Magnette pointe du doigt "le pire du côté francophone", une plainte déposée contre Bouchez "qui en dit beaucoup"
Chaque vendredi, La Libre vous propose un résumé de l'actualité pré-électorale en Belgique en revenant sur les trois faits marquants de ces sept derniers jours.

- Publié le 10-05-2024 à 14h36

J-30. À quatre semaines des élections fédérales, régionales et européennes, la sphère politique belge s'agite. Les annonces s'enchaînent. Les partis resserrent leurs rangs en vue du mégascrutin du mois de juin. Pour y voir plus clair, La Libre revient chaque vendredi sur les trois actualités qui ont marqué la semaine politique. Nouvelles recrues, tensions, programmes... découvrez tout ce que vous auriez pu rater ces derniers jours.
1. Le Bureau du plan dévoile le coût des promesses électorales, PS et MR se lancent des piques
C'est un exercice très attendu par les partis politiques. Redouté aussi. Le Bureau du Plan a dévoilé ce mardi le chiffrage des promesses électorales des formations politiques. Même si ce n'est pas l'ensemble du programme qui est évalué mais bien une trentaine de propositions sélectionnées par le parti lui-même, le travail du Bureau du Plan permet de se faire une idée concrète de l'impact qu'auraient certaines mesures préconisées par les candidats en campagne.
Le premier grand enseignement à tirer des données dévoilées ce mardi est qu'aucun parti ne parvient à réduire le déficit public sous les 3 %, la limite autorisée par l'Europe. Seule la N-VA s'en approche, à 3,6 %.
Autre point d'attention: l'environnement n'est plus au centre des priorités de cette campagne. A peine 9% des mesures proposées par les formations politiques, soumises au Bureau du Plan, touchent à l'écologie. Et seuls six partis sur douze (Groen, Ecolo, PTB, Les Engagés, PS, N-VA) parviennent avec leurs idées à améliorer la trajectoire actuelle de réduction des émissions de gaz à effet de serre de la Belgique.
Pour ce qui est des analyses ciblant chaque parti, celle qui a le plus surpris concerne peut-être les libéraux francophones. Selon les calculs du Bureau du Plan, le bilan budgétaire du MR est catastrophique, puisqu'avec ses mesures le parti de Georges-Louis Bouchez laisserait le déficit budgétaire plonger à 7,6 % du PIB en 2029. "Le Bureau du plan n'a pas pu évaluer l'impact de certaines de nos mesures comme le budget base zéro car elles ne rentrent pas dans leur modèle", s'est justifié le président des libéraux francophones, soulignant également que son parti avait le meilleur bilan en matière d'emploi et tançant dans la foulée le PS qu'il a qualifié de "Parti de la Sieste".
Paul Magnette (PS) ne s'est d'ailleurs pas gêné pour attaquer à son tour son meilleur ennemi sur base des résultats du Bureau du Plan. "Qui est le pire du côté francophone ? Je vous le donne en mille : c'est le MR", a ironisé le leader socialiste sur X. "Ce n'est pas étonnant : c'est un parti qui veut pratiquer l'austérité : six milliards de cadeaux fiscaux à ceux qui n'en ont pas besoin et qui vont aggraver le déficit public et la dette qui passerait au-dessus des 120 %." Ah la campagne...
2. La situation à Gaza et la "course à l'échalote"
La situation à Gaza est-elle en train de prendre une place considérable dans la campagne ? C'est ce qu'a laissé entendre, ce vendredi, le président de DéFi, François De Smet. Pour le leader du parti amarante, c'est même ce qui explique la percée du PTB à Bruxelles. "Il grimpe dans les sondages dans la capitale, parce qu'il surfe sur Gaza. Le PS et Ecolo sont dans une course à l'échalote avec le PTB là-dessus", a regretté François De Smet au micro de Maxime Binet sur LN24.
La question du conflit israélo-palestinien a d'ailleurs été abordée ce mercredi à la Chambre, lors de la dernière séance plénière de la législature. Le chef de file des socialistes, Ahmed Laaouej, a demandé "des sanctions immédiates contre Israël, l'arrêt des exportations, la convocation de l'ambassadeur, et, s'il le faut, la rupture des relations diplomatiques", avant de réclamer à nouveau "la reconnaissance de l'État palestinien".
