L'omniprésence de l'eau

Gina Cabases a rassemblé 22 artistes d'un peu partout, même de France, qui ont usé chacun de leur technique personnelle sur un thème, exploitable à divers degrés, "Misenpli" : tout ce qui évoque ondulations, plis, draperies ou strates. Les déchets sont peu nombreux et les découvertes parfois étonnantes.

Jean Jour
L'omniprésence de l'eau
©Javaux

Chronique Gina Cabases a rassemblé 22 artistes d'un peu partout, même de France, qui ont usé chacun de leur technique personnelle sur un thème, exploitable à divers degrés, "Misenpli" : tout ce qui évoque ondulations, plis, draperies ou strates. Les déchets sont peu nombreux et les découvertes parfois étonnantes.

Les personnages en carton rouge sang du Tilffois Yves Donnay sont déchiquetés dans leur texture comme réalisée à coups de truelle, ce qui ajoute à l'inquiétude que l'artiste pratique pareillement en peinture. Michèle Maquet se sert de la photographie pour immortaliser en gros plans des fleurs qu'elle fixe sur plaques de verre, jouant ainsi doublement des couleurs, des formes et des reflets naturels du verre. Caroline Chariot-Dayez crée des chiffonnades (pareilles à des rideaux de scène), peintures ondulantes qui aboutissent à un abstrait de mouvement. Plus classique, Dominique Collignon étale des horizons plats, des champs qui ondulent à perte de vue et se noient dans le ciel, révélant leur atmosphère par la lumière de la terre et des saisons.

Dans un bois lisse et coloré, Christina Jekey fait s'envoler des formes qui se rapprochent de l'oiseau et de la vague, tandis que Carine Neutjens réalise, en pâte de verre, des vases aux formes rondes, à la fragilité accentuée par des couleurs aquarellées. Les créations textiles de Simone Pheulpin ne sont pas sans rappeler de blanches meringues aux entrelacs divers et Hélène Delachenal-Vilain propose une tapisserie en vagues bleues ouvrant une petite fenêtre sur l'infini.

Intéressant travail que celui de Gisèle Deneumoustier (1) : ses gravures hyperréalistes montrent de la finesse et plein de rêverie sur un thème riche : le lit, avec ses rideaux, ses draps, ses draperies. Quant à Edith Gilbert, elle capte le Cotentin, terre de souvenir du débarquement, avec ses vagues de sable et de terre meuble, pour en donner une vision photographique pareille à des mirages de lumière.

Troubadour des temps modernes, le Stavelotain Gaëtan Plein (2) voyage dans le monde pour montrer le folklore de Wallonie. Promoteur du tourisme, mais surtout conteur, il outrepasse les légendes pour atteindre l'imaginaire en faisant se rencontrer des personnages mythiques qu'il dessine d'un trait léger rehaussé d'écoline. Cette première exposition lui permet de transposer Lorelei sur les bords de l'Amblève ou de croquer Apollinaire à Stavelot dans des situations inattendues. Le folklore local se trouve de la sorte réamorcé par des anecdotes parfois vécues, qu'il conte par le crayon et non plus par la voix.

Difficiles à pratiquer, par l'impossibilité de revenir sur la couleur et l'obligatoire retenue du blanc, les aquarelles de Christiane Javaux (3) s'apparentent à celles du spécialiste qu'était le regretté Mittéi. Réalistes, romantiques et rêveurs, ses paysages ardennais d'automne ou de neige s'enrichissent d'une atmosphère aux couleurs légères, laissant ressortir les reliefs. L'omniprésence de l'eau, rivières sinueuses, rues paisibles ou fracas de la mer sur un phare, y contribue largement. L'artiste excelle autant dans le paysage exotique, la nature morte et le portrait. De longues années en photographie l'aident évidemment et plusieurs prix, ici et en France, ont récompensé son travail, dont la fameuse Gade d'Or de Remouchamps.

(1) Musée de Comblain-au-Pont, jusqu'au 7 mai. (2) Office du Tourisme, Stoumont, avr.-mai. (3) L'Arlecchino, Esneux, avr.-mai.

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