Choisi parmi les deux premiers, l'astronaute belge Raphaël Liégeois volera déjà dans l'espace en septembre 2026
Le Belge figure parmi les deux premiers élèves de sa classe à être choisis pour voler dans l'espace. Sa mission aura lieu a priori de septembre 2026 à mars 2027, après un entraînement de deux ans aux États-Unis.

- Publié le 22-05-2024 à 17h44
- Mis à jour le 23-05-2024 à 11h27

Tout fraîchement diplômé astronaute, le Belge Raphaël Liégeois n'attendra pas très longtemps avant de s'élancer vers l'espace : ce sera a priori de septembre 2026 à mars 2027. Il sera en effet le deuxième de sa classe, après la Française Sophie Adenot, à s'installer au sommet d'une fusée pour rejoindre la Station spatiale internationale, en orbite autour de la Terre, à 400 km au-dessus de nos têtes. Alors qu'il aurait potentiellement pu attendre jusqu'en… 2030 !
"Cela arrive un petit peu plus tôt que ce à quoi je m'attendais, on s'était préparé à patienter un petit peu !, réagit l'intéressé. J'ai tout simplement hâte de relever ce nouveau défi à venir et de pouvoir porter, là-haut, les couleurs de la Belgique et de l'Esa !" Pour rappel, le dernier Belge à avoir volé dans l'espace est Frank De Winne, entre mai et décembre 2009. Et le premier est Dirk Frimout, en 1992. Du moins si l'on ne compte pas Tintin (en 1954).
Sophie et Raphaël, membres de la dernière cohorte d'astronautes de l'Esa (sélectionnés en 2022), ont récemment terminé leur formation de base d'un an, culminant avec la cérémonie officielle de remise des diplômes d'astronaute le 22 avril au Centre des astronautes européens de l'ESA en Allemagne. Les deux premiers astronautes de cette promotion 2022 vont donc se lancer dans des missions de longue durée vers la Station spatiale internationale, Sophie Adenot devant être la première à s'envoler. Ces missions sont actuellement prévues en 2026. "On en a évidemment beaucoup parlé, on s'est serrés dans les bras après avoir appris la nouvelle et voilà, on se réjouit de partager ce moment ensemble à bord de la Station spatiale internationale. Si tout se passe bien, on devrait cohabiter quelques jours à bord de l'ISS", annonce Raphaël Liégeois.
Direction Houston
Depuis quelques jours, les deux collègues se trouvent déjà à Houston aux Etats-Unis, dans un centre de la Nasa, pour suivre un entraînement qui durera approximativement deux ans. "C'est ce qu'on appelle le "mission specific training", c'est-à-dire que je vais être entraîné sur les expériences que je devrai faire à bord, sur le vaisseau que je vais utiliser pour aller vers la Station spatiale internationale. Donc (cette assignation) change beaucoup de choses", explique Raphaël.

"On n'a pas encore de détails sur ces missions, mais on en sait un petit peu plus sur le contenu de l'entraînement, détaille-t-il. On va poursuivre avec l'entraînement en piscine pour se préparer aux sorties extravéhiculaires ou à la manipulation du bras robotique, et également sur ce que l'on va être amené à faire à bord de la Station spatiale internationale. Pour ce qui est du contenu scientifique des expériences que nous ferons à bord, on en saura plus dans l'année qui vient (...). Mais on reviendra régulièrement en Europe et dans tous les sites des agences partenaires, donc au Canada, au Japon également. Sur différents sites aux États-Unis aussi."
La nouvelle de ce vol a été annoncée aujourd'hui à Bruxelles par le directeur général de l'Esa, Josef Aschbacher, à la veille du Conseil Espace, qui a lieu ce jeudi dans le cadre de la présidence belge de l'Union européenne. "L'affectation de Sophie et Raphaël est le résultat tangible de notre engagement à maintenir une forte présence européenne dans un contexte international, affirme le DG de l'Esa. Alors que les activités d'exploration se développent à un rythme sans précédent, l'envoi dans l'espace de deux astronautes de l'Esa nouvellement diplômés constitue une étape cruciale dans la préservation du savoir-faire européen, garantissant la participation à long terme de l'Europe aux programmes en cours tels qu'Artemis ainsi qu'à tout projet futur impliquant des vols spatiaux habités et de l'exploration."
Prérequis pour la lune
De son côté, le secrétaire d'État fédéral chargé du Spatial, Thomas Dermine, se réjouit de la nouvelle car ce vol précoce de Raphaël Liégeois lui donne une chance de participer en tant qu'Européen aux futures missions lunaires, qui auront lieu pour les élèves de cette classe 2022 potentiellement à partir de 2030 dans le cadre du programme américain Artemis et dont l'Europe est partenaire. Les missions sur la Station spatiale internationale jouant en quelque sorte le rôle de "prérequis" pour la Lune. "On n'a aucune garantie pour la suite, mais on avance étape par étape. Le fait que Raphaël Liégeois puisse voler tôt vers l'ISS rend cette suite possible, souligne Thomas Dermine. Et ce choix de l'Esa est avant tout le reflet des qualités exceptionnelles de Raphaël Liégeois."

