"La Belgique reste défenderesse d'une adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne et à l'Otan"
Le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot (Les Engagés), estime toutefois que l'adhésion de l'Ukraine à l'Europe ne peut pas se faire en brûlant les étapes.


- Publié le 28-02-2026 à 06h58
- Mis à jour le 28-02-2026 à 14h11

L'incident diplomatique avec l'ambassadeur américain est-il désormais clos ?
Oui. La rencontre que nous avons eue ce mardi a porté ses fruits. Elle a permis de reposer un cadre, de rappeler quels sont les us et coutumes de la diplomatie à quelqu'un qui n'est pas diplomate de carrière mais d'abord un business man. L'avenir nous dira si le message a été durablement compris.
Les déclarations de Bill White ne sont pas un cas isolé. En France ou en Pologne, les ambassadeurs des États-Unis ont fait parler d'eux par des propos critiques sur les politiques menées dans les pays concernés. Comment l'analysez-vous ?
La séquence à laquelle nous avons assisté ces deux dernières semaines est illustrative de l'addition de deux choses. La première, c'est que les diplomates choisis par le président Trump sont moins au fait des us et coutumes de la diplomatie et ont des tempéraments plus fougueux. Le deuxième aspect, c'est que les États-Unis ne cachent pas leur ambition de convaincre le continent européen à refréner ce qu'ils nomment "une course vers la vulnérabilité". Certains ont pu être heurtés par la manière dont les États-Unis ont dépeint l'Europe dans cette note (publiée par l'administration Trump en décembre, NdlR). Pour moi, il est salvateur que, à la suite de ces analyses, l'Europe ait enfin compris la nécessité d'accélérer le développement de son autonomie stratégique en matière de défense, en matière énergétique, en matière technologique. Plutôt que de consacrer énormément de temps à regretter la manière dont l'allié historique américain se comporte à notre égard, consacrons notre énergie et notre temps à nous renforcer nous-mêmes.
Le Premier ministre canadien Mark Carney a encouragé les puissances de taille moyenne à s'organiser face à la reconfiguration du monde autour d'un noyau de superpuissances : la Chine, les États-Unis et la Russie. Quelle est la position de la Belgique ?
Le premier ministre canadien a raison. L'Europe ne peut espérer être une superpuissance géopolitique que si elle est unie. Je suis préoccupé par les difficultés qu'elle éprouve à parler d'une voix unie et forte dans les conflits mondiaux. Nous ne sommes par exemple pas à la table pour négocier la paix en Ukraine. Nous peinons à prendre des mesures fortes parce qu'il faut systématiquement convaincre la Hongrie.
Comment faire ?
L'heure est venue de limiter les recours à l'unanimité et de favoriser les votes à la majorité qualifiée pour les décisions au sein de l'Union européenne. C'est important, alors que l'Europe fait face à de nombreux défis, dont celui de l'élargissement.
À propos d'élargissement, seriez-vous prêt à soutenir la candidature de l'Ukraine à l'Union européenne, même si les conditions ne sont pas encore tout à fait réunies ?
L'honnêteté impose de dire qu'accueillir l'Ukraine comme vingt-huitième État membre, alors que de nombreux critères indispensables ne sont pas rencontrés, ne contribuerait pas à renforcer l'Europe. Les pays des Balkans attendent depuis vingt ans leur adhésion à l'Europe. Il ne faudrait pas qu'ils aient le sentiment que, à la faveur d'un conflit, un État les dépasse par la bande des pneus crevés. Par contre, je reste convaincu que des signaux clairs doivent être envoyés à l'Ukraine pour accélérer son cheminement vers l'adhésion. La Belgique reste clairement défenderesse d'un agenda d'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne et à l'Otan.