Rudi Garcia dévoile les coulisses de son travail avec les Diables rouges : "Eden n'est pas fait pour être dans un staff"
À mi-chemin entre un premier rassemblement mouvementé mais réussi et un deuxième qui s'annonce délicat, Rudi Garcia nous parle de tous les sujets chauds autour de ses Diables. De Kevin De Bruyne à son staff en passant par les nouvelles têtes qui pourraient débarquer.
- Publié le 25-04-2025 à 18h01
- Mis à jour le 25-04-2025 à 18h02

Pour la première fois dans son ère de sélectionneur des Diables, Rudi Garcia a vu la drache belgo-belge. Sans doute pas la dernière. Cela n'a rien enlevé à l'enthousiasme de son début de mandat. Au lendemain d'une journée chargée entre une rencontre avec le fanboard des supporters à Tubize puis le match Anderlecht-Gand, le Français de 61 ans nous reçoit dans la "salle des légendes", au premier étage du centre national.
Installé devant les photos des Diables et des Flames qui ont écrit les plus belles pages de l'équipe nationale, Garcia constate que Roberto Martinez y a son portrait mais pas Domenico Tedesco. Il devra attendre au moins l'été 2026 et la Coupe du monde américaine pour savoir s'il sera le premier Français du mur. "Je ne pense pas encore à ce tournoi, sourit-il La fédération doit déjà anticiper certaines choses dans le programme vu le gigantisme de ce Mondial mais j'ai demandé qu'on me laisse me concentrer sur le sportif. Il y a deux matchs à préparer en Macédoine du Nord puis contre le pays de Galles."
Son agenda : "C'est mieux que deux fois 0-0 et une qualif aux tirs au but"
"On n'a pas chômé avec mon staff depuis le barrage remporté contre l'Ukraine. On a d'abord fait l'analyse des deux matchs de mars. Je suis assez content d'avoir eu ce scénario, même si je n'aime jamais perdre. Je peux m'appuyer sur beaucoup de choses. Avec l'aller, je peux leur montrer ce qu'il peut arriver si on n'est pas à 100 % ou si on ne défend pas ensemble. Et avec le retour, je peux prouver qu'on a des qualités et un collectif. C'est mieux que deux fois 0-0 et passer aux tirs au but. Après cette analyse, on a commencé à préparer le rassemblement de juin. Mercredi, on était à Antwerp-Genk et à Anderlecht-Gand. Ce soir (NdlR : jeudi), j'irai à Bruges-Union. On continue à suivre les joueurs qui étaient dans la première liste mais aussi d'autres. Rien n'est figé."
Le calendrier de juin : "Je donnerai ma sélection plus tôt que d'habitude"
"Certains joueurs vont s'arrêter en club le 17 ou le 18 mai et notre premier match en Macédoine du Nord n'est que le 6 juin. Comment occuper ces trois semaines ? On travaille avec le département de la performance sur ça. Je crois qu'on va gérer au cas par cas. Des joueurs ne stopperont en club que fin mai. Un garçon comme Youri (Tielemans) devrait s'arrêter le 25 mai après avoir beaucoup joué à Aston Villa. Il aura surtout besoin de repos. On lui refusera l'accès à Tubize s'il veut venir s'entraîner avec nous, on l'enverra en vacances une semaine (rires). D'autres avec moins de temps de jeu viendront avant le début du rassemblement pour être prêt physiquement. Je donnerai ma sélection plus tôt que d'habitude, vers le 19-20 mai. On préviendra déjà les joueurs début mai de notre programme, même si tous ne seront pas repris évidemment."
L'accumulation de blessures de Roméo Lavia n'est pas normale à son âge.
La sélection de juin : "La porte est ouverte à Carrasco et je suis le petit Stassin"
"Comme je l'ai dit, la sélection n'est pas figée et on pourrait voir de nouvelles têtes. Yannick (Carrasco) a été longtemps blessé mais il va mieux et il performe. Il joue dans un championnat que je connais bien et je sais que le niveau est bon. Il est polyvalent et la porte n'est pas fermée pour lui. Je suis aussi le petit Stassin à Saint-Étienne qui vient de marquer deux buts dans le derby contre Lyon. Il est en forme et on va aller le voir sur plusieurs matchs. Devant, il y a une grosse concurrence avec Loïs (Openda) qui reste un joueur important, Charles (De Ketelaere), Michy (Batshuayi) et n'oubliez pas Leandro (Trossard) qui n'arrête pas de mettre des buts à Arsenal. Derrière, il y a aussi un garçon comme Matte (Smets). Pour lui, c'est important d'avoir des playoffs qui lui permettent de jouer des matchs de haut niveau puisqu'il n'a pas joué en Europe cette saison. Même si je ne comprends pas la division des points et que Genk aurait mérité d'être champion vu son avance, les playoffs nous donnent la possibilité de mieux évaluer les joueurs, comme en Coupe d'Europe. Les matchs classiques du championnat belge ne permettent pas de voir tout ce qu'on veut. Roméo Lavia ? On me dit qu'il a beaucoup de talent. J'aimerais pouvoir le voir mais il est toujours blessé. Cette accumulation n'est pas normale à son âge. Si Chelsea ne trouve pas la solution, il faudra qu'on la trouve nous, à la fédération."

