Quand Marcourt et le greffier faisaient le forcing pour que le Parlement wallon mette la main sur les voyages des députés de la francophonie
Le greffier du Parlement de Wallonie, Frédéric Janssens, s'était vu octroyer des frais de représentation de 1 300 euros par mois. Une compensation, selon plusieurs membres du bureau qui avaient pris cette décision, car le Parlement de Wallonie n'était pas membre de l'APF (Assemblée parlementaire de la Francophonie).

- Publié le 17-01-2023 à 18h47
- Mis à jour le 17-01-2023 à 21h33

Tahiti, Bali, Monaco, le Rwanda ou encore le Québec. La Libre s'est penchée ce lundi sur les discrets voyages des députés membres de la section belge de l'APF (Assemblée parlementaire de la Francophonie), organe de diplomatie parlementaire. Les 13 membres de ce bureau, dont Jean-Charles Luperto (PS), Philippe Courard (PS) ou encore Françoise Schepmans (MR), ont effectué au total 23 missions à l'étranger en 2022. En interne, Alice Bernard (PTB), a dénoncé "l'opacité problématique" de certains aspects de ces activités et le manque de transparence budgétaire.
"En ces temps de disette, est-il vraiment du rôle du contribuable francophone de financer les voyages de députés aux quatre coins du monde ?", s'est quant à lui interrogé François De Smet, président de Défi, parlant "d'une addition totale qui donne le tournis."
Cette séquence fait suite aux révélations récentes dans la presse des voyages coûteux, notamment à Dubaï, de membres du Parlement wallon, dont le président de l'institution, Jean-Claude Marcourt (PS) mais aussi son greffier, Frédéric Janssens.
Un élément nouveau a été porté à notre connaissance.
Jean-Claude Marcourt, a tenté en 2020 d'intégrer le Parlement de Wallonie à l'APF. Il a bénéficié, selon nos informations, du soutien en interne du greffier Frédéric Janssens (actuellement suspendu).
Dans une note datée du 24 janvier 2020, signée par le greffier Frédéric Janssens et envoyée au bureau du Parlement, le bureau du parlement régional "propose de charger M. le président (Jean-Claude Marcourt) d'une demande d'adhésion à l'APF."
Dans le PV d'une précédente réunion du bureau, datée du 20 janvier 2020, il est précisé que c'est bien à la demande de Jean-Claude Marcourt que "le point a été inscrit à l'ordre du jour." Le Liégeois considère en effet "que le Parlement de Wallonie mérite d'être reconnu comme institution". Il souligne encore le fait que "la situation actuelle ne convient pas (NdlR : la Fédération Wallonie-Bruxelles héberge l'APF)" car "le Parlement de Wallonie est le Parlement de premier degré". Manu Disabato (Ecolo), s'est de son côté inquiété de cette concurrence entre parlements et surtout du risque "de doublons".
La demande de Jean-Claude Marcourt peut apparaître comme superflue. Le bureau de la section belge de l'APF accueille déjà en son sein des députés des diverses assemblées, dont 6 députés wallons. "Je me suis opposé à cette proposition : ça n'avait pas de sens de multiplier les sections", nous indique Jean-Paul Wahl, député wallon et vice-président de l'APF internationale. La proposition se conçoit, toutefois, dans la perspective régionaliste qui est celle de Jean-Claude Marcourt.
"La Wallonie a voulu à plusieurs reprises intégrer l'APF, sous les précédentes législatures. Cela s'inscrit dans l'optique d'avoir plus de poids diplomatique pour la Wallonie", contextualise une source wallonne.
En 2020, la demande d'adhésion à l'APF est passée à quatre reprises au bureau du Parlement de Wallonie. Elle s'est heurtée au refus de plusieurs membres du bureau, à savoir Manu Disabato (Ecolo), Jacqueline Galant (MR) et Sybille de Coster-Bauchau (MR), qui l'ont bloquée.
La question du coût posait problème. Il a finalement été décidé que la demande d'adhésion du Parlement wallon puisse être introduite mais à condition que le Parlement ne soit pas une délégation autonome supplémentaire et que l'opération soit neutre budgétairement. Rien ne semble avoir bougé depuis lors.
La prime de 1 300 euros par mois du greffier
Reste que cette prérogative diplomatique (l'APF) de la Fédération Wallonie-Bruxelles fait des envieux. Comme l'a révélé le Soir, le bureau du Parlement de Wallonie avait autorisé le greffier Frédéric Janssens "à exposer, moyennant justifications, des dépenses de représentation à concurrence d'un maximum de 1 300 euros par mois", soit 15 600 euros par an. Le motif de cet avantage octroyé n'avait par contre pas été formellement justifié. Selon plusieurs ex-membres du bureau du Parlement de Wallonie, la non-participation du Parlement de Wallonie à l'APF en a été l'une des justifications.
"Une forme de jalousie"
"Il y avait une forme de jalousie du greffier de Namur, Frédéric Janssens, vis-à-vis de celui de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Xavier Baeselen, car il n'était pas formellement membre de l'APF et qu'à ce titre, il voyageait moins et ne bénéficiait pas de toute une série de contacts internationaux et diplomatiques", nous indique un élu, membre du bureau qui avait pris cette décision. Des propos confirmés par un autre député, également membre du bureau en 2018.
Frédéric Janssens et André Antoine (Les Engagés), alors président du bureau, n'ont pas donné suite à nos interpellations.
Quant à l'actuelle greffière faisant fonction, elle ne bénéficie plus de ces frais de représentations.
