Face au silence de la ministre Glatigny, le Segec propose de remodeler la 3e secondaire : "On introduit un principe de fourchette horaire"
Un évènement "exceptionnel" dans l'histoire du Segec. Voilà comment la conférence de presse organisée par le Secrétariat Général de l'Enseignement Catholique ce jeudi 11 septembre est d'emblée qualifiée par son secrétaire général, Alexandre Lodez.

- Publié le 11-09-2025 à 18h22
Toute la presse était réunie ce jeudi pour une conférence de presse au siège du Segec. Au menu, la présentation de propositions concrètes au sujet du tronc commun – réforme centrale du Pacte d'Excellence – face "au flou et au silence prolongé du politique". "Aujourd'hui, il n'y a pas d'information, si ce n'est les rumeurs qui sont glanées à gauche, à droite", regrette son secrétaire général Alexandre Lodez.
"Plus de table officielle autour de laquelle discuter"
Et pour cause, entre la Ministre Valérie Glatigny (MR) et le Segec, le dialogue autour de l'avenir du tronc commun semble au point mort. "En mai, la conclusion de la mise au vert de la Ministre était qu'elle disait entendre nos propositions et annonçait un retour avant, disons, le 21 juillet." Mais depuis, aucune réponse. "On a peut-être oublié de lui demander de quelle année", ironise-t-il. Le mois suivant, en juin, "nous lui avons fait des propositions, mais la Ministre n'a pas voulu nous recevoir. Aujourd'hui, il n'y a plus de table officielle autour de laquelle on peut discuter."
Puis le 4 septembre, c'est la douche froide. Les écoles reçoivent un courrier qui reporte à une date inconnue les formations préparatoires des directeurs et enseignants à l'arrivée du tronc commun en première secondaire, pourtant prévue en 2026. "Alors que l'on insistait en juin pour que les établissements inscrivent leurs professeurs à ces formations et qu'elles établissent un planning, on leur dit finalement un peu plus de deux mois plus tard que tout est reporté à on ne sait quand", s'indigne Alexandre Lodez.
Vers une redéfinition de la première secondaire ?
Il pointe ensuite un élément "inquiétant" dans ce courrier. Il y est dit que "le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles travaille actuellement à la redéfinition du degré inférieur de l'enseignement secondaire S1, S2 et S3."
Une phrase problématique à deux égards, selon le secrétaire général du Segec. En premier lieu, cela va à l'encontre de ce qui figure dans la Déclaration de politique communautaire (DPC), qui stipule clairement que l'on ne "touchera pas au tronc commun et qu'il y aura des adaptations de la troisième. On ne parle ni de la S1, ni de la S2", argumente-t-il. D'un autre côté, cela met aussi les établissements dans l'embarras. "Quelle perspective va-t-on donner aux élèves qui sont actuellement en sixième primaire ?", s'interroge Laetitia Bergers, directrice pour l'enseignement fondamental.
Des pistes concrètes en accord avec la DPC et le Pacte
Face à tous ces questionnements, le Segec a décidé de "prendre ses responsabilités" en présentant des pistes concrètes pour sortir de l'inertie actuelle. Cette proposition, déjà présentée à la ministre Glatigny, respecte à la fois la philosophie du tronc commun et du Pacte, mais aussi la DPC, assure Patrick Lenaerts, directeur pour l'enseignement secondaire.
Dans sa mise en œuvre, la proposition stipule entre autres de ne pas toucher à la grille de S1 telle qu'elle est prévue aujourd'hui et devrait être d'application dès la rentrée 2026. Le Segec plaide aussi pour la création de nouveaux groupes de travail.
Une nouvelle grille horaire en 3e secondaire
L'une des pierres d'achoppement du tronc commun reste l'organisation de la 3e secondaire. Depuis son arrivée à la tête de la FWB, la majorité MR-Engagés souhaite en faire une année "de transition" comprenant des activités "orientantes", bousculant alors le système actuel.
En présentant sa proposition de grille horaire pour la 3e secondaire, le Segec espère entamer un déblocage de la situation. Tout en garantissant un socle commun à tous les élèves, ce modèle permettrait aussi aux écoles d'adapter leur offre, explique Patrick Lenaerts. "On a identifié des cours dont on pourrait modifier le volume. En latin, par exemple, alors que la S3 prévoit normalement deux périodes, on dit que cela pourrait être zéro", illustre-t-il. "On introduit donc un principe de fourchette horaire qui permettrait des choix en fonction des écoles."
De cette façon, seules 8 heures de cours ne seraient plus communes à tous les élèves, contre les 14 à 16 périodes différentes autorisées actuellement. L'élève se retrouverait alors dans un système "orientant" plutôt qu'" orienté", puisqu'il pourrait faire ses propres choix.
Vers un retour des options ?
Cela dit, cette proposition présente tout de même un écueil. Comment s'assurer que ce type de grille horaire ne revienne pas à recréer un système à options, qui serait alors contraire à l'optique même du tronc commun ? "Il faudra que le gouvernement balise cela", reconnaît le Segec.
Convaincu de la proposition du Segec, son directeur pour l'enseignement secondaire Patrick Lenaerts met la Ministre Glatigny et ses partenaires de majorité au défi. "S'il y avait trois questions à leur poser, ce serait : en quoi notre proposition ne répond pas à la philosophie du tronc commun ; en quoi elle ne répond pas à la Déclaration de politique communautaire, et en quoi elle ne serait pas soutenable dans les écoles ?", interroge-t-il.
On l'aura compris, le temps presse. Le Segec entend d'ailleurs obtenir rapidement une réponse du gouvernement afin d'entamer au plus vite les formations en vue de l'arrivée du tronc commun. Interrogée par Belga, Valérie Glatigny a salué l'initiative du Segec et souligné l'importance de "mieux articuler le Pacte avec la feuille de route gouvernementale". À suivre…