Face au tribunal, Mohamed et Riad n'ont pas la même version: "Monsieur continue de se payer ma tête"
Ils l'assurent devant le tribunal : ils n'avaient pas d'autre choix que voler.

- Publié le 05-01-2025 à 10h01
- Mis à jour le 06-01-2025 à 11h57

Les usagers du train aux heures de pointe sur la jonction Nord-Midi à Bruxelles sont épisodiquement confrontés à ces voyageurs particuliers. Ils déposent un petit carré de papier sur la tablette ou le siège sous l'œil d'un voyageur.
On y lit que la personne, en grande difficulté matérielle après son arrivée en Belgique, sollicite un petit don pour pouvoir manger. Généralement, elle repasse quelques instants plus tard pour récupérer ce bout de papier.
Certains accompagnateurs de train déboulent alors parfois dans le wagon, invitant les voyageurs à la prudence car c'est une ruse pour détourner l'attention et dérober un portefeuille ou un sac.
C'est ce qui vaut à Riad et Mohamed de se retrouver devant le tribunal correctionnel. Début décembre, peu après 07h00, dans un de ces trains circulant entre Nord et Midi, un policier, qui se rendait au travail en civil, les a surpris fouillant un sac à main. Il les a hélés et une voyageuse a alors remarqué que c'était son sac.
Sommés de s'expliquer, les deux hommes ont expliqué qu'ils avaient trouvé le sac et qu'ils tentaient de voir, en l'ouvrant, à qui il pouvait bien appartenir. Leurs explications n'ont pas convaincu. Le sac a été remis à sa légitime propriétaire.
Des aveux complets
Interrogé vendredi par le président du tribunal, Riad reconnaît désormais les faits. "Depuis deux jours, je n'avais pas d'argent pour manger", justifie-t-il. Interrogé sur sa situation, il explique qu'il dort parfois chez des amis ou alors, la plupart du temps, en rue. "Je suis diabétique", ajoute-t-il.
Il s'excuse et explique qu'il est en Belgique pour chercher du travail. "Il faut des papiers pour travailler", fronce le juge. Interrogé sur ses projets, il se fait vague : "Si je n'arrive pas à trouver une solution, je vais devoir trouver un autre pays. Je suis obligé de travailler au noir pour survivre".
Le récit de Mohamed ressemble à ce que les policiers, dans leur langage imagé, nomment les "vols casse-croute". Ce sont des vols épars commis par un individu pour pouvoir manger.
Le juge se fait compréhensif : "Que vous travailliez au noir, je n'ai pas de problème, mais si vous volez, cela me pose des soucis et vous irez en prison".
"Vu que je n'avais pas de travail, je n'avais pas d'autre solution", justifie Riad.
Un vol "casse-croûte" ?
Son récit ressemble à ce que les policiers, dans leur langage imagé, nomment les "vols casse-croûte". Ce sont des vols épars commis par un individu pour pouvoir manger.
Son comparse, Mohamed, campe sur ses premières explications. "Quand je suis monté dans le train, j'ai trouvé le sac. Il n'y avait pas de propriétaire". Le président est moins patient avec lui. "Monsieur continue de se payer ma tête", commente-t-il.
À l'entendre, Mohamed bouge entre la Belgique et la France, en fonction des opportunités d'emploi. Il dit qu'il monte et démonte des expositions. "J'ai déjà travaillé à Liège, Namur et Bruxelles", dit-il.
Contrairement à Riad, Mohamed ne comparait pas libre. Il est entré dans la salle menotté, entouré de deux policiers. Le 31 octobre, il a été condamné à quinze mois de prison avec sursis. Pour des faits tout à fait similaires, précise la représentante du ministère public.
Mohamed dit qu'il ignorait cette condamnation. Le juge précise que c'était un jugement contradictoire, qu'il était donc présent. "J'étais présent dans la salle mais je n'ai pas entendu le verdict", corrige-t-il par l'intermédiaire d'un interprète.
Et il persiste. Il le reconnaît : "J'ai fait une grosse erreur. J'avais besoin d'argent pour survivre. J'ai pris le sac uniquement pour manger". Mais il le répète : "J'ai trouvé le sac sans propriétaire".
"Rien à faire des victimes"
C'est à la représentante du ministère public de requérir. Elle opère une distinction ente les deux prévenus, Riad et ses "aveux complets", Mohamed et des "aveux sur la corde". Toutefois précise-t-elle, ils ont un point commun : ils n'en ont rien à faire de leurs victimes.
Et elle concentre ses flèches sur Mohamed. "Depuis 2020, on ne parvient plus à faire le compte des vols simples qui lui sont attribués : à Bruxelles, à Namur, à Hal-Vilvorde, à Nivelles", énumère-t-elle. La plupart se sont conclus par un abandon des poursuites pour autres priorités ou pas une sanction administrative communale.
"Il ne comprend pas. Il n'arrête pas". Elle l'assure : elle veillera à ce que le sursis de 15 mois tombe et requiert 30 mois contre Mohamed. Elle demande un an contre Riad.
Leur avocat insiste : "Ce ne sont pas des voleurs professionnels". Il en tient pour preuve le fait qu'ils ont ouvert le sac sur place pour simplement prendre l'argent. "C'était pour manger. C'est une circonstance atténuante qu'on peut prendre en considération".
Jugement le 17 janvier.