Bart De Wever n'est pas le seul à avoir regardé avec une certaine anxiété les résultats des élections aux Pays-Bas...
Le CD&V a regardé le score de son homologue CDA avec angoisse, mais aussi beaucoup d'espoir. Une chronique signée Vincent Rocour.

- Publié le 02-11-2025 à 08h15
- Mis à jour le 02-11-2025 à 10h05

Un homme était particulièrement attentif au déroulement des élections aux Pays-Bas : le Premier ministre belge Bart De Wever (N-VA). Ces derniers temps, il a multiplié les compliments à l'adresse des voisins néerlandais. Et pas seulement parce qu'il est personnellement nostalgique d'une Grande-Néerlande qui regrouperait, comme au temps des Ducs de Bourgogne, la Flandre et l'actuel Pays-Bas – un rêve qui ne fait pas l'unanimité au sein du mouvement flamand.
Si Bart De Wever est si soucieux de soigner ses relations avec les Pays-Bas, c'est qu'il sait mieux que quiconque leur importance pour la prospérité de la Flandre. Le bourgmestre – en titre – d'Anvers a conscience que la lutte contre les mafias de la drogue qui sévissent tant au nord qu'au sud de Moerdijk passera par une collaboration judiciaire étroite entre les deux pays. Il rêve aussi d'un rapprochement, voire d'une fusion entre les ports d'Anvers et de Rotterdam pour rester en tête dans la course au gigantisme qui a lieu dans le secteur du transport maritime.
Le rêve d'un Benelux fort
Et puis, c'est son nouveau cheval de bataille, il rêve de raffermir les liens entre les pays du Benelux pour constituer une sorte de groupe d'élèves zélés au cœur de l'Europe. L'idée serait notamment de fluidifier les relations commerciales entre les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg.
Mais pour mener à ces collaborations renforcées, il est important d'entretenir des relations cordiales voire complices entre les dirigeants de ces pays. Bart De Wever se sentait idéologiquement proche du Premier ministre néerlandais sortant, Dick Schoof, sans étiquette, dont il aimait la politique migratoire stricte. L'identité de son successeur est dès lors d'une importance capitale pour le Premier ministre. Les sondages qui ont désigné tour à tour comme favori au poste de futur Premier ministre des Pays-Bas le leader d'extrême-droite, Geert Wilders (PVV), et celui de la gauche, Frans Timmermans, a dû lui procurer des angoisses terribles. Que le candidat favori qui se dégage du scrutin de ce mercredi soit Rob Jetten, le patron des libéraux-sociaux de D66, doit en revanche le rassurer à défaut de le combler.

Entre partis chrétiens
Bart De Wever n'est pas le seul à avoir regardé avec une certaine anxiété les résultats des élections anticipées aux Pays-Bas. Ce fut sans doute aussi particulièrement le cas du CD&V. Le CDA (Christen-Democratisch Appel, littéralement "Appel Chrétien-Démocrate"), l'un des autres rares partis ouvertement chrétiens d'Europe, a connu en effet un destin assez similaire au sien. Dominant dans les années 80, il a été renvoyé dans l'opposition en 1994. Il a retrouvé le pouvoir entre 2002 et 2010 sous la férule de son leader Jan Peter Balkenende, pourtant peu charismatique. Mais il a ensuite entamé une dégringolade progressive dans la hiérarchie des partis aux Pays-Bas. Il touchait le fond au précédent scrutin de 2023, ne récoltant que 5 sièges des 150 disponibles à la Chambre, soit le 7e score. Cette dégringolade, les ténors du CD&V l'ont regardée comme un film gore, en se mettant la main sur les yeux avec des doigts légèrement écartés.
Un CD&V divisé en 2023
La situation était tellement stressante qu'en 2023, Sammy Mahdi, président du CD&V, avait ouvertement marqué son soutien, non pas au CDA, mais au parti NCS (pour Nieuw Sociaal Contract ou Nouveau contrat social) fondé par Pieter Omtzigt, un ancien de l'Appel Chrétien-Démocrate et très populaire pour avoir dénoncé des demandes de remboursement d'allocations familiales qui avaient pourtant été dûment versées. Il avait misé sur le bon cheval. Quelques mois seulement après sa création, la NCS raflait 20 sièges et une belle quatrième place au Parlement. Ce succès a pu inspirer Sammy Mahdi qui a vu dans la déconfessionnalisation du nom de son parti – comme son homologue francophone – ainsi qu'un positionnement plus centriste la voie à suivre pour son propre parti.
Mais une partie du CD&V est restée fidèle au CDA. Notamment le ministre des Finances Vincent Van Peteghem qui est en lien fréquent, expliquait cette semaine le Standaard, avec Henri Bontenbal, le président du CDA depuis 2023. Et cette fidélité est sortie gagnante du scrutin de mercredi. Même si les sondages le portaient encore plus haut encore, le CDA a décroché 18 sièges et repris une cinquième place plus conforme à son passé. Le NCS, complètement éreinté par sa participation au gouvernement précédent, disparaissait complètement des radars.
Henri Bontenbal est désormais en passe de devenir, au CD&V, un modèle à suivre. Henri Bontenbal... cet homme qui "lit la Bible au petit déjeuner" et vante les mérites "d'une politique ennuyeuse".