Des millions d'habitants de Téhéran menacés par un épais nuage toxique : "De telles expositions peuvent déclencher des maladies respiratoires aiguës"
Que ce soit à court, moyen ou plus long terme, les risques pour la santé ne sont pas négligeables, comme nous l'explique un pneumologue.

- Publié le 09-03-2026 à 18h40
- Mis à jour le 10-03-2026 à 11h22

En ciblant dans la nuit de samedi à dimanche, pour la première fois depuis le 28 février et le début de la guerre au Moyen-Orient, des dépôts pétroliers, Israël a plongé Téhéran dans d'épaisses fumées noires, qui se sont propagées des dizaines de kilomètres à la ronde. "Toute la capitale est couverte par un nuage très toxique", commentait lors d'un duplex diffusé dimanche dans le 13H de TF1, Siavosh Ghazi, correspondant France 24 et RFI à Téhéran, le visage à moitié caché par un masque chirurgical en guise de protection minimale. Et de fait, à proximité des dépôts visés, mieux équipés, des responsables des forces de sécurité ont été aperçus avec des masques de protection respiratoire et en tenue imperméable afin de se protéger des retombées toxiques.
Hydrocarbures, souffre et oxydes d'azote
Selon le Croissant-Rouge iranien, "d'importantes quantités d'hydrocarbures toxiques, de soufre et d'oxydes d'azote ont été libérées dans l'air". Face à ce risque sanitaire, encore plus dangereux pour les enfants et les personnes âgées, la population a été priée de ne pas sortir dans les rues. On estime ainsi à quelque dix millions, le nombre d'habitants menacés par ce gigantesque nuage toxique et les précipitations qui ont suivi, mélange d'eau et de résidus de pétrole.
Plus de 12 heures après les bombardements israéliens, l'un des dépôts touchés était toujours en feu dimanche. On imagine donc combien inhaler ce cocktail peut s'avérer délétère. Ce que confirme le Pr Antoine Froidure, pneumologue aux Cliniques universitaires Saint-Luc.
De manière générale, explique-t-il, "toute exposition aiguë et massive à des fumées et/ou vapeurs toxiques expose les personnes à des risques divers, à court, moyen ou plus long terme. Endéans quelques heures à quelques jours, de telles expositions peuvent déclencher des maladies respiratoires aiguës telles que le syndrome de détresse respiratoire aiguë, le syndrome de dysfonctionnement réactif des voies respiratoires, qui est une forme de crise d'asthme sévère, des pneumonies d'hypersensibilité et des pneumonies à éosinophiles (NdlR : types de globules blancs produits dans la moelle osseuse, essentiels à la réponse immunitaire), et des maladies inflammatoires pulmonaires en réaction à l'inhalation de ces toxiques. Ces inhalations sont également susceptibles d'aggraver des maladies respiratoires préexistantes, comme l'asthme ou la bronchite chronique. À long terme, ces maladies aiguës peuvent entraîner des séquelles par défaut de réparation pulmonaire, ce qu'on appelle aussi de la fibrose."
Des substances cancérigènes
En ce qui concerne plus précisément les vapeurs de pétrole ou de carburant, "elles contiennent des substances cancérigènes, dont en premier lieu le benzène, précise le pneumologue. Ainsi que des hydrocarbones volatiles, aussi appelés COV (composés organiques volatiles), qui ont la propriété de s'évaporer rapidement, même à température ambiante. Ils sont eux aussi très toxiques pour les poumons. Leurs effets sont multiples, mais ils sont entre autres cancérigènes et peuvent également déclencher les maladies décrites plus haut. En outre, une part significative des particules inhalées en cas d'explosion/exposition à la fumée sont dites fines ("2,5 micromètres), voire ultrafines ("100 nanomètres), ce qui entraîne une pénétration de l'arbre respiratoire profond (petites bronches et alvéoles pulmonaires). Enfin, il faut garder à l'esprit que l'inhalation des vapeurs a des effets sur les autres organes : maux de tête, confusion, risque accru d'événements cardiovasculaires, etc".