Charles de Groot, président de l'Unie : "Dans un scénario parfait, nous voudrions refédéraliser toutes les compétences pour 2050"
L'Unie, petite formation pro-Belgique, ne présente que trois listes pour la Chambre : dans le Brabant wallon, le Brabant flamand et à Bruxelles. Créé en 2023 par des jeunes francophones et néerlandophones, l'Unie veut agir sur trois thématiques : la démocratie, l'éducation et l'innovation. Leur proposition forte : développer radicalement le bilinguisme. Interview avec Charles de Groot, le président de la formation.

- Publié le 04-06-2024 à 06h53

En matière institutionnelle, vous proposez la refédéralisation des administrations. N'est-ce pas prendre l'histoire de ce pays à rebrousse-poil ?
Notre modèle s'inspire notamment de celui des Pays-Bas, un pays unitaire découpé en provinces. Dans notre vision, il resterait toutefois possible de donner des compétences à des Régions. Mais, aujourd'hui, on a six gouvernements en Belgique, alors qu'on est un si petit pays… On perd de la crédibilité sur la scène internationale. On veut simplifier l'administration belge. Par exemple, la santé curative est fédérale mais la santé préventive est régionalisée. On veut rassembler tout cela au niveau fédéral. Autre exemple similaire : le commerce extérieur.
Est-ce que vous voulez tout refédéraliser ? Tout remonter à l'échelon national belge ?
Dans un scénario parfait, nous voudrions tout refédéraliser pour 2050. Mais, pour cela, il faut vraiment que le niveau de bilinguisme soit important partout dans le pays. Si on veut unifier la Belgique, il faudra avoir d'abord 99 % de la population capable de parler français et néerlandais. On veut donc créer un ministère de l'Éducation nationale dans ce but, pour que des profs de néerlandais viennent en Wallonie et que des profs de français viennent en Flandre.
On veut créer un ministère de l'Éducation nationale dans ce but, pour que des profs de néerlandais viennent en Wallonie et que des profs de français viennent en Flandre."
Jugez-vous ces projets réalistes ?
Oui. Le fait qu'une formation comme la nôtre existe est aussi une réponse à ce qui s'est passé ces dernières décennies, à toutes ces régionalisations qui sont allées trop loin. C'est maintenant aux électeurs à choisir : si on a des sièges en 2024 ou en 2029, ce sera parce que la population veut réunifier ce pays.
Votre discours passe-t-il bien en Flandre ?
C'est dans le Brabant flamand que notre liste a été la plus facile à composer. On voit qu'en Flandre, il y a une polarisation entre ceux qui veulent plus d'indépendance et ceux qui sont pro-Belgique. On a obtenu des signatures facilement pour lancer nos listes. On veut se concentrer pour l'instant sur Bruxelles, le Brabant flamand et le Brabant wallon car c'est le noyau dur de la Belgique. On reçoit beaucoup de demandes ailleurs, on aurait pu lancer des listes à Anvers, dans le Hainaut, à Liège, etc. Mais on est un jeune parti, cela fait seulement 10 mois qu'on existe et on veut donc se focaliser sur trois circonscriptions.
Vous développez également un programme socio-économique. Où vous classez-vous ?
On propose, par exemple, un impôt des sociétés progressif : entre 15 % et 30 %. Pour les petites entreprises, un taux plus bas peut vraiment les aider. Si un impôt progressif existe sur le revenu du travail, cela doit exister aussi pour les sociétés. On a également des propositions de gauche mais aussi une ligne libérale visant à pousser l'entrepreneuriat. Comme elle l'a fait par le passé, la Belgique a encore beaucoup à donner au monde par son sens de l'innovation.
La N-VA prône le confédéralisme et a lancé des listes en Wallonie. Vos programmes sont exactement à l'opposé l'un de l'autre…
Que ce soit la N-VA ou Pierre-Yves Dermagne au PS (qui est un régionaliste, NdlR), toutes ces visions de l'avenir du pays vont, en effet, à l'encontre de ce que nous voulons. Nous ne voulons pas ajouter encore plus de division. On pense justement que le confédéralisme crée de la polarisation, des listes comme celles de la N-VA en Wallonie polarisent. Les personnes qui veulent s'opposer aux projets de la N-VA peuvent voter pour l'Unie.
Les personnes qui veulent s'opposer aux projets de la N-VA peuvent voter pour l'Unie."
Autre proposition clef de votre programme : la création d'une grande circonscription électorale nationale.
Nous sommes en faveur d'une circonscription nationale pour la Chambre. Pour les 150 sièges. On est en faveur de ce système comme il existe aux Pays-Bas.
Pourquoi ne pas être entré dans une structure politique déjà en place ? Certains partis prônent déjà le fédéralisme, voire l'unitarisme comme le défend le président du MR.
La question s'est posée, mais créer un parti et le faire devenir grand dans 20 ans est beaucoup plus innovant. Par ailleurs, discrètement, des personnes qui connaissent les grands partis nous aident.
Êtes-vous bilingue ?
Oui, je suis originaire d'Overijse et je parle anglais, français et néerlandais. Je ne me vois pas comme un Flamand ou un Bruxellois mais comme un Belge. Je suis allé dans l'enseignement international en Wallonie, puis j'ai poursuivi ma scolarité à Tervueren et au collège Saint-Michel à Bruxelles. Et, ensuite, à l'université de Maastricht pour un master en politique européenne. J'ai un peu tout fait…
