"La combinaison de deux éléments rend le cyclone Belal hors normes"
Les habitants de l'île sont encore confinés jusqu'à ce mardi matin au moins, vu l'alerte rouge toujours en cours.

- Publié le 15-01-2024 à 20h10
- Mis à jour le 15-01-2024 à 23h26

Le cyclone Belal n'a pas été aussi "cataclysmique" que redouté, selon les mots du préfet de La Réunion. L'île française de l'Océan Indien, maintenue quelques heures en alerte violette (interdiction au service de secours de sortir pour leur sécurité) a tout de même dû affronter lundi des vents de plus de 200 km/h et 900 mm de pluie en 24 heures à certains endroits. Les habitants de l'île sont encore confinés jusqu'à ce mardi matin, vu l'alerte rouge.
Belal a fait lundi au moins un mort, mais pas de dégâts majeurs, selon le bilan de lundi soir, encore "évolutif". De nombreux arbres ont été arrachés, des routes ont été inondées et des dizaines de milliers de coupures d'eau et d'électricité étaient enregistrées après le passage du cyclone qui se dirigeait vers le sud-est lundi soir.
"Ce que Belal a de hors normes, c'est la combinaison des vents et de l'endroit où il a tapé, c'est-à-dire sur La Réunion. Les cyclones qui passent pile sur La Réunion ne sont pas si nombreux. Il faut dire que La Réunion, c'est un caillou, dans l'Océan Indien… Le dernier cyclone qui a vraiment touché la Réunion a eu lieu en 2002, précise Fabrice Chauvin, chercheur à Météo France. Sinon, Belal n'est pas un cyclone très très fort, avec des vents à 200 km/heures sur les hauteurs et plutôt autour de 150 km/h en plaine. Ce n'est pas un record pour La Réunion. Sur l'échelle de Saffir-Simpson de 1 à 5 (du plus faible au plus fort), je situerais Belal entre 2 et 3, plutôt 2."
Une part de hasard
Même les précipitations, qui nous paraissent impressionnantes, sont loin de constituer des records pour La Réunion. L'île est en effet connue pour détenir les records de pluies cycloniques au niveau mondial, vu son relief à 3000 mètres. En 1966, Denise avait ainsi déversé 1825 mm en une journée. En moyenne, l'île subit l'effet d'un cyclone – passant plus ou moins à proximité – tous les cinq à dix ans.
Lundi, après avoir frappé l'île par le nord et l'ouest, il semble que le cyclone ait dévié et n'ait pas pénétré à l'intérieur des terres. Mais en fin d'après-midi, les prévisionnistes de Météo France ne disposaient pas encore du recul nécessaire pour savoir ce qui avait "affaibli" (tout est relatif) le cyclone par rapport aux prévisions de dimanche. "Il y a une grosse part de hasard dans le développement d'un cyclone, signale Fabrice Chauvin. Des ingrédients laissaient penser aux prévisionnistes que le cyclone serait assez fort. Ces ingrédients ne se sont pas mis en place, tant mieux. Ce sont les limites de l'exercice de prévision de cyclones : des éléments peuvent venir infléchir la trajectoire ou changer l'évolution de l'intensité. Il y avait de bonnes raisons de protéger les personnes et les biens car il y avait la possibilité que ce cyclone arrive sur La Réunion en pleine puissance. C'était absolument normal de faire une alerte."
Et quid du contexte climatique ? Les climatologues s'accordent à dire que le dérèglement climatique, s'il n'augmente pas la fréquence des cyclones, les rend plus puissants. "Le réchauffement climatique a tendance à augmenter l'intensité des cyclones : en termes de vents, de pression en leur centre et de quantité de pluie", détaille Camille Risi, chercheuse du CNRS au laboratoire de Météorologie dynamique à Paris, qui décrit un cyclone comme un "gros orage qui tourne sur lui-même".
Eaux très chaudes
"Dans le changement climatique, un des signaux les plus robustes est l'augmentation des pluies cycloniques, indique Fabrice Chauvin. Avec un réchauffement à deux degrés, on aurait une augmentation de presque 20 % des pluies cycloniques."
L'un des éléments qui contribue à l'intensité des cyclones – et notamment leurs précipitations – est une température élevée en surface de la mer. "Et en ce moment, les eaux à l'est de La Réunion sont exceptionnellement chaudes (+4-5°C !). L'océan est trop chaud, suite au réchauffement climatique", relève le climatologue de l'ULiège Xavier Fettweis. Mais il faudra attendre des études détaillées, dites d'attribution (simulations informatiques qui changent les conditions de l'environnement), afin de savoir si le climat actuel a réellement influé sur Belal et son intensité.