Alcool et sentiments, partagés ou non, font un cocktail explosif
Brahim est poursuivi pour avoir frappé celui chez qui il vivait. Il nie.

- Publié le 30-06-2024 à 10h06

Lorsqu'il se présente devant la juge, Brahim est menotté entre deux policiers. Lors de son interpellation le 25 mai pour un vol avec violences, le parquet avait constaté qu'il avait été condamné deux mois plus tôt, par défaut, à un an de prison avec sursis pour la moitié pour coups et blessures. Il avait donc été envoyé en prison d'où il a fait opposition à ce jugement.
Si Brahim n'était pas présent lorsqu'il a été jugé en mars, c'est parce que, sans papiers, il n'a pas d'adresse en Belgique. Il n'avait pu être convoqué pour cette audience correctionnelle qui faisait suite à une plainte de l'homme chez qui il avait vécu.
Cet homme, rappelle la juge, est handicapé et a indiqué qu'il hébergeait Brahim. "Il dit que vous vous êtes montré violent, particulièrement lorsque vous aviez consommé beaucoup de drogue", introduit la juge. Les faits s'étalent entre novembre 2021 et janvier 2022. La victime, d'origine rwandaise, ne s'est pas constituée partie civile mais des photos et un certificat médical font état d'hématomes aux cuisses.
Hébergement ou colocation ?
"Quelles étaient vos relations ?", demande la juge. "Je payais un loyer de 200 euros par mois et je payais les courses de ma poche. À un moment j'ai décidé de partir", dit fermement, via un interprète, Brahim, qui se présente comme "Marocain musulman".
Brahim nie avoir frappé : "Il tombait dans l'escalier. Quand il tombait, je le relevais car il était handicapé. C'est moi qui faisais les courses. Je le soignais comme si c'était mon fils", argumente-t-il, soulignant "j'ai fait trois mois à Saint-Gilles pour rien. Il s'est désisté de sa plainte. Cela fait partie du passé".
"Quand j'ai refusé de lui donner ce qu'il voulait, j'ai cherché un autre logement. Je ne savais pas qu'il était amoureux de moi. Je croyais que c'était de la fraternité. Les rapports entre hommes pour nous, c'est interdit", dit-il dans la foulée.
La juge l'interrompt. "D'après l'exploitation de votre portable, le plaignant écrit dans un SMS : 'je t'aime Brahim et je t'aimerai toujours. Même si tu me frappes, je t'aimerai'". Et, ajoute-t-elle, "Plus tard, dans un échange de SMS, il écrit : 'Brahim, tu m'as fait mal Brahim". Ce à quoi vous répondez : 'Pardon, fils, pardon'".
Des SMS contestés
Brahim dit qu'il ne reconnaît pas ces messages, indiquant que, depuis trois ans en Belgique, il a essayé de l'aider, de lui faire du bien. Quant aux lésions constatées sur le corps de la victime, il les attribue à des chutes dans les escaliers.
Brahim le reconnaît. À l'époque, il buvait de l'alcool, le soir quand il rentrait du travail. "Mais lui, dès le matin, il buvait de l'alcool au petit-déjeuner. On habitait au troisième étage. Chaque fois qu'il descendait, il tombait. C'était un alcoolique."
Il veut être en couple avec moi et moi, vu que je suis musulman et pas juif, je ne fais pas cela.
Dans la procédure sur opposition, c'est la défense qui s'exprime en premier. "Mon client, qui payait 200 euros par mois, était hébergé par un homme de 20 ans plus âgé qui était homosexuel. C'est son droit. Mon client n'est pas homosexuel, c'est son droit", entame l'avocat. "Mon client dit que le plaignant tombe, qu'il se blesse, qu'il en prend soin. C'est tout à son honneur". Et de relever que deux voisins, qui ont été entendus, ont été témoins d'insulte mais pas de coup. Et de relever que, s'il y avait bien des coups, il suffisait de demander à Brahim de quitter le domicile. Pour l'avocat, le dossier est particulièrement "nébuleux". Il faut donc acquitter.
La procureure a une tout autre lecture. Elle explique que le plaignant a relaté à la police qu'il avait rencontré Brahim au Marché aux puces où ce dernier travaillait. Il lui a proposé de venir s'installer chez lui et ils ont commencé à avoir des relations sexuelles. Brahim, a expliqué le plaignant, devenait violent quand il était sous influence de l'alcool et des stupéfiants et lui portait alors des coups de ceinture aux jambes. Interrogé, Brahim a dit à la police : "Il veut être en couple et moi, vu que je suis musulman et pas juif, je ne fais pas cela."
Les messages SMS et les certificats médicaux, faisant état d'hématomes aux jambes, étayent les déclarations du plaignant, estime la procureure qui demande de confirmer le jugement.
Invité à s'exprimer en dernier, Brahim le répète : "Il n'y a pas de preuve contre moi. Quand je n'ai pas voulu lui donner ce qu'il voulait, son amour s'est transformé en haine". Jugement le 12 juillet.