"Ce n'était pas une gifle. Elle a crié. J'ai crié. Nous étions fâchés."
Malgré les témoignages et le certificat médical, Abdelouahed nie les violences conjugales.

- Publié le 12-01-2025 à 10h07

"Non, non je ne souhaite que votre fille vienne assister aux débats", dit la présidente du tribunal à la mère qui entre dans la salle d'audience pour rejoindre le banc des parties civiles. L'huissier d'audience s'occupera de la petite fille. Le père est déjà installé sur les banquettes du public. Il s'avance pour rejoindre le banc des prévenus. Il doit répondre de coups à son épouse.
"Et aujourd'hui ?", demande la juge à la femme. "On essaie d'arranger la situation", dit une petite voix. À la présidente, elle confirme qu'il est revenu à la maison : "Hier". Elle répond par un "oui", à peine audible, à la présidente qui lui demande si cela s'est bien passé.
La juge détaille. Le couple est marié depuis 2009. Ils ont cinq enfants. L'homme peut être violent, physiquement et verbalement. Le 5 décembre, la police est intervenue à l'hôpital où un des enfants recevait des soins.
Une infirmière avait entendu un bruit sourd dans la chambre. L'homme criait : "Parle-moi sur un autre ton". Il a refermé la porte restée entrouverte. Via le hublot vitré, l'infirmière a vu que l'homme portait une seconde gifle à la femme. La sécurité est venue. Et ensuite la police. Un médecin a dressé à madame un certificat médical avec 17 jours d'incapacité.
"Les coups, cela arrive souvent ?", demande la juge. "Non", se contente de dire la femme. La juge insiste. Les réponses sont laconiques : cela est arrivé deux fois : en décembre et en 2011. Une gifle. Elle reconnaît des violences verbales : "Des insultes". La juge insiste pour qu'elle détaille : "Tu es laide. Tu ne fais rien. Rien n'est assez bien pour lui", dit-elle.
Des dénégations répétées
La juge se tourne vers l'homme. Elle le teste : "Êtes-vous capable de vous mettre à la place de madame ?". Abdelouahed ne saisit pas la perche : "Non". "Et si Madame vous disait que vous êtes un con, vous trouveriez cela normal ?"."Non", concède-t-il.
La juge en vient aux coups. "Pour moi, ce n'était pas une gifle. Elle a crié. J'ai crié. Nous étions fâchés", dit l'homme. Il veut expliquer le pourquoi de la dispute. La juge le coupe : "Le motif m'importe peu". Et d'expliquer qu'on a le droit d'être fâché, mais pas de frapper. Ici, précise-t-elle, on a le témoignage de l'infirmière et le certificat du médecin, deux personnes qui n'ont aucun intérêt à inventer. "Le témoin a menti. On était seul", persiste Abdelouahed.
Un médecin avait dressé à madame un certificat médical avec 17 jours d'incapacité.
Il s'emballe et le répète. À l'entendre, on lui a "tendu un piège". "Ils sont venus sur moi comme si j'avais une bombe sur moi", dit-il de la sécurité de l'hôpital. La juge lui tend une dernière perche : "Vous niez les gifles ?"."Exactement", confirme sèchement Abdelouahed, bras croisés.
La procureure recadre les faits. Elle y ajoute la circonstance aggravante de vulnérabilité car madame était enceinte de six mois. Elle explique que l'homme s'en est aussi pris à un de ses fils, lui serrant le bras car il vendait des stupéfiants.
Elle dénonce le caractère "archaïque" d'Abdelouahed qui, bien que lui même soit sous la mutuelle depuis un an, dit que son épouse ne travaille pas et doit donc s'occuper des enfants et de la maison. Elle se dit inquiète : "Je ne veux pas que, dans quelques semaines ou années, il n'y ait plus de mère et qu'elle retourne au Maroc dans un linceul."
Pour la magistrate du ministère public, les neuf antécédents en matière de roulage de monsieur ne la rassurent pas. "Cela montre qu'il ne s'inquiète pas du respect de la loi", en déduit-elle. Elle requiert deux ans, éventuellement avec sursis probatoire. Elle estime important que la famille soit encadrée.
Abdelouahed se défend sans avocat. Il se fait volubile, expliquant pourquoi il a tordu le bras de son fils. Il se plaint de la police qui, dit-il, n'a rien voulu consigner quand il est venu dénoncer son fils mineur. La juge le coupe : "Vous n'êtes pas ici pour cela".
Une dernière perche refusée
Elle lui tend à nouveau une perche : "Vous maintenez vos dénégations ?""Oui", assure le prévenu. La juge se fait pédagogue. Elle lui explique qu'il y a des alternatives à la peine de prison mais que, pour pouvoir en bénéficier, il faut qu'il en fasse la demande.
Abdelouahed se tourne vers sa femme, qui, à l'inverse de lui, parle un français parfait. Il cherche son conseil. "Madame n'est pas votre avocate", recadre la juge. Abdelouahed se dit prêt à suivre, si la juge le décidait, une thérapie. Et, bras croisés, il oppose un double "non" à la juge qui lui demande s'il a une question ou une dernière déclaration. Jugement le 24 janvier.