Avec le retour du printemps et du jardinage, les achats de graines illégales explosent en Belgique
Les semences peuvent être porteuses de maladies ou de nuisibles qui sont susceptibles de causer des dommages à la nature. C'est pourquoi l'Union européenne, via l'Afsca, veille à appliquer des règles strictes sur l'importation de végétaux.

- Publié le 18-03-2026 à 18h54

L'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) a intercepté 180 colis contenant des semences à l'aéroport de Zaventem la semaine dernière, en collaboration avec les douanes. Des particuliers avaient commandé des graines en ligne via un site internet étranger. Ce nombre de colis est particulièrement élevé, mais s'explique par l'arrivée du printemps et le début de la période durant laquelle l'achat de graines pour le jardinage augmente.
"Lorsque vous achetez des semences provenant de pays hors de l'Union européenne, celles-ci doivent être présentées au poste de contrôle frontalier", explique la porte-parole de l'Afsca, Aline Van den Broeck. "Vérifiez donc si la boutique en ligne, le service postal ou le service de livraison soumet votre colis à un contrôle. Les amateurs de jardinage ont tout intérêt à acheter leurs semences, plantes ou autres produits végétaux auprès de vendeurs officiels au sein de l'UE. C'est ainsi que nous protégeons ensemble notre agriculture et notre environnement."
Insectes, champignons, bactéries ou virus
Les semences, tout comme d'autres produits végétaux, peuvent être porteuses de maladies ou de nuisibles (insectes, champignons, bactéries ou virus) qui sont susceptibles de causer des dommages à l'agriculture et à la nature. C'est pourquoi l'Union européenne veille à appliquer des règles strictes sur l'importation de végétaux, justifie l'Afsca. Les plantes destinées à la plantation, dont les semences et les bulbes, ne sont pas autorisées.
Pour le producteur de semences bio et locales Thomas Bleeckx, dont la société Anthesis est basée à Hamois (Wallonie), il est vrai que dans l'histoire, des transferts de matériel végétal ont créé des contaminations car "la maladie n'était pas présente et les êtres vivants et les humains n'étaient pas organisés pour lutter contre cette maladie". On pense ainsi au phylloxéra de la vigne, insecte cousin des pucerons, qui a dévasté le vignoble français au XIXe siècle suite à une introduction accidentelle. "Il y a donc eu des précédents, mais en tant qu'acteur de terrain, j'ai un avis plus large, poursuit le bioingénieur. Nous vivons dans un monde globalisé où les gens voyagent chaque semaine à travers le monde et emportent des graines dans leur sac sur leurs chaussures. Même marcher dans un aéroport, à l'aéroport de Kuala Lumpur, vous emportez des graines sur vos chaussures, que vous ne voyez pas parce qu'elles sont minuscules. Donc le transfert se fera de toute manière, de manière indirecte. Comment faire si vous voulez une espèce de betterave qui n'existe plus qu'aux États-Unis par exemple ? On parle en outre ici de plantes domestiquées : carottes, panais, tomates… Mais la réglementation est globalement la même que pour le matériel naturel, alors que cette dernière devrait être plus stricte, pour des questions de plantes invasives et de protection du patrimoine végétal."
"Législation absurde"
Ce petit producteur wallon de semences se dit aussi handicapé par la version intra-européenne de cette réglementation, qui régit donc l'échange de semences (et de plantes de pépinière) entre pays européens. Une législation "absurde et conçue pour l'industrie", critique le semencier artisanal. "Celle-ci interdit de cultiver et de commercialiser des plantes qui ont certaines maladies, détaille le fondateur d'Anthesis. Mais ce sont des maladies qui, dans des conditions normales de culture, ne s'observent pas. C'est donc contraignant et cela n'a aucun intérêt. Nous devons par exemple tester toutes les semences afin de voir si elles sont exemptes du virus ToBRFV, susceptible d'endommager les tomates. Mais c'est une maladie, qu'en dix ans de métier, je n'ai jamais vue sur aucune tomate ! C'est aussi une législation qui s'adapte au secteur industriel, car des maladies interdites il y a quelques années se sont propagées et sont désormais autorisées car cela coûtait trop cher aux industriels de les interdire."