Croquis de justice: quand les copains ont bon dos
Depuis ses 19 ans, Gil revend du cannabis. À 25 ans, il souhaiterait tourner la page.
- Publié le 30-06-2019 à 13h21
- Mis à jour le 30-06-2019 à 13h22
Depuis ses 19 ans, Gil revend du cannabis. À 25 ans, il souhaiterait tourner la page.La cité du Doudou porte encore les stigmates des festivités tandis qu'au tribunal, cela sent plutôt l'écurie. Malgré ses menottes et son escorte policière (4), le premier prévenu se la joue "cool" avec son pantacourt et sa vareuse du Real Madrid. Mais c'est surtout son mastiquage intempestif qui exaspère la présidente.
- Jetez votre chewing-gum !
- (Aussi sec) Il n'y a pas de poubelle.
- Mettez-le dans votre poche, intervient un policier.
Le ton est donné mais l'avocat du jeune homme est bloqué dans les travaux de l'E42.
- Je n'ai pas besoin d'avocat, je peux me défendre tout seul…
Il est néanmoins reconduit en cellule, histoire que la pression retombe.
Un récidiviste
Le prévenu suivant est moins exalté. Fluet, il se déplace sur coussin d'air jusqu'au petit banc. On l'appellera Gil. Il présente bien. À 25 ans, il possède néanmoins un passif en matière de stupéfiants. Déjà condamné à une peine de travail quand il était âgé de 19 ans, il a persévéré dans le domaine. Ce qui lui est reproché : la vente de cannabis pendant une période infractionnelle qui court sur deux années.
- Expliquez-moi pourquoi vous avez replongé, interroge la présidente.
- Je ne comprends pas ces accusations, j'achetais pour ma consommation personnelle.
- De telles quantités ?
- Je dépannais souvent les copains.
Les copains ont l'air d'avoir bon dos car d'après le ministère public, il s'agit bien d'un commerce en bonne et due forme avec, comme la perquisition l'a démontré : une balance, du cannabis conditionné en "pacsons", de l'argent liquide en quantité, des listings de supposés clients et différents GSM. "Il dit qu'il achète en gros parce que cela lui revient moins cher mais les quantités sont trop importantes. L'analyse de la téléphonie fait part de messages codés qui ne laissent planer aucun doute : il s'agit bien d'un trafic et pas de simples 'dépannages'. Par ailleurs, à 25 ans et alors qu'il ne travaille pas, Monsieur menait grand train avec un appartement huppé, une belle voiture et des vacances exotiques." La procureure réclame 18 mois de prison mais n'est pas opposée à un sursis probatoire.
"Des montants déraisonnables"
L'avocate de Gil entend "remettre l'église au milieu du village". "Mon client est un jeune homme de 25 ans qui est un gros consommateur mais ce n'est pas un gros dealer. Par ailleurs, les témoins ne sont pas fiables et la période infractionnelle doit être réduite." En, effet, sur les 2 années supposées de son petit commerce (que l'on suppose fructueux), Gil commandait - sur base de la téléphonie - pour l'équivalent de 8 400 euros mensuels de "marchandise". Ce qui pourrait faire mal en cas de peine de confiscation correspondant à la période infractionnelle. "Les montants sont déraisonnables, poursuit l'avocate. Par ailleurs, il y a des versements qui ont été faits sur le compte de mon client mais de la part, et c'est prouvé, de personnes non consommatrices. Il s'agissait de travaux mécaniques, la véritable passion de mon client. Quant au soi-disant luxe de son appartement, tout ce qui est à l'intérieur, l'écran géant, les bijoux… ils appartiennent à sa copine."
Et là apparaît un gap entre le moment des faits et le jugement : "Depuis deux ans, mon client n'a plus fait parler de lui, il ne consomme plus et a repris des études en expertise automobile. Une autre peine viendrait entacher sa future carrière professionnelle. Il met tout en œuvre pour être un adulte responsable et ne plus se retrouver devant vous."
Des arguments qui laissent de marbre le ministère public : "La police a mené une enquête rigoureuse. Les montants perçus par le prévenu sont illégaux, c'est de l'argent sale."
Le dernier mot est pour Gil : "Je ne minimise pas mais depuis deux ans, je fais des études, j'aimerais commencer une vraie vie."
Jugement le 26 septembre.