Le chantier de la défense : "Debast n'a pas encore tous les réflexes d'un milieu"
"On sait que la défense centrale est le chantier principal de cette équipe. C'est important que je puisse voir des joueurs et des associations. On pourrait jouer à trois mais je préfère une dernière ligne à quatre. Si on joue à trois, on doit enlever un offensif et ce serait dommage vu le talent qu'on a devant. Koni (De Winter) et Brandon (Mechele) ont joué le premier match et c'était très bien jusqu'à l'erreur individuelle (NdlR : de De Winter). Après, c'est l'équipe qui a lâché, pas juste la défense et il ne faut pas condamner Koni pour ça. J'espère qu'il deviendra un grand joueur et il pourrait passer dans un club plus important prochainement. Zeno (Debast) joue tout le temps au milieu au Sporting et je voulais le voir là-bas aussi. On a constaté qu'il n'avait pas encore tous les réflexes d'un médian. Pour le retour, il est repassé derrière avec Wout (Faes) qui a fait son match. On doit encore travailler sur la gestion du pressing adverse. J'aimerais qu'on vienne nous presser pendant les qualifications pour qu'on bosse nos sorties de balle. Mais j'ai peur qu'on se retrouve face à des blocs bas à chaque fois."
Certains parlaient du déclin de Kevin (De Bruyne) en mars mais il a montré qu'il est toujours le patron.
Le choix du capitaine : "Ça m'a plu de voir De Bruyne assis sur les rambardes"
"On a encore du temps. Je n'ai pas encore tranché. Ça se peut que ça tourne aussi sur les deux matchs de juin comme en mars avec Kevin (De Bruyne) et Romelu (Lukaku). J'ai regardé les attitudes des joueurs quand ils étaient avec moi mais aussi avec leur club. J'ai vu un Kevin très impliqué lors de la victoire de City contre Aston Villa. Quand il est sorti, il est resté assis sur les rambardes pour encourager ses partenaires. Ça m'a beaucoup plu. Kevin a annoncé qu'il quitterait Manchester cet été mais je ne m'inquiète pas pour son futur choix. Si c'est en Europe, c'est très bien. Si c'est en MLS, ce sera un peu moins bien à cause des trajets et du décalage horaire. Ça peut aussi être sur l'Arabie saoudite qui n'est pas trop loin. Kevin restera de toute façon un joueur très important pour nous. En mars, certains parlaient de son déclin mais il a montré qu'il était toujours le patron. Exceptionnel au retour mais je l'ai aussi trouvé bon à l'aller."
Son staff : "On a demandé à Genk pour conserver Guy Martens"
"Le staff est idéal actuellement, mais on pourra peut-être l'améliorer au niveau de la préparation physique quand on sera qualifié pour la Coupe du monde. On aurait besoin d'avoir un troisième préparateur physique mais ce n'est pas encore nécessaire maintenant. Avec Vincent Mannaert, on a fait la demande à Genk pour qu'on puisse encore avoir Guy Martens comme entraîneur des gardiens en juin, on attend la réponse de Dimitri De Condé à Genk. Pourrait-on trouver un rôle pour Eden Hazard dans ce staff ? Non, il n'est pas fait pour ça. Mais on continue à échanger. Je lui ai envoyé une photo de son frère Thorgan quand j'étais à Anderlecht et il m'a répondu d'une autre photo où il regardait le match à la télé. Il va continuer à nous suivre et à venir voir les joueurs de temps en temps. Il est plus un grand frère pour le groupe."
Sa vie belge : "Ce n'est pas nécessaire de vivre à Bruxelles"
"J'ai regardé pour habiter à Bruxelles mais avec le trafic, on est quand même loin de Tubize. Je suis souvent à l'étranger et je ne pense pas que ce soit nécessaire de vivre en Belgique. Je suis domicilié à Rome et je loge à l'hôtel du centre national quand je suis ici. Ce n'est pas une question de météo, j'ai longtemps vécu à Lille (rires). J'essaie de me faire l'oreille au néerlandais mais ce n'est pas facile. Il faudra que je trouve un professeur pour progresser. Quand je croise des supporters en Belgique, ils sont toujours gentils et bienveillants. J'ai d'ailleurs trouvé qu'il y avait moins d'agressivité dans les stades belges qu'ailleurs. Quand j'étais à Anderlecht, je me suis dit que les Diables pourraient aussi y jouer, même si c'est plus petit. Comme à Genk où l'ambiance a aidé l'équipe. Je dois encore découvrir le Heysel. La pelouse a été refaite et c'est le plus important."