L'expédition punitive de Chakil à Anderlecht, à coups de chaîne de vélo: "Vu vos antécédents, vous n'avez plus droit au sursis"
Chakil nie jusqu'à l'évidence. À cause du crack qu'il consommait?

- Publié le 20-10-2024 à 10h00

"Que vous est-il arrivé au bras ?", lance le juge à Chakil qui vient de s'avancer vers le banc des prévenus. "Bras cassé. Une chute de vélo", lui répond ce dernier qui doit répondre de coups et blessures volontaires, menaces et port d'armes.
Chakil n'est pas un enfant de chœur. Il a déjà été condamné pour coups à 15 mois de prison en 2022. Il s'est aussi vu infliger en 2023 et en juin des condamnations pour vol d'alcool. Les faits qui lui valent de se retrouver devant cette chambre correctionnelle sont récents.
Le 25 août, relate le président du tribunal, la police a été appelée dans un squat situé non loin des abattoirs d'Anderlecht. Sur place, elle interpelle Chakil, une chaîne dans une poche et couteau dans l'autre poche. Elle y découvre un homme blessé qui présente une longue marque dans le dos pouvant correspondre à des coups portés à l'aide de la chaîne.
Selon la victime, Chakil est entré dans le squat. Il a commencé à uriner partout. Il a sorti un couteau et la chaîne. Il l'a menacé de lui trancher la gorge et de le tuer. La victime dit avoir reçu des coups. Il affirme que Chakil aurait agi de la sorte car elle n'aurait pas accepté de vendre de la drogue pour son compte. Et d'ajouter encore que Chakil était déjà venu dans le squat trois jours plus tôt et qu'il avait mis le feu à des déchets.
Un couteau impressionnant
Le juge explique ensuite que Chakil a reconnu qu'il consommait du crack. Aux policiers et au magistrat du parquet qui l'ont entendu, l'homme a raconté qu'il avait une envie pressante, qu'il est donc rentré dans le squat, s'est rendu aux toilettes où l'occupant des lieux l'a frappé à la tête. Quant à la chaîne, il l'aurait trouvée sur place. Il l'aurait bien utilisée mais sans toucher son adversaire. À l'entendre devant le parquet, le couteau à cran d'arrêt devait servir à éplucher des fruits et légumes. "Ce dont je doute quand je vois sa taille", précise le juge.
"Les explications de la victime sont également vaseuses. Je suis toutefois étonné que vous niez le coup de chaîne vu les traces relevées dans le dos de la victime. Avez-vous donné des coups ?", insiste le juge.
A l'entendre, le couteau à cran d'arrêt devait servir à éplucher des fruits et légumes. "Ce dont je doute quand je vois sa taille", précise le juge.
"Non", maintient Chakil. "La victime aurait-elle pris la chaîne et se serait flagellée comme on le faisait au Moyen Âge ?", tente le juge. "Je ne sais pas", répond Chakil qui répète sa version : il s'est rendu aux toilettes, a reçu un coup sur la tête et est tombé. La police est alors arrivée.
Le juge s'étonne car aucune lésion n'a été constatée sur Chakil qui, sur demande du juge, précise geste à l'appui, qu'il a été atteint à l'arrière de la tête. Et il souligne qu'il ne connaissait pas la victime à qui, ajoute-t-il, il n'aurait jamais demandé de vendre des stupéfiants.
Des explications évasives
"Consommez-vous du crack ?", demande le juge. Chakil dit avoir arrêté il y a cinq mois, ce qui suscite l'étonnement du juge car il avait dit aux policiers qu'il consommait toujours. Il se trouve dans une situation complexe. Il est en séjour illégal et, interrogé par le juge, concède qu'il n'a pas tenté de régulariser sa situation. "Je commence tout juste à me mobiliser", reconnaît Chakil qui reste évasif sur ses sources de revenus. "J'ai travaillé. J'aide sur les marchés."
La représentante du ministère public ne croit pas les explications de Chakil. "Je n'étais pas là, mais un témoin a vu quelqu'un porter des coups de chaîne à une personne qui appelait à l'aide", rapporte-t-elle. Pour celle-ci, les photos du dos de la victime sont "édifiantes" A ses yeux, le comportement de Chakil est hautement problématique. "Il n'a aucune intention de s'intégrer. Il n'a aucune intention d'apprendre la langue", dit-elle. Les propos de Chakil ont en effet été traduits par une interprète. La procureure requiert deux ans ferme.
"Vous êtes un habitué de la justice. J'ai vraiment du mal avec vos explications. Il est peut-être difficile de croire sur parole la victime, mais il y a un témoin. Et vu vos antécédents, vous n'avez plus droit au sursis", résume le juge avant de demander à Chakil, qui n'a pas d'avocat, s'il a quelque chose à ajouter. Chakil fait signe non de la tête.
Le jugement sera prononcé le 31 octobre. Chakil veut un papier pour s'en souvenir. La greffière lui remet une note, qu'il prend de sa seule main valide avant de quitter la salle d'audience.