Pourquoi les amitiés deviennent-elles plus difficiles à l'âge adulte ?
Les amitiés peuvent énormément évoluer à travers les années et les stades de vie. Mais ce changement peut toutefois être déstabilisant. Témoignages.

- Publié le 01-11-2026 à 17h28

Plus on grandit, moins on voit ses amis. Ce changement d'habitude et de rythme perturbe davantage la génération Z (personnes nées entre 1997 et 2012), qui met le pied dans le monde du travail.
Elle a donc moins de moments avec ses amis et constate que son rythme a changé depuis la fin des années sur les tables de l'école ou en auditoire.
Les amitiés sont aussi importantes que les relations amoureuses
Pourtant, l'importance des amitiés est de plus en plus revendiquée. Dans les colonnes de British Vogue, la journaliste explique que ses amitiés ne sont pas "des lots de consolations" mais de "véritables piliers", qualifiés d'aussi importants que les relations amoureuses.
India Vogue met aussi en avant ce phénomène. De plus en plus d'amis achètent un logement ensemble, ouvrent des comptes joints ou encore organisent des mariages platoniques. Pour la journaliste, l'amitié devrait servir de référence à toutes nos relations. Et ses relations ne demandent aucune bague, aucun contrat, aucun titre officiel, aucun avantage financier. Les amis, longtemps relayés au second plan, sont présents par pur choix, ce qui rendrait ces liens plus authentiques.
Mais des relations amicales aussi fortes peuvent encore se faire rares. Les amitiés sont souvent confrontées aux rythmes de vie différents de chacun, ainsi qu'aux changements, comme le passage de l'université au monde du travail.
C'est ce que démontrent trois témoignages de jeunes travailleurs issus de la génération Z, récoltés par La Libre.
La fin de la scolarité crée un chamboulement
Depuis qu'Adrien, 25 ans, a quitté les études, ses relations amicales ont beaucoup évolué. "En raison de la nature de mon travail, il m'a été difficile de nouer de nouvelles amitiés en dehors de mes quelques collègues", explique-t-il. "Dans mes relations amicales, un tri s'est fait naturellement. Certaines amitiés se sont terminées, tandis que celles qui reposaient sur des bases vraiment solides ont perduré", ajoute-t-il, en précisant qu'il voit ses amis de manière plus occasionnelle qu'avant.
Pour le jeune homme, ces changements s'expliquent notamment par le milieu scolaire où l'on voyait quotidiennement des amis. "À force de se voir, des liens forts se créent naturellement. De plus, à cet âge, on est encore en train d'apprendre nos propres limites, les normes sociales, et l'image que l'on veut projeter. Comme on ne sait pas encore exactement qui l'on est ni vers quoi on veut tendre, il est beaucoup plus facile de s'ouvrir et d'être spontané avec les autres. À l'âge adulte, la situation change complètement. La spontanéité devient plus difficile et il est nettement plus complexe de nouer de nouvelles amitiés", souligne-t-il.
Adrien confie qu'au début, cette phase d'adaptation a été difficile à vivre : "Tout un monde changeait du jour au lendemain. J'étais très attaché à ma vie d'avant, dans laquelle j'avais investi beaucoup de temps et d'énergie".
Ne plus avoir certaines attentes à propos des autres
Alice, 26 ans, observe aussi un changement dans ses relations amicales depuis la fin de ses études. "On se voit clairement moins et on a moins de temps pour se voir. Chacun a sa vie, son rythme de travail, donc cela devient de plus en plus compliqué de faire des choses plus spontanées", explique-t-elle. "Je sens que tout s'accélère de mon côté aussi, que ma vie se construit de plus en plus, même si auparavant je me comparais plus aux autres, surtout quand j'étais en recherche de travail. À un moment c'était un peu compliqué de voir tout le monde évoluer et avancer, alors que j'avais l'impression de stagner", témoigne-t-elle.
"Je me suis un peu éloignée de certaines personnes, notamment parce que l'on n'était plus sur la même longueur d'onde. On prend des chemins de vie différents", confie-t-elle. "J'ai aussi envie d'accorder plus de temps aux vrais amis, à ceux sur qui je peux vraiment compter", poursuit la jeune femme.
Étant partie plusieurs mois en Amérique latine, entre la fin de ses études et le début de sa carrière professionnelle, Alice a pris plus de recul sur son quotidien et ses relations sociales. Au cours de cet entretien, elle explique, avec le temps, avoir moins d'attentes à propos des autres.
Pour garder un contact régulier avec ses meilleures amies d'enfance, Alice utilise souvent les réseaux sociaux, mais ce canal commence à la lasser. "J'en ai un peu marre que l'on se raconte notre vie ou des histoires sur notre journée parce que, quand on se voit, j'ai l'impression que l'on n'a plus rien à se dire, vu que l'on sait déjà tout par message". Alice opte alors pour des moments de qualité avec ses proches, et prend de temps en temps des nouvelles sans tout dévoiler.
Des amitiés en fonction du stade de vie
Alors que pour Nora, 25 ans, les réseaux sociaux permettent à l'inverse, de garder contact. "L'amitié ne nécessite pas forcément de se voir de manière hyper régulière, toutes les semaines, toutes les deux semaines, ou encore moins tous les jours. La vraie amitié est celle qui ne bouge pas, mais par contre elle s'entretient. L'ère numérique nous permet justement de prendre des nouvelles des personnes", évoque-t-elle.
La jeune femme a gardé le même groupe d'amis depuis les secondaires, mais elle affirme que le contact avec eux est devenu plus espacé. "La fréquence est beaucoup moins importante qu'avant étant donné la charge mentale du quotidien. Le tout prend de la place. J'ai moins de temps pour mes amis mais cela n'empêche pas que lien reste maintenu", témoigne-t-elle.
Lorsque la jeune femme retrouve ses amis, c'est souvent en grand groupe, lors de certaines occasions. Raconter des anecdotes peut alors être plus complexe. "Je parle un petit peu moins de ma vie privée, de mes relations, de mon boulot, parce qu'il n'y a pas la place pour que tout le monde aborde ses difficultés, ses problèmes, ses joies, ses peines".
Elle privilégie alors les moments avec des groupes plus restreints pour créer plus de souvenirs. Ce constat fait écho à la "catch-up culture". Interrogée par Le Monde, la psychologue Line Mourey explique que la "catch-up culture" pourrait être considérée comme triste, mais "cela reste deux personnes qui font l'effort de se dégager du temps". "Si l'on se contente de balayer une dizaine de sujets en une seule conversation, cela reste moins fort que de se concentrer sur un seul moment plus émotionnel pendant deux heures ou de faire une activité ensemble". Elle souligne également que l'on est dans une société qui mise sur la performance, et que les individus continuent de courir après le temps et gérer toutes les facettes du quotidien.
Nora s'est également rendu compte qu'elle avait moins besoin de ses amis dans son quotidien pour traverser certaines périodes ou difficultés. "J'ai vraiment appris à me débrouiller par moi-même ou à voir d'autres personnes qui sortent du milieu amical justement", note-t-elle. Pour la jeune femme, ses amitiés peuvent aussi dépendre du stade de vie dans lequel elle se trouve.
Si le sujet de cet éloignement n'est pas beaucoup discuté dans son groupe d'amis, pour elle, il faut rester bienveillant et ne pas oublier que si une personne n'est pas présente, ce n'est pas forcément parce qu'elle n'a pas envie d'être là, ni parce qu'elle a d'autres priorités. "Il y a aussi un agenda : il faut choisir des moments de repos, qui sont importants quand on court partout tout le temps", conclut-elle.