"Beaucoup d'informations opportunistes circulent à ce sujet" : la "clean beauty", un concept purement marketing ?
Quelles sont les alternatives aux cosmétiques qui contiennent des microplastiques ?

- Publié le 01-03-2023 à 08h58
- Mis à jour le 01-03-2023 à 18h45

Sans parabène, silicone, huiles minérales, éthanolamine, PEG, phenoxyethanol, phtalates, sulfites, sulfates, formaldéhydes, oxybenzone, nanoparticules…, les cosmétiques se revendiquant de la "clean beauty" se font une place de plus en plus grande entre les produits bio et végan. Mais que faut-il penser de cette nouvelle tendance en regard du projet européen de restriction des microplastiques ?
"Ce projet est une grande première dans la mesure où, pour la première fois, il ne s'agit pas de restreindre l'usage d'une ou quelques substances bien identifiées mais bien de s'attaquer à une très grande quantité de substances présentant certaines caractéristiques/propriétés… qui sont encore en discussion, précise d'emblée Françoise Van Tiggelen, secrétaire générale de Detic, l'association belgo-luxembourgeoise des producteurs et des distributeurs de cosmétiques, détergents, produits d'entretien et colles. À ce stade, il n'existe donc pas de liste de SPM, (Synthetic polymer microparticles), microparticules de polymère synthétique effectivement concernées par la restriction. La seule chose qui est sûre, à ce stade, est que le groupe de substances concernées sera très étendu, plus qu'aucune autre restriction adoptée jusqu'à maintenant, et qu'il s'agira de substances relativement variées. Cela impactera donc une grande variété de produits cosmétiques, dans lesquels ces substances remplissent des fonctions différentes : modificateur de viscosité, épaississant, tensioactif, liant, agent de nettoyage, agent filmogène (offrant une brillance, une durabilité et une résistance aux détergents élevées), agent antimoussant, émulsifiant, colorant, adjuvant/coadjuvant…".
Autant dire que toutes – ou quasi – les catégories de cosmétiques seront impactées qu'il s'agisse de produits à rincer tels que les savons, gels douches, shampooings et dentifrices, ou de produits sans rinçage tels que crèmes de soin, crèmes solaires et produits de maquillage.
Quels ingrédients de substitution ?
À savoir dans quelle mesure ces microplastiques sont aujourd'hui encore présents dans les produits disponibles en rayons, on rappellera que l'industrie cosmétique belge s'était engagée à supprimer, avant 2020, dans les produits à rincer, les microbilles en plastique, au cœur des débats à l'époque. "Promesse a été tenue, poursuit Françoise Van Tiggelen. Il n'y a plus aujourd'hui, légalement sur le marché, aucun produit contenant ce type d'ingrédients dans les rayons de nos magasins, l'industrie recourant à des ingrédients de substitution".
On ne peut malheureusement pas en dire autant pour les autres ingrédients couverts par le texte en débat actuellement au niveau européen. "Pour certains d'entre eux, les perspectives de substitution se dessinent même si elles ne sont pas aussi facilement accessibles que pour les microbilles, mais, pour d'autres pas du tout, s'inquiète la secrétaire générale de Detic. Tous les laboratoires de recherche des entreprises sont bien entendu sur le sujet, mais il y a de grandes différences d'avancement suivant le type de produits. L'optimisme est de mise pour les produits à rincer, même si la conversion de toutes les formules concernées demandera du temps. Du côté des produits sans rinçage, en revanche, la situation est beaucoup plus contrastée. On s'inquiète par exemple pour les produits de protection solaire et le secteur du maquillage, dans son ensemble, se retrouve face à un énorme défi : développer une toute nouvelle technologie (on est ici très loin de la 'simple'substitution d'ingrédients) ou accepter que les produits vendus demain dans l'Union européenne ressemblent à ceux qui nous étaient proposés il y a plusieurs décennies. Et donc finis les maquillages longue tenue, retour au "repoudrage" fréquent…"
Un paysage encore flou
Alors, quelles sont à ce jour les alternatives existantes et à favoriser ? Et que penser des produits dits "clean beauty" ? "Beaucoup d'informations opportunistes circulent à ce sujet, mais, dans un paysage encore aussi flou, elles sont souvent largement infondées, selon cette spécialiste. Qui peut prétendre aujourd'hui que son produit cosmétique ne contient pas de SPM alors que la définition même de l'intrus n'est pas encore clairement établie ? Clean beauty ou Clean cosmetics est un concept marketing basé sur la chemophobie et surtout sur le dogme de la naturalité. Si le fond est compréhensible, il n'a pas de fondement scientifique ou objectivé. C'est avant tout une tendance comme d'autres qui surfent sur les peurs sociétales et sur le mythe de la naturalité "bonne, sans danger et sans impact environnemental". Une utopie aux accents trompeurs mais très aguichante. Le concept n'est pas négatif, mais doit être considéré pour ce qu'il est : du marketing qui rencontre les attentes de certains consommateurs".