"Nous sommes partis pour 10 à 15 ans d'assainissement budgétaire"
Pour le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot (Les Engagés), la Belgique n'est qu'au début de ses peines en matière de budget. Il n'a aucun doute sur le fait que les prochains gouvernements, quelle que soit leur couleur politique, devront poursuivre les efforts entrepris. Le tout dans un contexte de reconfiguration des équilibres mondiaux.


- Publié le 28-02-2026 à 06h58
- Mis à jour le 28-02-2026 à 07h00

Sous le poids des critiques, notamment du Conseil d'État, le gouvernement fédéral a décidé de revoir l'une des mesures clés de son budget pluriannuel : l'augmentation de la TVA, notamment sur les plats à emporter. Les nombreuses incohérences de cette réforme en auront fait un "chameau puant", sur lequel il va à nouveau falloir se mettre d'accord.
Revenir en arrière sur la réforme de la TVA, n'est-ce pas le signe d'un grand amateurisme ?
Je comprends qu'on puisse en avoir le sentiment, mais ce n'est pas le cas. Après plusieurs jours de négociations, il n'est pas toujours simple de mesurer l'ensemble des conséquences d'un accord de principe. Vous pensez vraiment que, au milieu de la nuit, le Premier ministre et ses vice-premiers ministres allaient passer en revue tous les aliments du rayon du supermarché pour savoir s'ils vont être impactés ou non par une hausse de la TVA sur les plats à emporter ? Quand on s'est rendu compte de la difficulté opérationnelle de la mesure, nous avons eu l'humilité de la retirer.
La N-VA propose de relever la TVA de 21 à 22 %, d'harmoniser certains taux et de stimuler des secteurs clés comme celui de la construction. Que pensez-vous de cette proposition ?
Ce que propose aujourd'hui la N-VA n'est pas de nature à me choquer. Relever le taux de TVA de 21 à 22 % permet de diluer l'effort, en le faisant supporter marginalement par tout le monde plutôt que durement par certains secteurs seulement. J'entends qu'il y a un veto du côté du MR. Nous allons donc probablement devoir faire à nouveau preuve de créativité lorsque viendra le moment du débat budgétaire prévu fin mars.
Selon la Cour des comptes, les mesures budgétaires qui ont été prises ne parviendront pas à réaliser l'économie attendue de 9,2 milliards, qui est déjà un objectif minimal…
La Cour des comptes a pu se montrer critique à l'égard de certaines projections budgétaires, comme elle l'est toujours en pareil cas de figure.
Elle est trop pessimiste ?
Je ne dis pas cela. Mais un budget est une projection. Vous ne pouvez pas à chaque fois anticiper tous les changements de comportement que telle ou telle mesure va provoquer dans la population. Il est normal qu'un gouvernement rectifie le tir dans le courant de l'année, à la faveur des contrôles budgétaires si l'objectif n'est pas atteint. Mais même si toutes les mesures prises depuis un an et qui représentent un assainissement structurel d'environ 32 milliards d'euros devaient atteindre leur plein rendement, nous ne serons pas tirés d'affaire. Bien que cela constitue l'effort le plus grand des cinquante dernières années, on terminera la législature, au mieux, avec un déficit de 4 % du PIB. Quels que soient les prochains partis au pouvoir, nous sommes partis pour dix à quinze ans d'efforts. L'attitude de l'opposition socialiste et écologiste – je n'attends rien du PTB – qui harangue la colère des gens et crie au scandale sur les mesures décidées n'est donc pas responsable. Nous voulons éviter que la Belgique devienne la nouvelle Grèce où, par exemple, les pensions ont dû être rabotées de 30 %. C'est quand même autre chose que deux sauts d'index sur les revenus au-dessus de 4 000 euros brut.
Vous insistez sur la nécessité d'assainir les finances publiques mais, dans le même temps, de nombreux retards ont été pris dans l'exécution de mesures que le gouvernement avait lui-même décidées. C'est le cas de la réforme de la TVA, du saut d'index, de la réforme des pensions. Que de temps perdu…
Est-ce que vous croyez réellement que l'on arrive en deux temps trois mouvements à s'accorder sur un effort de 32 milliards qui ne peut être atteint que par des mesures douloureuses ? De même, croyez-vous que quand un gouvernement trouve un accord au bout de la nuit, les textes peuvent être déposés le lendemain au Parlement ? Comme si, en l'espace de moins d'une nuit, toutes les conséquences d'une décision peuvent être prises en compte. Tous les grands accords ont pris des semaines avant d'être finalisés.
Selon la Cour des comptes, le nombre de chômeurs exclus qui se tourneront vers les CPAS est sous-estimé. Dès lors, l'enveloppe de 300 millions prévue pour aider ces derniers lui semble insuffisante. Ce montant sera-t-il rediscuté ?
Il n'a même pas vocation à être rediscuté. Les trois cents millions d'euros, c'est une projection budgétaire, pas une enveloppe fermée. Il a toujours été dit que ce montant serait ajusté en fonction de la réalité de terrain. Mais ne tirons pas de conclusions hâtives. Se baser sur le mois de janvier pour faire une projection, c'est malhonnête. Les chômeurs qui ont perdu le bénéfice de leurs allocations le premier janvier sont ceux qui étaient au chômage depuis plus de vingt ans. La probabilité qu'ils retrouvent rapidement un emploi est donc plus faible que pour ceux qui seront exclus ultérieurement.
Dans le but de soulager les finances publiques, pourriez-vous envisager de retarder le début de la réforme fiscale voulue par le gouvernement ?
Ce n'est pas souhaitable. Récompenser ceux qui bossent est un de nos leitmotivs.
Certains experts disent que l'État fédéral est à l'os alors qu'il y aurait un peu plus de gras dans les Communautés et les Régions. Le gouvernement fédéral envisage-t-il de revoir le financement des entités fédérées ?
Pas à ma connaissance. Par contre, autant les communautés me semblent être à l'os, autant les Régions vont devoir amplifier les efforts budgétaires qu'elles ont déjà accomplis. Chaque couche de la lasagne institutionnelle devra faire sa part.
Il y a un autre sujet qui agite le gouvernement, c'est la surpopulation carcérale. Plusieurs centaines de détenus dorment sur des matelas au sol. Et pourtant, les solutions tardent à voir le jour.
Nous avons la volonté de mettre fin à cette situation indigne. La ministre de la Justice (Annelies Verlinden, CD & V – NdlR) a fait des propositions qui n'ont pas encore fait consensus. On se heurte à des questions de principe plutôt qu'opérationnelles. Vous ne pouvez pas, en un claquement de doigts, construire de nouvelles prisons. Le seul moyen de régler le problème à court terme, c'est donc de laisser sortir plus tôt certains prisonniers. Ce qui est assez difficile à accepter : personne n'a envie de donner le sentiment d'une impunité partielle. Mais si on ne fait rien, des milliers de citoyens qui ont fait l'objet d'une condamnation (environ 3 000 personnes, NdlR) ne purgeront jamais leur peine à cause du manque de places.