Georges-Louis Bouchez (MR) à La Libre : "On va gérer le pays comme des ingénieurs, pas comme des poètes"
Le président libéral est sur un nuage depuis les élections de dimanche. Le MR a remporté une victoire historique. Il va pouvoir gouverner au centre-droit avec Les Engagés et sans la gauche francophone (sauf peut-être à Bruxelles). Georges-Louis Bouchez livre les raisons de ce succès.

- Publié le 15-06-2024 à 07h00
- Mis à jour le 15-06-2024 à 09h49

Comment Georges-Louis Bouchez traverse-t-il ces moments importants ? Les résultats exceptionnels du MR aux élections de dimanche changent tout. Aux esprits critiques qui, au sein de son parti ou en dehors, ne l'ont pas ménagé ces dernières années, il peut désormais répondre qu'il avait raison : disruptif, le style Bouchez fonctionne. Le MR a la main dans les entités fédérées pour la formation des nouveaux exécutifs. Au fédéral, Bart De Wever, nommé informateur par le Palais, devrait sous peu entamer des discussions en vue de la constitution d'une coalition dont le MR fera partie. Avec la gauche francophone dans l'opposition (sauf probablement à Bruxelles), le président libéral en est persuadé : de grandes réformes sont possibles.
Dimanche, vous avez pris votre revanche face à vos détracteurs… Heureux ?
Cette victoire montre à quel point le "petit monde" politico-médiatique est déconnecté de la réalité. L'opposition entre ce microcosme et ce que pensent les gens dans la rue est quasi parfaite. Mon milieu, ce n'est pas la politique. J'ai gardé la même vie qu'avant, je ne fréquente pas certains types de gens. La plus grande victoire de ma présidence, c'est de ne pas avoir voulu plaire à tout prix aux éditorialistes, au monde politique, à ce "petit monde". C'est la clef ultime. Le MR a réussi à aller capter le vote de citoyens qui ne croyaient plus en la politique.
D'anciens électeurs du PTB auraient même voté pour le MR, selon certaines analyses. Est-ce juste ?
J'en suis certain, oui. Une preuve : on a remporté la partie dans des bureaux de vote de régions extrêmement populaires. On y faisait jeu égal avec le PS ou on le battait. On a su percevoir ce que les citoyens ne supportaient plus. Et ce qu'ils ne supportent plus, c'est ce que moi-même je ne supporte plus : délinquance, chômage, absence de réformes en matière de migration… De ces sujets, on ne pouvait pas parler. Mais pourquoi ? Il y a eu une libération de la parole. Cela dérange la gauche, évidemment. Elle avait réussi jusqu'à présent à imposer ce qu'on peut dire et ce qu'on ne peut pas dire dans l'espace public.
Vous avez remporté la bataille des idées ?
C'est une guerre culturelle : on ne peut pas parler d'immigration sinon on est d'extrême droite ; si on parle de la mise au travail des chômeurs ou de réforme dans le secteur de la santé ou des associations communautaristes qui sont des machines à subsides, on est dans le clan du mal, de la droite extrême. Quand on dit tout cela, c'est la bronca. Mais cette bronca est orchestrée par 50 personnes sur les réseaux sociaux. Une fois qu'on a compris cela, il faut un peu de courage et dire les choses.
Vous vous félicitez d'avoir su écouter le "pays réel" face aux élites, selon l'expression de Charles Maurras.
J'utilise cette expression : le petit monde face aux vraies gens… Quand les journalistes et les universitaires – corps intellectuels qui sont censés donner une direction à la société – pensent à l'opposé de la masse de la population qui est de plus en plus à droite, c'est la faillite des élites. Les élites se parlent à elles-mêmes. Ma présidence a changé lorsque j'ai compris que je ne plairais jamais à cette élite intolérante, autoproclamée. Je suis très lucide. On m'a souvent soutenu au MR que le "libéralisme social", c'est formidable. Mais les deux seules fois où le MR a fait 30 %, c'était après des campagnes électorales à droite : en 2007, grâce à Didier Reynders, et aujourd'hui. C'est une leçon.
Quand les journalistes et les universitaires - corps intellectuels qui sont censés donner une direction à la société - pensent à l'opposé de la masse de la population qui est de plus en plus à droite, c'est la faillite des élites."

Le PS et Écolo ont-ils perdu les élections faute d'avoir compris cela ?
Le PS et Écolo font partie de ce petit monde, à en crever. Les écolos ont même toujours fait partie de cette caste très bobo. Le PS, à la base, s'occupait vraiment des gens. Mais avec le temps, les socialistes ont glissé, d'une part, vers l'élite dont je parlais et, d'autre part, vers les assistés. Le PS est aujourd'hui le parti le plus éloigné des préoccupations de ses électeurs. L'Open VLD (libéraux flamands) a d'ailleurs le même problème : ce parti doit changer sa manière de voir les choses et de communiquer. Sur dix publications sur les réseaux sociaux, quatre concernent les LGBTQIA + – une thématique certes importante mais restreinte : ce n'est pas comme cela que l'on gagne les élections. Le MR n'a insisté que sur les thèmes qui concernent tout le monde : le travail, la sécurité, l'école. Réaliser 30 % aux élections, c'est le score d'un parti de masse. Notre stratégie a toujours été d'élargir notre électorat par un discours fait de clarté.
L'Open VLD doit changer sa manière de voir les choses et de communiquer. Quand, sur dix publications sur les réseaux sociaux, quatre concernent les LGBTQIA+ - une thématique certes importante mais restreinte - ce n'est pas comme cela que l'on gagne les élections."
À quoi ressemblera la Belgique dans cinq ans après ce basculement à droite en Wallonie et au fédéral ?
À une Belgique où l'on paiera moins d'impôts, où le travail sera mieux récompensé, où le sens de l'effort sera au centre de l'attention, où existera une vraie école de l'égalité des chances, où aura été opérée la rupture avec l'assistanat et avec la politique des copains. Une Belgique libérée. Le MR met sur la table des négociations l'emploi, la limitation dans le temps des allocations de chômage, la transformation de l'activation des chômeurs au niveau du Forem, la révision du paysage de la formation, la réforme de la gouvernance, moins de structures publiques, moins de gaspillage… Toutes les décisions futures seront évaluées et adoptées sur la base d'éléments chiffrés. On va gérer le pays comme des ingénieurs, pas comme des poètes. On va rendre ce pays plus sérieux, on va faire renter la Wallonie dans le XXIe siècle. Nous pouvons transformer profondément la Wallonie et Bruxelles, et cela durablement.