Directeur du centre d'entraînements des astronautes et "patron" de Raphaël, Frank De Winne estime que voler plus tôt n'est pas spécialement un avantage pour la Lune. Cependant passer par l'ISS est bien un prérequis pour pour les missions lunaires : "Ce n'est pas un prérequis légal mais cela a vraiment du sens, confirme à La Libre le DG de l'Esa Josef Aschbacher. Avec l'ISS, ils ont ainsi cette première expérience dans un environnement plus sécure. C'est nécessaire d'être très qualifié pour aller vers la Lune, car c'est une étape en plus, plus intense, plus complexe. Il faut de l'expérience." Selon des accords avec la Nasa, qui a la main sur les programmes, l'Esa dispose de trois vols vers la Lune dans les prochaines années. "Je m'attends à ce qu'ils aient lieu d'ici 2030. Mais ces premiers vols iront aux astronautes de la classe précédente, de 2008 (de Thomas Pesquet, NdlR)." Les astronautes de la classe de Raphaël pourraient voler après 2030, convient Josef Aschbacher, "mais il n'y a pas encore d'accord. Je ne peux donc pas faire de plan ou m'engager."
Quid des critères de sélection ?
Par ailleurs, le DG de l'Esa, qui a sélectionné lui-même les deux premiers élèves 2022 pour l'ISS, assure que "non, il n'y a pas de critères. Tous sont capables de voler, mais vous devez bien commencer par quelqu'un ! J'ai fait cette sélection pour être sûr d'avoir des chouettes personnes, prêt à voler et impatients de le faire. Mais ils sont tous très impatients !" Ce n'est pas non plus un signal adressé à la Belgique : "c'est vrai que la Belgique est un pays très fort au niveau de l'Esa et je suis très content de sa contribution, mais je suis aussi content de celle des pays des autres astronautes. Ce n'est pas la qualification d'un pays. Ils sont tous d'excellents astronautes (et voleront tous vers l'ISS d'ici 2030, NdlR)."
Du côté belge, on estime cependant que, à côté des grandes qualités de Raphaël Liégeois, le poids de la Belgique dans l'Esa (cinquième contributeur) a dû jouer, de même que sa diplomatie remarquée lors des conseils ministériels de l'Esa et même le statut actuel de notre pays comme président du Conseil de l'Union européenne…
Pilote d'hélicoptère
Originaire de Namur, Raphaël Liégeois est né en 1988. Il a suivi une formation en génie biomédical et en neurosciences, notamment à l'Université de Liège. Née en France en 1982, Sophie Adenot est pour sa part ingénieure, pilote d'essai d'hélicoptère et colonel de l'Armée de l'Air et de l'Espace française. "C'est un immense honneur d'être sélectionné pour cette mission !, a-t-elle réagi. Je suis vraiment enthousiaste à l'idée de commencer une nouvelle partie de ce voyage qui me permettra de contribuer à la recherche scientifique et à l'exploration à bord de la Station spatiale internationale. Et penser que je pourrai le faire en représentant la France et l'Europe auprès de l'Esa donne une nouvelle dimension à cette aventure."
Après les deux premiers élus, les autres diplômés de la nouvelle promotion d'astronautes de l'Esa, Pablo Álvarez Fernández, Rosemary Coogan et Marco Sieber, embarqueront à leur tour pour des missions vers la Station spatiale internationale d'ici à 2030. L'ISS est une structure de 110 mètres de long et de 400 tonnes, un assemblage en forme de croix de différents modules et tournant autour de la Terre, à 400 km au-dessus de nos têtes. Les astronautes y réalisent des expériences scientifiques où l'apesanteur joue un rôle et sont chargés de l'entretien de cette base orbitale.