Le secteur américain de l'énergie rongé par la corruption
Aux États-Unis, le secteur énergétique est frappé par des scandales de corruption en série. Les liens entre les fournisseurs traditionnels d'énergie et les politiques locaux entravent la transition écologique.
- Publié le 11-08-2020 à 10h22
- Mis à jour le 11-08-2020 à 14h41

Comme dans de nombreux pays à travers le globe, les États-Unis s'activent à favoriser la transition énergétique. L'élection de Donald Trump en 2016, connu pour ses positions climatosceptiques et pour ses amitiés vis-à-vis du secteur des énergies fossiles, a cependant semblé freiner les avancées en ce sens. Le président républicain, qui compte sur une base électorale notamment composée d'électeurs actifs dans le domaine des exploitations de charbon, a, par son retrait de l'accord de Paris sur le climat, déçu les défenseurs de l'environnement. Mais les efforts américains en ce qui concerne la transition énergétique ne se limitent pas aux politiques fédérales. Les entités fédérées disposent, dans la pratique, d'une grande latitude pour mettre au point des politiques publiques ambitieuses en matière environnementale. C'est notamment le cas en Californie, où les administrations successives, républicaines comme démocrates, se sont distinguées depuis les années 2000 par des législations extrêmement ambitieuses sur le plan énergétique, comme en 2018, lorsque le gouverneur Jerry Brown avait promu la législation dite "SB 100" imposant à l'État un objectif de production électrique entièrement renouvelable d'ici à 2045.
D'une manière générale, les sensibilités démocrates s'accommodent davantage des contraintes écologiques que les conceptions politiques propres aux républicains. Ainsi, au niveau fédéral, c'est bien la gauche qui le plus souvent se trouve à l'origine de propositions législatives ambitieuses, comme en 2019, quand 150 élus démocrates s'étaient engagés en faveur d'une production énergétique 100 % verte à l'horizon 2050.
Le "speaker" républicain de l'Ohio impliqué
Mais la transition énergétique est aux États-Unis souvent retardée par des pratiques et des liens douteux entre classe politique et entreprises privées. Ainsi, dans nombre d'États, les entreprises énergétiques rivalisent d'ingéniosité pour faire passer des législations qui leur sont favorables. C'est ainsi qu'en 2019, l'entreprise Entergy, opérant en Louisiane, s'était distinguée par des pratiques de pression vis-à-vis des élus locaux d'une nature tout autant répréhensible que comique : le fournisseur d'électricité avait recouru aux services d'acteurs payés pour parader devant l'hôtel de ville de La Nouvelle-Orléans en se faisant passer pour des citoyens prétendument désireux de soutenir les intérêts d'une centrale énergétique du groupe, alors dans la tourmente.

Cela n'était rien comparé aux scandales révélés dans l'Ohio, mettant en lumière la collusion d'intérêts entre politiciens et entreprises du secteur des énergies traditionnelles, désireuses de résister aux changements politiques censés favoriser l'émergence d'énergies propres. Ainsi, le FBI a mis en lumière fin juillet les liens de corruption tissés entre le géant énergétique FirstEnergy et Larry Householder, speaker (président) républicain de la Chambre des représentants de l'Ohio. Ce dernier est accusé d'avoir accepté l'équivalent de 55 millions d'euros en financement occulte de la part de l'entreprise active dans le domaine des centrales nucléaires et à charbon. Cet argent, versé par un lobby tiers, a servi à favoriser l'élection de politiciens loyaux à M. Householder. Ces derniers ont aidé à favoriser l'adoption en 2019 de législations ayant permis le renflouement de centrales du groupe, financièrement à l'agonie.
Des pratiques semblables ont été mises en lumière dans l'État voisin de l'Illinois, où des élus démocrates sont suspectés d'avoir accepté de l'argent de la part de l'entreprise énergétique ComEd pour faciliter des lois leur permettant d'augmenter leurs tarifs, afin de sauver de la faillite des réacteurs nucléaires eux aussi financièrement à l'agonie. De pareils scandales de collusion ont récemment défrayé la chronique en Arizona et en Caroline du Sud.
Aux États-Unis plus que partout ailleurs, les monopoles des entreprises actives dans la fourniture de gaz ou d'électricité sont solides et extrêmement lucratifs, bien que les tarifs soient généralement encadrés par les autorités locales. Dans ce contexte, ces compagnies investissent des sommes d'argent conséquentes dans des activités de lobbying pour influencer le processus législatif et les règles d'encadrement du secteur, qu'elles soient financières ou écologiques. La pratique est commune aux États-Unis comme en Europe, mais largement plus acceptée - en tout cas moins stigmatisée - outre-Atlantique, où les interactions entre représentants des groupes d'intérêts particuliers et politiciens sont légion, quel que soit le secteur.