans, s'est maintenu au pouvoir, à coups de virages à droite, malgré l'attaque sanglante du Hamas et ses zones d'ombre sécuritaires. Le 18 octobre, "Bibi" a même annoncé sur une chaîne de télévision locale son désir de se présenter à une nouvelle élection. Et s'est dit confiant quant au fait de gagner.
Popularité de 20 à 35 %
Au cours de l'année 2023, la plupart des sondages internes attribuaient au Premier ministre une cote popularité de 20 à 35 %. "Quand le 7 octobre a eu lieu, Netanyahou se trouvait au plus bas, comme si sa chute était programmée", confirme Thomas Vescovi, auteur de "L'échec d'une utopie, Une histoire des gauches en Israël" (La découverte, 2021).
Le chercheur se souvient être intervenu dans des médias où s'immisçait l'idée d'un possible départ du Premier ministre israélien. Théorie qu'il estimait… peu probable, d'abord et avant tout en raison du soutien invariable des présidents américains à Netanyahou. "Dans le rapport de force international, Netanyahou a compris que son principal allié n'était pas Joe Biden, même si ce dernier se revendique sioniste, mais qu'il pouvait compter sur Donald Trump. Il a donc tenté, à l'aube de cette guerre à Gaza dont il présageait qu'elle serait longue, de gagner du temps en attendant sa réélection."
Israël bénéficie effectivement de l'appui clair du président américain depuis lors, mais la relation Trump-Netanyahou a désormais des airs de "Bibi-sitting" pour reprendre le jeu de mots du journal israélien Ynet utilisé pour qualifier l'encombrante tutelle américaine. Après avoir envoyé coup sur coup son émissaire Steve Witkoff et son gendre Jared Kushner en Israël pour assister au vote sur le cessez-le-feu à Gaza au Parlement, le vice-président J.D Vance a payé à son tour une visite à Jérusalem. La semaine dernière, le secrétaire d'État américain Marco Rubio s'est rendu à son tour dans le sud-ouest d'Israël pour superviser l'installation d'une force internationale dans la bande de Gaza, maintenir la pression en faveur d'une trêve durable avec le Hamas, et œuvrer à la mise en place de relations normalisées avec les pays arabes voisins.
Guerre permanente
La pression américaine en faveur de la normalisation des relations pourrait servir le bilan de Benyamin Netanyahou auprès de ses électeurs, qui aspirent à la fin des échanges de missiles et des roquettes venus d'Iran, du Yémen et du Liban.
Revers de la médaille, une fin de la guerre aux multiples fronts viendrait contredire, toujours selon Thomas Vescovi, la stratégie de "tension permanente" maintenue par le Premier ministre dans le pays afin de "justifier son maintien au pouvoir et galvaniser son électorat". "Quand Netanyahou ne met pas le pays en guerre, les Israéliens sont dans la rue et manifestent contre lui", insiste-t-il.
Un an après le début de l'opération militaire dans l'enclave palestinienne, le Premier ministre s'est en effet lancé dans plusieurs batailles stratégiques. Fin septembre 2023, Israël a ainsi envahi le Liban par l'envoi d'une partie de ses forces armées vers le nord où l'un de ses ennemis régionaux principaux, le Hezbollah libanais, tentait de soutenir le Hamas par des tirs de projectiles près de la frontière. Hassan Nasrallah, dirigeant de l'organisation chiite, a été tué dans un bombardement le 27 septembre 2024, après que plusieurs commandants du mouvement ont été assassinés quelques jours plus tôt dans l'explosion de bipeurs piégés par Israël.
L'élimination des principaux chefs du Hamas a suivi, ainsi que le meurtre du leader de l'organisation islamiste Yahya Sinwar, dans le quartier de Tel Sultan, à Rafah, dont les derniers instants ont été enregistrés par un drone israélien. L'attaque israélienne sur l'Iran, en juin dernier, a également remporté en Israël un écho favorable. Selon plusieurs observateurs de la vie politique israélienne, après ces victoires symboliques et après avoir fait rentrer les otages du Hamas en Israël, Benjamin Netanyahou serait aujourd'hui en mesure de présenter un bilan positif. Malgré l'échec sécuritaire cuisant du 7 octobre 2023.
L'épine du 7 octobre
Rien n'est toutefois gagné. Selon un sondage de l'Institut israélien pour la démocratie publié le 30 septembre, 64 % des Israéliens estiment que Benjamin Netanyahou doit prendre des responsabilités pour l'attaque du Hamas en Israël et pensent qu'il doit démissionner. Après le 7 octobre, de hauts responsables militaires et les services de renseignements israéliens ont admis leurs manquements. Mais le chef du gouvernement refuse toujours de reconnaître les siens deux ans plus tard.
"Cette attaque a été la plus désastreuse dans l'histoire d'Israël, et elle est en grande partie de la responsabilité du Premier ministre", rappelle Nimrod Goren, président et fondateur de l'institut d'analyse israélien Mitvim. Netanyahou blâme les militaires, les manifestants anti-gouvernement, il bloque une commission d'enquête nationale, tente de fuir ses responsabilités mais le public israélien n'est pas dupe, je crois".
Les diverses affaires de corruption reprochées au Premier ministre par la justice israélienne pèsent également dans la balance et la volonté de renouveau à la tête du pouvoir. Ainsi que les mandats d'arrêts émis par la Cour pénale internationale en novembre 2024 à l'encontre de Benjamin Netanyahou et son ancien ministère de la Défense Yoav Gallant.
"Monsieur Sécurité"
Selon Nimrod Goren, la suite dépendra du narratif adopté par Benjamin Netanyahou lors de sa campagne, afin de tenter de redorer l'image de "M. Sécurité" d'Israël qu'il s'évertue à construire depuis des décennies, et que le 7 octobre 2023 aura profondément entachée. "Quand le temps sera venu, il y a la croyance dans certains cercles de réflexion que nous aurons un nouveau leadership, même s'il varie peu en termes d'idéologie", résume le chercheur, convaincu que le public israélien souhaite voir arriver au pouvoir une personnalité "fiable, sans corruption, ni polarisation" après deux ans de guerres sur tous les fronts.
Les noms susceptibles de pouvoir remplacer Netanyahou sont nombreux. Parmi eux, Naftali Bennett, ex-Premier ministre ultra-libéral et ultra-religieux très favorable à la poursuite de la colonisation dont le programme pourrait séduire un électorat israélien de plus en plus droitiste. Au sein de la gauche sioniste, les yeux se tournent vers Yaïr Golan, chef des Démocrates, dont la difficulté principale serait de défendre la formation d'une coalition stable dans un camp traditionnellement divisé.
