Croquis de justice: un été placé sous le signe du "pétage de plombs"
SDF, Nathan (*) a même réussi à voler le véhicule de celui qui lui offrait le gîte.
- Publié le 06-02-2022 à 15h37
- Mis à jour le 18-02-2022 à 21h06

C'est un grand gaillard qui se présente devant le tribunal. Né en 1980, Nathan a été condamné par défaut à trois ans de prison pour une série de préventions longue comme un jour sans pain. Il a fait opposition. Père de quatre filles âgées de 6 à 21 ans, le prévenu n'est pas à proprement parler un père modèle. SDF la plupart du temps, il vit aux crochets de la mutuelle et de petits boulots en black .
Entre juillet et août 2019, à la suite d'une rupture sentimentale, le prévenu a "pété les plombs" et enchaîné les faits délictueux : vol avec violence d'un téléphone portable ; vol d'une voiture ; détérioration de la porte d'entrée d'un immeuble (ces deux dernières préventions au préjudice de la personne qui… l'hébergeait) ; menaces sur une surveillante scolaire et possession d'une arme prohibée (une machette) à l'intérieur de son véhicule, pas en ordre de documents - mais était-ce utile de le préciser ?
"Mon physique me dessert"
Nathan reconnaît volontiers certaines préventions comme le vol de la Clio et le bris de la porte d'entrée du bon Samaritain qui lui avait proposé le gîte : "Je n'avais pas la clé sur moi, j'avais bu, j'ai vu 'noir'." Le fil rouge dans cette affaire, c'est l'état d'imprégnation alcoolique quasi permanent de Nathan, comme quand il s'est montré menaçant envers la gardienne de "sa petite". Là, devant la présidente qui lui demande de s'expliquer, il nuance : "Je m'emporte, certes, mais mon physique me dessert (Nathan a le crâne rasé recouvert d'abondants tatouages, NdlR)". "Elle a vu que j'avais bu et a voulu protéger les enfants" , reconnaît-il. Quant à la détention d'une machette dans une voiture à l'immatriculation radiée, le prévenu précise qu'il s'en servait pour couper du bois. En vérité, Nathan nie juste le vol avec violence d'un GSM et accuse une connaissance : "On traînait souvent ensemble, c'est pour cela que mon nom apparaît dans cette histoire."
L'avocat de Nathan signale que son client n'a jamais été entendu dans ce dossier, ce qui met en rogne le ministère public. " Comment entendre des personnes qui sont SDF depuis des années ?" Pour le conseil, " c'est bien beau d'émettre un signalement, mais on n'a pas fait beaucoup d'efforts pour le retrouver. Ce n'est pas la faute de mon client si beaucoup de gens sont signalés." Pour lui, c'est clair : "On n'est pas forcément allé au bout des choses. Ce dossier-là a été partiellement bâclé. Je comprends qu'il faille désigner un coupable, mais on va parfois un peu trop vite en besogne." Et la procureure de signaler un témoignage qui semble étayer les faits : " Visiblement, vous ne connaissez pas le dossier !" L'avocat de la défense admet que cette pièce "lui est passée au-dessus" . Bref, ces deux-là ne partiront jamais en vacances ensemble.
"Il aspire à une stabilité"
Déjà condamné en 2013 pour "coups et blessures", Nathan n'est certes pas un perdreau de l'année. Mais son conseil minimise. "C'était il y a un certain temps et la période infractionnelle des faits qui lui sont reprochés aujourd'hui s'étend sur deux petits mois à peine, ce qui correspond à 'un pétage de plombs' à la suite d'une séparation durement vécue. À cette époque, mon client buvait plus que de raison et consommait des matières stupéfiantes. Aujourd'hui, il aspire à une stabilité. Il s'est d'ailleurs rabiboché avec sa compagne qui est d'accord pour que mon client emménage chez elle." Il demande un sursis probatoire avec comme conditions de ne plus boire, de ne plus consommer de drogue, de se faire aider psychologiquement, de régulariser sa situation administrative et de rechercher un emploi.
"De la poudre aux yeux"
Pour le ministère public, ces bonnes intentions seraient "de la poudre aux yeux ". " Cela l'arrange bien d'être SDF. Il ne fait pas grand cas de régulariser sa situation alors qu'il a tout de même 40 ans. L'alcool n'est pas une excuse, il ne réalise pas ses fautes. Je demande que la peine (3 ans de prison, donc) soit confirmée. "
Le dernier mot reviendra à l'avocat de Nathan. " Il a maintenant un vrai point de chute, il n'a jamais bénéficié d'un sursis probatoire, mesure qui me semble plus efficace qu'une peine de prison ferme ."
Nathan n'aurait apparemment pas dit mieux.
Jugement le 3 mars.
(*) Prénom d'emprunt
