Un nouveau rapport prévoit des futurs records de température : à quel point faut-il s'inquiéter ?
L'Organisation météorologique mondiale s'attend à de nouveaux records de température d'ici à 2030. De son côté, le climatologue François Massonnet (UCLouvain) reste positif : "On ne se trouve pas du tout dans une situation incontrôlable".
- Publié le 28-05-2025 à 06h34
- Mis à jour le 28-05-2025 à 07h29

Le nouveau rapport de l'Organisation météorologique mondiale (OMM) présage un nouvel envol des températures d'ici à la fin de la décennie. Dans les cinq années à venir, le mercure devrait flirter avec les valeurs observées en 2024 – année la plus chaude jamais enregistrée depuis 1850 – voire les dépasser. Ainsi, l'OMM estime à 80 % la probabilité que le record de l'année dernière tombe d'ici à 2030.
"La tendance des dix dernières années est fluctuante, avec des années un peu plus chaudes ou froides que la moyenne en fonction de l'endroit où l'on se trouve, commente le climatologue François Massonnet (UCLouvain). Les valeurs mesurées en 2024 ont été une énorme surprise, parce qu'on a gagné quelques dixièmes de degré par rapport à l'année précédente, pour des raisons qui sont encore à déterminer."
Vers des nouveaux records de température
En 2024, la température a été 1,55°C plus chaude par rapport aux valeurs préindustrielles. Soit la première fois que le seuil symbolique des 1,5°C – que la communauté scientifique préconise de ne pas dépasser – était franchi. Le rapport de l'OMM prévoit néanmoins que le réchauffement de la planète restera inférieur à 1,5°C en moyenne sur le long terme, sans pour autant atténuer "les risques climatiques et les répercussions du climat sur les sociétés, les économies et le développement durable". "Ce rapport vient se poser sur une pile déjà bien remplie par le passé, et ne nous apprend pas grand-chose de nouveau, reprend François Massonnet. Mais il nous enseigne que les années à venir resteront aux alentours de ce seuil. Parce que le réchauffement climatique s'accentue, avec une accumulation de gaz à effet de serre dans l'atmosphère à la clé."
"Répéter chaque année qu'on est au bord du précipice n'est à mon sens pas la bonne façon de présenter les choses"
L'année 2025, charnière pour lutter contre les dérèglements climatiques ?

L'OMM estime aussi que l'année 2025 est "cruciale pour l'action mondiale en faveur du climat". Plus que les autres années ? Le climatologue de l'UCLouvain y voit une erreur de communication des autorités internationales. "Répéter chaque année qu'on est au bord du précipice n'est à mon sens pas la bonne façon de présenter les choses à la population. Il faudrait plutôt insister sur le fait que chaque dixième de degré supplémentaire augmente la fréquence de certains événements extrêmes comme des vagues de chaleur, ou des précipitations intenses. Et on peut déjà se rendre compte qu'un monde plus chaud d'1,5°C n'est pas très joli à voir". François Massonnet rappelle que le plus important reste de maintenir le réchauffement de la Terre en dessous de 2°C, un cap à partir duquel "de vraies limites seraient franchies", avec des dégâts plus importants encore, souvent irréversibles pour les écosystèmes naturels et humains.
"On ne se trouve pas du tout dans une situation incontrôlable"
"Nous venons de vivre les dix années les plus chaudes jamais enregistrées. Malheureusement, ce rapport de l'OMM ne laisse entrevoir aucun répit dans les années à venir, ce qui signifie que les répercussions négatives sur nos économies, notre vie quotidienne, nos écosystèmes et notre planète iront croissant", déclare encore la Secrétaire générale adjointe de l'OMM, Ko Barrett, dans le communiqué de l'organisation. Difficile de se montrer optimiste pour l'avenir de la planète à la lecture de ces lignes, qui sonnent comme une sentence.
"Les répercussions négatives sur nos économies, notre vie quotidienne, nos écosystèmes et notre planète iront croissant"
Pour autant, François Massonnet tient à remettre l'église au milieu du village de la lutte contre les dérèglements climatiques : "On ne se trouve pas du tout dans une situation incontrôlable. Les études scientifiques démontrent une relation linéaire entre l'augmentation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère et la hausse des températures. Si les changements vers des économies bas carbone s'opèrent, cela fera mécaniquement baisser les émissions, et donc le thermomètre. À ce niveau-là, on a encore toutes les cartes en main".
D'autres conséquences des dérèglements climatiques sont, elles, beaucoup moins gérables, souligne-t-il cependant. Comme l'élévation du niveau de la mer, inéluctable d'ici à la fin du siècle. "On peut comparer ce phénomène à un train lancé à pleine vitesse, qu'il devient difficile d'arrêter", illustre le climatologue de l'UCLouvain.

En faire une priorité
Les responsables politiques prennent-ils la mesure de ce qui est en train de se produire ? "La politique climatique de l'Europe n'est pas rose, mais on comprend de plus en plus les dangers et les limites de l'énergie fossile, ainsi que la nécessité d'investir dans le renouvelable. Le problème, c'est qu'on relègue trop souvent ce combat au second plan, derrière les considérations militaires du moment par exemple. Si l'on considère que d'autres luttes sont plus urgentes, on continuera de reporter la crise climatique, ce qui n'est pas une bonne idée". François Massonnet estime que la lutte contre le réchauffement climatique est à la fois urgente et importante, ses effets se faisant déjà ressentir maintenant, et partout. "Il y a dix ou quinze ans, on pensait encore que les conséquences seraient pour plus tard et limitées à des contrées lointaines". Les inondations qui ont touché la province de Liège en 2021, pour ne citer que cet événement à l'échelle belge, ont déjà prouvé le contraire.
Le danger : s'habituer aux alertes climatiques
Aux yeux de François Massonnet, le plus grand danger avec ce genre de rapport météorologique ponctuel est de s'habituer aux mises en garde climatiques. Ce qui atténuerait considérablement leur visée, à savoir de faire bouger les lignes. "Les rapports du Giec, de Copernicus et de l'OMM se suivent et se ressemblent. Tous les trois mois, le monde reçoit une alerte liée à l'urgence de sauver le climat. Le problème étant qu'on glisse vers une forme d'accoutumance, qui peut amener à banaliser la situation. C'est ça qui m'effraie le plus dans ce rapport."