S'il n'a pas été suivi, son discours a tout de même suscité du remous au sein de la majorité, illustrant les tensions entre les différents partis politiques sur le sujet. "La situation à Gaza est clairement devenue un thème de campagne, avec une focale sur Bruxelles, mais pas uniquement. Presque tous les partis francophones en parlent dans leurs communications quotidiennes, à l'exception des Engagés. La position est davantage pro-israélienne chez Défi ou au MR, avec une attention tout de même à communiquer sur le droit des Palestiniens", a expliqué Pascal Delwit, politologue à l'ULB, dans La Libre. Mais les experts sont unanimes: ce n'est pas la situation à Gaza qui va faire pencher la balance dans l'esprit des Belges au moment d'aller voter le 9 juin. "Même si on voit des manifestations éclater dans les universités pour défendre la Palestine et même si on sent que le sujet attire de plus en plus l'attention, je doute que cela influencera beaucoup les votes", a réagi Stefaan Walgrave (UAntwerp) dans le cadre de notre rendez-vous Regard de Flandre. "Il s'agit de prises de position assez symboliques. Mais ce ne sont pas des questions qui jouent sur le portefeuille des Belges. Tout cela se passe très loin."
3. Rien ne va plus entre Groen et Georges-Louis Bouchez
La ministre fédérale de l'Energie, Tinne Van der Straeten (Groen), en a marre. Depuis plusieurs mois, le président du MR n'a eu de cesse de l'attaquer. Et ces dernières semaines, Georges-Louis Bouchez a redoublé d'efforts. Dans les médias flamands, le libéral a accusé l'écologiste de manipulation dans le cadre du dossier nucléaire. Pour lui, la ministre a menti pour garantir une sortie du nucléaire. Mais, cette fois, face à ces accusations, Tinne Van der Straten a décidé de saisir la justice. Elle a confié, ce vendredi dans un entretien publié par De Standaard, avoir demandé à son avocat d'entreprendre les démarches judiciaires nécessaires.
"C'est de la diffamation. Par deux fois, M. Bouchez a affirmé que je mentais, que j'instrumentalisais les analyses d'Elia et qu'une commission d'enquête devait être mise sur pied. Il est question d'une commission avec les pouvoirs d'un juge d'instruction, et la possibilité de faire des perquisitions. Il faudrait qu'il y en ait une simplement parce que le président du MR a une divergence d'opinions sur la politique à mener ?", a-t-elle déploré dans les colonnes du Standaard. "Si M. Bouchez souhaite judiciariser le débat public, alors je dépose une plainte pour des déclarations sans fondement qui sont, de surcroît, juridiquement contestables."
Le principal concerné a immédiatement réagi sur les réseaux sociaux. "En Belgique, quand on demande un travail parlementaire serein mais complet sur le sujet, au lieu de travailler à livre ouvert, la ministre menace d'une plainte", s'est étonné Georges-Louis Bouchez. "Cela en dit beaucoup sur sa gestion et sa façon de faire mais aussi sur cette manie de la gauche de tuer le débat afin d'éviter d'assumer des responsabilités. La même gauche qui parle sans cesse des moyens de la Justice mais qui l'encombre avec des plaintes ridicules sur un sujet purement politique. Aujourd'hui, c'est la gauche qui menace le plus la liberté d'expression et un débat public ouvert."
Quoi qu'il en soit, face à ce "harcèlement" du président du MR, la ministre a déjà assuré ne pas vouloir retenter l'expérience d'un gouvernement avec les libéraux francophones. Du moins tant que Georges-Louis Bouchez serait à la tête du parti. Reste à voir si son avis est partagé par le reste des membres de sa formation politique... Mais vu les tensions incessantes tout au long de cette législature entre les Verts et les libéraux, il est certain que, d'un côté comme de l'autre, l'on n'aspire pas à se retrouver après le 9 juin. Affaire à suivre.