Le débat sur les facilités linguistiques reprend des couleurs en Flandre
Le bourgmestre de Renaix, une des communes les plus défavorisées de Flandre, met en demeure les partis flamands d'arriver à la suppression des facilités.

- Publié le 05-10-2025 à 08h04
- Mis à jour le 07-10-2025 à 15h46

Ronse. Renaix en français. La commune de Flandre orientale a pas mal fait parler d'elle cette semaine. D'abord, parce qu'elle a pu s'enorgueillir d'avoir vu naître sur son territoire la nouvelle Grande-Duchesse du Luxembourg, Stéphanie (laquelle a passé son enfance dans la résidence familiale à Anvaing juste de l'autre côté de la frontière linguistique). Mais aussi, et c'est moins réjouissant, parce que la commune de 27 000 habitants a reçu la confirmation cette semaine qu'elle est bien l'une des plus défavorisées, sinon la plus défavorisée de Flandre.
Proportionnellement le plus d'exclusions
Jeudi, l'organisme flamand de l'Emploi, le VDAB, a en effet donné plus de précisions sur le nombre de personnes qui perdront leur allocation de chômage en Flandre le 1er janvier 2026, lorsque la première vague de la réforme du chômage entrera en vigueur. Au total, c'est 4 092 allocataires qui seront touchés par la mesure dans le nord du pays. Ce sont sans surprise, les grandes villes qui sont les plus touchées. À elles seules, les villes d'Anvers (596) et de Gand (260) hébergent le cinquième du total des chômeurs qui seront exclus le 1er janvier en Flandre. Mais en proportion, c'est bel et bien Renaix qui payera le plus lourd tribut à la réforme. Par 10 000 habitants, 14 chômeurs seront exclus durant la première vague d'exclusions. C'est le plus haut taux de Flandre.
Cette statistique vient en corroborer d'autres qui indiquent toute la fragilité socio-économique la commune. Selon les dernières statistiques disponibles, le revenu moyen par habitant s'élève à 18 357 euros par an à Renaix contre 23 272 en moyenne en Flandre. Le taux d'emploi y est de 69,2 % alors qu'à l'échelle de la région flamande, il est de 77 %. Quant au taux de chômage, il est de 8,8 % à Ronse et seulement de 3,8 % en moyenne en Flandre. Des statistiques bien plus moroses que dans les communes limitrophes situées en Flandre (Kluisbergen et Maarkedal) et même de l'autre côté de la frontière linguistique (Mont-de-l'Enclus, Ellezelles et Frasnes-lez-Anvaing).
Les facilités ont bon dos
Le ministre-Président flamand Matthias Diependaele (N-VA) a une explication à ces difficultés : c'est la faute aux facilités linguistiques accordées aux 25 à 30 % d'habitants francophones. "Nous ne parvenons pas à intégrer les nouveaux arrivants dans la société et à les diriger vers l'emploi, disait-il à La Libre le week-end dernier. Cela ne fonctionne pas à cause de ces facilités. Vous ne pouvez pas aborder ces personnes en néerlandais. Vous ne pouvez pas construire une société commune avec elles. Et je le déplore."
L'explication n'étonne guère dans la bouche d'un mandataire nationaliste. Mais elle comporte ses angles morts. Comment expliquer sinon que les 11 autres communes flamandes à facilités affichent toutes un taux chômage plus bas que Renaix et un revenu moyen plus élevé (à l'exception toutefois de Messines) ?
En appel de sa condamnation
L'existence des facilités ne constitue pas moins une contrainte qui peut être lourde dans la gestion des communes. C'est en tout cas le message que le bourgmestre de Renaix a fait passer bruyamment ce lundi au dernier conseil communal. Ignace Michaux (CD & V) était interpellé par deux membres de l'opposition qui voulaient savoir sur quelle base juridique la commune avait fait appel de sa condamnation pour non-respect de la législation linguistique prononcée en juin par le tribunal de première instance d'Audenarde. Pour rappel, Renaix a été condamné à rendre le site de l'administration communal et les panneaux de signalisation totalement bilingues dans les 6 mois sous peine de devoir payer 1 000 euros par infraction constatée. S'y conformer ne s'avérera pas une mince affaire : la majorité communale que Renaix ne traduit plus systématiquement les informations à destination des 25 à 30 % d'habitants francophones depuis 2015 et l'arrivée de la N-VA au pouvoir. C'est pourtant une obligation.
Critiquant une législation datant de 1963 et devenue "obsolète" à ses yeux, le bourgmestre de Renaix a affirmé qu'il en coûterait 160 000 à la commune si elle devait se conformer à l'injonction du tribunal. "De quoi créer trois plaines de jeux", a-t-il proclamé. Et de regretter que ni N-VA ni son propre parti ne pèsent de tout leur poids pour obtenir la suppression des facilités linguistiques. Faut-il lui rappeler que le niveau fédéral − le seul niveau de pouvoir qui peut modifier le régime linguistique spécial – a d'autres chats à fouetter pour le moment ?