Yves Toussaint: Impéria revit et passe au vert
Petit bijou de recherche technologique pure et appliquée, Green Propulsion est comme un poisson dans l'eau au verdoyant Liege Science Park. Yves Toussaint, son directeur, ne doit pas lorgner dans le rétro pour soutenir la narration d'une belle histoire bien de chez nous.
- Publié le 23-07-2010 à 04h15
- Mis à jour le 23-07-2010 à 14h26

Petit bijou de recherche technologique pure et appliquée, Green Propulsion est comme un poisson dans l'eau au verdoyant Liege Science Park. Yves Toussaint, son directeur, ne doit pas lorgner dans le rétro pour soutenir la narration d'une belle histoire bien de chez nous.
Né à Mussy-la-Ville - cela ne s'invente pas - qui vient de fêter le 150e anniversaire de la naissance d'Etienne Lenoir, inventeur du moteur à combustion interne, il avait la mécanique dans le sang. Enfant, il montait et démontait des pièces, déjà rongé par le virus de la technique dans une famille de matheux, pas trop versés dans le bricolage ou l'automobile. Entré à l'ULg en aérospatiale, il quitta son amphi en plein milieu d'un cours de 3e année pour bifurquer vers l'électro-mécanique au Val Benoît. "Je me suis rendu compte, dit-il, que ces études en aérospatiale, allaient faire de moi un hyper-spécialiste d'une petite pièce, sans avoir une vision de tout le projet. Je voulais être un ensemblier, tout connaître de A à Z." Il passa ensuite 3 ans en coopération au développement au Brésil puis en Éthiopie où il réalisa ses premiers plans de voiture hybride. La voie royale était tracée. Au retour en Cité ardente, il devint l'assistant ULg du seul professeur étudiant le moteur thermique automobile. Et en 99, dans la foulée, il défendit sa thèse de doctorat traitant du développement de logiciels de simulations de véhicules de toutes formes pour mesurer les gains en consommation et pollution.
Le 1er janvier 2003, alors que son professeur partait à la pension, il décide avec des collègues toujours à ses côtés de fonder Green Propulsion et de passer enfin des rapports, des suggestions sur papier à des réalisations concrètes. Dans des locaux loués à l'Université au Val Benoît, ils s'attachent à la motorisation alternative en général avec comme objectif pratique de réaliser des prototypes. Leur premier enfant fut un kart électrique, toujours opérationnel dans le hall de tests et de constructions. "Green Propulsion, dit-il, a toujours la vocation de construire des prototypes, de les tester, les homologuer, mais pas la production en série qui est du domaine d'un constructeur. Ainsi en 2006, à la demande de Renault nous avons réalisé une Kangoo électrique qui sera mise sur le marché en 2011 par la firme française. Notre savoir-faire, reconnu internationalement, est le capital de la société. On fera une exception dans notre logique de travail pour Impéria, devenue une spin-off différente de Green Propulsion et qui va bénéficier de l'agrandissement des locaux au Pré Aily." Auparavant, Green Propulsion a travaillé de la même manière avec ce bus hybride - dont le premier prototype a brûlé à Robermont - dont les émissions de CO2 sont de 25 à 40 % moindres que celles d'un bus actuel. "Nous avons augmenté la fiabilité, relève M. Toussaint, diminué le coût de production et assuré l'homologation du véhicule qui roulera au Tec au second semestre 2010 avant d'embarquer des passagers l'an prochain. Encore une fois, on vendra notre "know how" à des constructeurs qui prendront en charge la réalisation en série du produit." Pour réaliser le retour d'Impéria, l'équipe de Green Propulsion (13 personnes aujourd'hui, mais 30 environ devront être engagées pour l'aboutissement du projet) s'est penchée depuis 5 ans sur une motorisation hybride et sportive. "Le nom d'Impéria a dû être racheté. Mais il sonne bien et rappelle la passion de la région liégeoise pour les moteurs autos et motos. À Trooz, l'ancienne piste d'essai, aux deux tiers sur les toits de l'usine, est toujours bien visible. Là, à Nessonvaux, en 1906 naquit la première auto mixte hybride, marchant à l'essence et à l'électricité. Après le dessin de la carrosserie et la motorisation réalisée sur la Ford Escort servant de mulet, on recueillit des promesses d'achat faites par quelque 300 passionnés."
Malgré la crise, Green Propulsion a réuni après deux ans de démarches les budgets pour 2 prototypes (2 millions d'euros) et 6 millions pour le projet total, nouveaux bâtiments y compris. "On va aujourd'hui, dit avec soulagement M. Toussaint, se reconcentrer sur la technique : le châssis tubulaire est fait, on implante la motorisation." Et de souligner que Green Propulsion, leader en matière de moteurs hybrides et sportifs, a suscité l'intérêt d'autres grands constructeurs du Sud de l'Europe non concurrents pour le développement de produits dérivés. Reste aussi à faire les tests pour l'Impéria : sur route normale, par grands froids, fortes chaleurs et en conditions sportives. Et pourquoi pas sur le circuit de Francorchamps grâce aux contacts précieux avec le réputé Cluster automobile qui jouxte le plus beau circuit du monde ?
Demain : Frédéric Baron, Prix Baillet Latour
