"Les tortues marines nagent vers le danger" : deux chercheurs de l'ULB publient une étude alarmante
Les tortues marines migrent vers le Nord à cause du réchauffement climatique. Problème : les bateaux qu'elles rencontrent en chemin menacent leur survie. Deux chercheurs de l'ULB tirent la sonnette d'alarme.
- Publié le 26-06-2025 à 18h46

L'étude publiée ce 25 juin dans la revue Science Advances livre des perspectives peu réjouissantes pour les tortues marines. Les chercheurs Denis Fournier et Edouard Duquesne, spécialistes de l'évolution biologique au sein de la Faculté des Sciences de l'ULB qui ont codirigé la recherche, y révèlent en effet que la migration des tortues marines vers le Nord, pour fuir le réchauffement climatique.
"Les tortues marines fuient la chaleur, mais nagent vers le danger. Elles vont perdre une grande partie de leur espace de vie, et perdre le bénéfice des aires protégées, qu'elles vont devoir quitter", précise Denis Fournier.
Un avenir peu optimiste
En modélisant les habitats actuels et futurs des sept espèces de tortues marines selon trois scénarios climatiques, les chercheurs montrent que plus de la moitié des "hotspots" actuels pourraient disparaître d'ici à 2050, notamment en cas de poursuite des fortes émissions de gaz à effet de serre.
Grâce à plus de 27 000 observations de tortues et un milliard de données de position des navires (AIS), les chercheurs ont identifié que de nombreux habitats futurs des tortues se situent en dehors des aires marines protégées (AMPs). À peine 23 % des zones critiques actuelles sont protégées. Et la plupart des AMPs sont fixes, donc incapables de suivre l'évolution des migrations.
Des collisions avec les navires
Alors que les collisions avec les navires sont déjà une cause majeure de mortalité des tortues dans des régions comme les Galápagos, la Méditerranée ou la Floride, ces risques devraient fortement augmenter, avec une croissance prévue du transport maritime de 240 % à 1209 % d'ici à 2050. "En migrant vers le Nord, les tortues marines vont se retrouver sur des routes maritimes à grand trafic empruntées par des bateaux. Nous assistons à une collision frontale entre changement climatique et transport maritime mondial", poursuit Denis Fournier.
Le rôle clé de ces espèces bioindicatrices
Les tortues marines jouent un rôle vital dans la santé des écosystèmes marins. Leur déclin pourrait avoir des impacts écologiques et socio-économiques majeurs, notamment pour les communautés côtières. "Ce n'est pas seulement une question de tortues, c'est une question de protection des écosystèmes entiers – et des services écosystémiques dont dépendent des millions de personnes", ajoute Edouard Duquesne, co-auteur de l'étude. "Les tortues sont considérées comme des espèces bioindicatrices, complète Denis Fournier. Ce qui signifie qu'elles livrent un aperçu de l'état de l'écosystème marin."
En plus des éventuelles collisions avec les navires, un autre danger lié au dérèglement climatique guette les tortues marines. "Les plages, qui sont leur lieu de reproduction, deviennent plus chaudes. Les temps d'incubation seront plus courts, ce qui va engendrer un certain nombre de malformations chez les nouveau-nés. Et puis, le déterminisme du sexe, chez les tortues, est lié à la température. Donc on risque de se retrouver avec des plages peuplées uniquement de tortues femelles, qui ne pourront plus se reproduire", développe Denis Fournier.
Quelles solutions ?
Côté solutions, les deux auteurs de l'étude parue dans Science Advances plaident pour des aires maritimes protégées plus dynamiques, qui puissent s'adapter aux évolutions de la biodiversité. Une autre possibilité consiste à limiter la vitesse des bateaux dans certaines régions, à haut risque de collision. "Cette piste a été adoptée avec succès dans des ports canadiens à proximité desquels se trouvaient des observatoires à baleines", conclut Denis Fournier.
