Elisabeth Degryse en a pris pour son grade à cause d'une circulaire envoyée: "Cela m'interpelle"
Chronique des Parlements. Vifs échanges entre la ministre-Présidente Élisabeth Degryse et l'opposition, en commission du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, au sujet de la communication du gouvernement.

- Publié le 03-04-2026 à 06h38
- Mis à jour le 03-04-2026 à 10h19

Ils avaient l'air tout perturbés, mardi matin, les députés de la commission de la Culture du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Faut dire qu'on leur avait joué un sale tour ! Leur réunion, habituellement programmée au troisième étage du bâtiment de la rue Royale, avait été déplacée au rez-de-chaussée, pour faire de la place à une autre commission. Les députés, ainsi que la ministre, sont donc arrivés hors délais, au compte-goutte, en justifiant l'un après l'autre leur retard par la localisation inhabituelle de la commission (qui figurait cependant en toutes lettres sur la convocation…).
Mais bref, après quelques minutes, les débats ont pu débuter. Dans cette commission où l'on aborde tour à tour la Culture, les Relations internationales, l'Éducation permanente et encore bien d'autres choses, c'est la ministre-Présidente de la Fédération, Élisabeth Degryse (Les Engagés), qui est mise sur le gril.
Élisabeth Degryse en Erasmus
On y cause ballet et langue française, mouvement MeToo dans le jazz ou encore subsides (en retard) aux bibliothèques publiques. On y discute de la coopération de la Communauté française avec le Sénégal (et ses lois anti-LGBTQIA+) et de la participation d'Israël (et ses bombardements sur le Liban) au concours Eurovision de la chanson. On s'y inquiète du niveau de vie des auteurs de bande dessinée ainsi que de la concentration (et de la hausse des prix) à l'œuvre dans le secteur de l'organisation des concerts (merci Live Nation !). On y apprend enfin qu'Élisabeth Degryse, qui rentre d'une royale mission en Norvège, était partie en Erasmus dans ce pays durant ses études (si l'on en croit les commentaires du député Engagés Jean-Jacques Cloquet).
Au coeur des débats, la circulaire qui a été envoyée sur le nouveau minerval, alors que les modifications n'ont pas encore été adoptées au Parlement.
Mais cette commission est aussi celle où l'on contrôle les communications des membres du gouvernement. Et sur ce point, la ministre-Présidente en a pris pour son grade, mardi. Deux députées cheffes de groupes de l'opposition, Bénédicte Linard pour Écolo et Amandine Pavet pour le PTB, s'en sont chargées, chacune dans son style. Posé pour Mme Linard, elle-même ex-ministre de la Culture. Virulent pour Mme Pavet.
Bénédicte Linard invoque un problème concernant la circulaire 9 685 relative au minerval dans l'enseignement supérieur. Une circulaire envoyée le 17 mars, "sans aucune base légale et avant le vote devant entériner les différentes modifications à venir". "C'est un problème en soi, dont nous étions déjà coutumiers avec Mme Glatigny", dit-elle. Par ailleurs, renchérit l'Écolo, "la semaine passée, une députée de la majorité annonçait elle-même, et par voie de presse, l'octroi d'une subvention à une école, alors même que le point n'avait pas été soumis au gouvernement. L'article expliquait que l'information lui avait été transmise par le cabinet de Mme Glatigny. Cela m'interpelle sur le respect de la séparation des pouvoirs et la confiance entre politiques et citoyens".
Une pique des Engagés au MR
Sur ce dernier point en particulier, la ministre-Présidente rejoint Mme Linard. "Je déplore cette communication", admettra-t-elle plus tard. Le partenaire de majorité MR appréciera…
Puis c'est au tour d'Amandine Pavet d'attaquer, elle aussi, sur la fameuse circulaire. "Ce mode de fonctionnement vise à faire appliquer des mesures alors qu'elles ne sont encore ni discutées ni votées. Utilisée de manière répétée par votre gouvernement, cette méthode de communication marque à la fois un mépris du pouvoir législatif, mais aussi et surtout des opérateurs de terrain. À la suite de votre circulaire, certaines écoles communiquent déjà sur les changements de prix alors que le texte n'a pas été voté. Une telle situation pose une question démocratique."
Pour sa défense, Élisabeth Degryse argue que "la circulaire 9 685 précise en son introduction que les informations qui sont délivrées sont données sous toutes réserves de la suite de son parcours législatif" et qu'"une habilitation par décret n'est pas nécessaire pour qu'un ministre émette une circulaire, qui est dénuée de portée normative". Elle ajoute : "Cette circulaire ne porte aucunement atteinte à votre fonction de contrôle de l'action du gouvernement, puisque nous sommes là, vous m'interrogez, et je vous réponds. Vos accusations de mépris du pouvoir législatif et de la concertation à notre encontre sont donc infondées. Il ne s'agit absolument pas d'un déni de démocratie mais bien d'une volonté réelle de travailler avec le terrain afin que la mise en œuvre des mesures que nous soumettrons au Parlement dans les prochaines semaines se passe au mieux pour l'ensemble des étudiantes et étudiants."
Si la députée écologiste remercie la ministre-Présidente de "déplorer la communication d'un membre de votre gouvernement vers une députée de son propre parti", "une pratique qui ne fait que renforcer le fossé entre politiques et citoyens", la communiste, pour sa part, maintient ses propos et annonce que "le PTB va continuer de lutter contre cette réforme injuste et vos circulaires illégales".