Georges-Louis Bouchez, les poètes, les bobos et les élites
Le président du MR s'exprime comme s'il était encore et toujours en campagne électorale. Pourquoi ne pas tenir des propos rassembleurs qui l'aideront dans sa volonté de transformer le pays ? Humeur.

- Publié le 17-06-2024 à 12h22
- Mis à jour le 17-06-2024 à 12h23

Une humeur de Francis Van de Woestyne
Quand on proposa à Winston Churchill de couper dans le budget de la culture pour aider l'effort de guerre, il répondit tout simplement : "Mais alors pourquoi nous battons-nous ?"
Quand on demande (La Libre du 15 et 16 juin) à Georges-Louis Bouchez, président du MR, comment il va gérer le pays, il répond : "Comme des ingénieurs, pas comme des poètes".
Vive les ingénieurs et les poètes
La comparaison, nous l'admettons, est bancale. Elle fera rougir – quoique…- le vainqueur absolu du scrutin du 9 juin en Wallonie et à Bruxelles car il faudra quand même quelques années pour savoir ce que GLB laissera comme trace dans l'histoire. Mais il en laissera une, c'est certain. Et pour l'instant, elle est plutôt flatteuse.
La comparaison est bancale aussi parce qu'en affirmant que ceux qui arrivent au pouvoir par la volonté démocratique des citoyens (les partis de centre droit) veulent gérer le pays "comme des ingénieurs et pas comme des poètes", Georges-Louis Bouchez n'a pas proposé de réduire le budget de la culture. Qui vivra… Mais il aurait pu dire : nous allons gérer le pays comme des ingénieurs ET AVEC des poètes. N'ont-ils aucun rôle dans la société, dans l'humanité, dans le futur "canon" wallon que Georges-Louis Bouchez veut mettre en place comme la Flandre l'a fait ?
La culture, déclarée secteur non essentiel pendant le Covid, a bien montré, au contraire, en quoi elle est primordiale dans nos vies d'humains, de terriens. Notre "consommation" de la culture évolue certes, mais elle sera toujours, comme la spiritualité, un élément essentiel de notre épanouissement. De celle de Georges-Louis Bouchez aussi, sans doute. Du moins, on peut l'espérer. Tant qu'à parler de la culture, évoquons son parent pauvre : la lecture. Pourquoi ne pas lancer un grand plan lecture ? En Communauté française, mais aussi à Bruxelles et en Flandre ? La politique, c'est aussi une bataille d'idées, de valeurs. La lecture est à l'esprit ce que l'exercice est au corps.
Les bobos et les élites
Deuxième réflexion à la lecture des propos de Georges-Louis Bouchez. Il est bien le seul maître à bord dans son parti. Incontesté et incontestable. Il a conclu un accord en béton avec l'autre grand vainqueur, Maxime Prévot, le président des Engagés. Mariés au premier regard, telle est leur histoire, malgré des sensibilités qui, comme dans tout couple, apparaîtront. La victoire de Georges-Louis Bouchez est celle de la clarté, du courage, de l'audace. Il sait où il va. Les gens qui ont voté pour lui ne pourront pas dire : on ne savait pas. Mais il continue à parler comme s'il était toujours en campagne électorale. Sa charge contre les bobos est assez curieuse. Qu'est-ce qu'un bobo ? Il explique : "Ils vivent dans une villa quatre façades, ont des panneaux photovoltaïques pour chauffer leur piscine". En quoi est-ce mal ? Une grande partie d'entre eux et elles ont voté pour le MR. De même, sa détestation pour les élites "qui ne parlent qu'à elles-mêmes" peut surprendre quand on sait que son entourage, celles et ceux qui le conseillent au quotidien, est constitué des gens brillants, des élites. Est-ce un vilain mot ? Il a su, il est vrai, porter un message courageux aux électeurs qui ne croyaient plus en politique, en délivrant un message basé sur le travail, l'effort. C'est grâce à sa campagne de terrain, de proximité qu'il a été élu. Mais c'est aussi grâce au travail de ses colistiers qui ont fréquenté des "salons politiques". Les électeurs et électrices qui l'ont porté au pouvoir ont toutes sortes de parcours. Un élément les rassemble : la volonté de réformer, de bousculer la Wallonie et Bruxelles. Et d'aider le pays à se redresser plus vite.
Lorsqu'un président américain prête serment sur les marches du Capitole, à Washington, sa première parole est souvent tournée vers ceux et celles qui ne l'ont pas élu. Il (il n'y a pas encore eu de présidente) affirme qu'il sera le président de tous les Américains et les Américaines. Pour faciliter l'adhésion du plus grand nombre de Wallons, Bruxellois et de Flamands que la ligne choisie mais aussi la méthode et le ton sont les bons, il serait utile, nécessaire, agréable que le président du MR, appelé à de hautes fonctions, tienne, comme il l'a déjà fait le soir de sa victoire, des propos plus rassembleurs. Même s'il devra un peu se forcer...