Vers la fin des microplastiques dans les cosmétiques? "On aurait préféré plus d'ambition. Mais pour chaque jour qui passe, on perd du temps"
Une proposition de restriction des microplastiques ajoutés intentionnellement est en discussion au Parlement européen. Elle vise notamment les produits cosmétiques.
- Publié le 01-03-2023 à 08h57
- Mis à jour le 01-03-2023 à 09h01

"La plupart des consommateurs ne sont pas au courant qu'il y a des microplastiques dans leurs produits", note Lucie Padovani, de Surfrider Foundation Europe. "Une fois qu'on leur donne l'info, c'est pour eux très dur de faire le tri eux-mêmes parce que ce sont des listes d'ingrédients qui ne sont pas forcément faciles à déchiffrer". Déodorants, maquillage, shampooing, dentifrices ou crèmes pour le visage… Des microplastiques ont en effet été trouvés dans neuf produits sur dix des dix marques de cosmétiques les plus populaires en Europe, selon une étude de la Plastic Soup Foundation. En Europe, 7 kg de plastique issus de produits cosmétiques se retrouveraient dans l'environnement chaque minute.
Ce constat alarmant pourrait pourtant bientôt appartenir au passé grâce à une proposition de restriction visant les microplastiques ajoutés intentionnellement. Celle-ci doit être discutée par le Comité Reach du Parlement européen, qui se réunissait ce mercredi. "Un vote pourrait avoir lieu ce 1er mars, mais nous n'en sommes pas encore certains", indique la militante, qui suit le dossier pour l'association de défense des océans. "Il n'est pas sûr non plus que la proposition soit adoptée si elle est votée. Il y a pas mal d'incertitudes."
"Cette proposition de restriction, cela fait des années qu'elle a été annoncée et qu'elle est discutée, mais il y a eu beaucoup de retard sur ce dossier", déplore Lucie Padovani, qui précise que les cosmétiques ne sont pas les seuls produits visés par la proposition. Terrains en gazon artificiel, engrais, produits de nettoyages, peintures ou détergents ménagers et industriels… Une large gamme d'applications de microplastiques ajoutés intentionnellement avait été identifiée en 2019 par l'ECHA (European Chemicals Agency).
Des délais jugés trop longs
Après des mois de patience, il aura fallu attendre fin août pour que la proposition voit le jour. "Il y a des éléments où il y a des grandes victoires", relève l'environnementaliste, ajoutant que l'association de défense des océans est "très favorable" au principe d'une restriction. Quelques ombres persistent cependant au tableau.
Outre la définition même de microplastiques — que Surfrider juge partielle en raison de l'exclusion des nanoplastiques —, ce sont surtout les périodes de transition accordées à certains secteurs qui posent problème. Le texte prévoit notamment 12 ans de délai pour l'industrie de la cosmétique. "Il était déjà temps avant pour certains de commencer à s'adapter et pourquoi pas anticiper les potentielles restrictions", argumente Lucie Padovani.
Le 20 février, près d'une vingtaine d'associations de protection de l'environnement a adressé une lettre aux membres du Comité Reach en les invitant à soutenir la proposition de restriction. "Il n'existe aucun motif scientifique raisonnable pour justifier l'exclusion des nanoplastiques et des microplastiques solubles et biodégradables. Rien ne justifie non plus de longues périodes de transition pour des utilisations telles que les cosmétiques, pour lesquelles on sait qu'il existe des alternatives appropriées commercialisées depuis des années", souligne le texte, citant en exemple une autre lettre ouverte, cette fois signée par des marques de "clean beauty".
"Il faut que ça passe"
Les vingt associations à l'origine de la lettre aux membres du Comité rappellent que cette restriction est "une occasion à ne pas manquer de prendre l'initiative et de montrer l'exemple en matière de réglementation stricte des produits chimiques les plus dangereux".
Pour Surfrider, cette réunion représente une "dernière chance". "Il faut que ça passe parce que si ça n'est pas adopté, on repartira sur presque de zéro. On arrive vers la fin du mandat de la commission, il y a de gros risques que le sujet soit juste complètement éclipsé et qu'on ne s'attaque pas du tout à ce problème… À moins que la prochaine commission en face un de ses premiers sujets, mais ça n'est pas certain", explique Lucie Padovani. Et de conclure : "On aurait préféré plus d'ambition. Mais pour chaque jour qui passe, on perd du temps. Et du temps, on n'en a plus vraiment en ce qui concerne la pollution aux microplastiques".