Elections 2024 : à quels partis profitera l'abstention en Belgique ?
À Bruxelles, il est compliqué de l'anticiper, selon Benjamin Biard, politologue au Crisp. En Flandre, cette abstention profitera essentiellement à un parti. Explications.
- Publié le 04-06-2024 à 18h03
- Mis à jour le 17-06-2024 à 10h12

En 2019, près d'un électeur sur cinq ne s'est pas rendu aux urnes ou a émis un vote blanc ou nul en Belgique. "Ce sont deux comportements distincts", nuance Benjamin Biard, politologue au Crisp. L'absentéisme électoral désigne le fait de ne pas se rendre au bureau de vote, tandis que l'abstentionnisme désigne le vote blanc et le vote nul (bulletin de vote invalide, saboté…) "On n'avait plus atteint un tel taux depuis au moins six décennies et cette tendance s'accroît en Europe et outre-Atlantique. La confiance accordée à nos démocraties tend à s'étioler. Cela se manifeste notamment à travers l'abstention électorale au sens large, mais aussi par un vote accru en faveur de formations populistes, notamment d'extrême droite et d'extrême gauche."
D'autres facteurs expliquent ce phénomène. "Entre le moment où les listes électorales sont arrêtées et celui des élections, certains événements peuvent se produire, comme une maladie ou un décès… Et puis, il y a ceux qui voyagent et qui ne font pas de procuration. La participation électorale est en baisse en Belgique, mais nos taux sont stables si on les compare à d'autres pays où le vote est obligatoire, comme la Grèce", relativise le politologue. "Néanmoins, cette tendance à la baisse est préoccupante, car elle remet en question la légitimité des personnalités politiques élues."
Mais alors, à quels partis cela profite-t-il ? "Ne pas voter, cela revient à laisser les autres électeurs choisir. Les partis en bénéficieront proportionnellement à leur poids électoral. Autrement dit, ceux qui ont recueilli le plus de voix seront les plus favorisés", résume Benjamin Biard. Il existe donc une forme de paradoxe à manifester son mécontentement vis-à-vis de la démocratie représentative par l'abstention (y compris, l'absentéisme électoral), puisque cela favorise de facto des partis dits traditionnels.
En Flandres, il semble assez clair que le Vlaams Belang en profitera.
Quant à savoir quels partis en bénéficieront, cela revient à se demander quels partis ressortiront vainqueurs de ces élections. "Cela dépend du contexte et du moment", analyse le politologue. "En Wallonie, le PS, le MR, voire Les Engagés pourraient en être les principaux bénéficiaires. À Bruxelles, cela pourrait profiter aux libéraux, mais il vaut mieux se méfier des sondages en raison de la taille des échantillons et de la diversité de la population bruxelloise. En Flandre, il semble assez clair que le Vlaams Belang en profitera. En tout cas, selon les sondages des cinq dernières années, le Vlaams Belang arrivera en tête, creusant l'écart de manière nette avec la N-VA, qui stagne à 20 % d'intentions de vote."
Une crise de confiance qui sourit aux populistes
Si l'on décèle les raisons de la hausse de l'abstentionnisme électoral au sens large, il n'est pas pour autant possible de "définir un profil sociologique type de la personne qui ne vote pas ou n'émet pas de vote valable", selon Benjamin Biard. "Cependant, certains ont le sentiment d'être oubliés, de ne pas être entendus dans un contexte d'individualisation croissante et de mondialisation, dont ils se sentent les grands perdants. Les populistes ont vite fait de désigner l'Union européenne notamment, ou l'OMS durant la crise du Covid, comme boucs émissaires."
En 2019, le PTB et le Vlaams Belang ont réussi à capter un grand nombre de voix des déçus de la démocratie.
Un discours qui trouve sans doute plus d'écho au vu des récents scandales politico-financiers qui ont ébranlé certaines institutions internationales. "En 2019, le PTB et le Vlaams Belang ont réussi à capter un grand nombre de voix des déçus de la démocratie. Ces deux partis antisystèmes exploitent cette méfiance démocratique et, à l'exception du PTB dans la commune de Zelzate, n'ont exercé aucune responsabilité dans un exécutif. Il est forcément plus facile pour eux de développer ce type de discours."
Certains partis en ont d'ailleurs fait leur cheval de bataille. "De nouvelles formations politiques, telles que Blanco, se présentent avec un programme qui se concentre particulièrement, voire exclusivement, sur cette crise de confiance. Ce parti envisage de laisser des sièges vacants à la Chambre des représentants pour symboliser les votes blancs et nuls." D'autres, ont choisi de placer l'éthique politique au centre de leurs préoccupations. "C'est notamment le cas des Engagés ou d'Ecolo."
Des sanctions… en théorie
Théoriquement, le citoyen qui ne vote pas et dont les motifs n'auront pas convaincu le juge de paix, sera envoyé devant le tribunal de police et ne pourra pas faire appel de la décision. En cas de récidive, l'amende peut monter jusqu'à 200 euros. Seulement, ce mécanisme de sanction est rarement mis à l'œuvre. "Dans le passé, on a eu une ministre de la Justice qui avait déclaré qu'il n'y aurait pas de sanctions. Et cette année, les jeunes de 16 et 17 ans ne seront pas sanctionnés s'ils ne votent pas aux européennes", souligne Benjamin Biard.
