L'insulte anonyme, le degré zéro du débat politique
À Gerpinnes, le bourgmestre qui ne se représente même pas au scrutin du 13 octobre a eu la mauvaise surprise de découvrir des tags insultants dans sa rue.

- Publié le 11-09-2024 à 06h39
- Mis à jour le 11-09-2024 à 08h54

Une chronique "Il n'y a pas de quoi être fier" de Stéphane Tassin.
"Voleur", "on t'enc… et ton fils PD aussi". Toute cette poésie retranscrite ici – en corrigeant fautes d'orthographe que les auteurs malheureusement anonymes avaient commises – était adressée à un bourgmestre. Philippe Busine (Les Engagés), c'est son nom, bourgmestre de Gerpinnes, une verte commune au sud de Charleroi, a découvert ces insultes, écrites à la craie bleue à même le sol de la rue où il vit. Des panneaux de signalisation et des affiches électorales avaient aussi été dégradés. Celui qui est en poste depuis 2006 et qui ne sera pas candidat à sa propre succession n'avait jamais été confronté à une telle violence verbale. Il a aussi déposé plainte auprès de la police, nous apprend La Nouvelle Gazette, surtout parce que le texte à la craie, peu subtil, était entouré de croix gammées.
Pour l'heure, il semble difficile de savoir qui a commis ces dégradations et qui a écrit ces insultes. On pourrait gloser des heures sur l'évolution de notre société, sur le respect qui se perd à l'égard de ceux qui incarnent l'autorité (le curé, le médecin, le bourgmestre, l'enseignant, etc.).
Car, dans cette affaire, c'est une nouvelle fois un élu qui est visé. On nous dira que c'est la rançon du pouvoir, que les élus doivent apprendre à passer outre. Certains penseront peut-être même qu'il n'y a jamais de fumée sans feu et que si Monsieur Busine se fait traiter de voleur, c'est qu'il y a quand même une raison, même si on ne la connaît pas.
De la fumée sans feu
Détrompons-nous, il y a souvent de la fumée sans feu. Le bourgmestre de Gerpinnes comme d'autres élus locaux est quelqu'un qui n'est pas vraiment clivant, ou juste un peu, une personnalité du cru qui ne fait pas de vagues, un type normal quoi. Il n'est pas dans nos intentions de plaindre Philippe Busine jusqu'à plus soif, il s'agit en toute simplicité et une nouvelle fois d'illustrer, par un exemple récent, ce que les élus locaux disent depuis quelques années désormais : le rapport à l'électeur se dégrade.
Par le passé, le pouvoir communal, de par sa proximité avec les citoyens était plutôt préservé des critiques qui touchent d'autres niveaux de pouvoir. Les élus sont connus, on peut les croiser en rue, certains sont très accessibles et les décisions prises au niveau communal ont souvent un impact rapide et surtout visible. Ces derniers temps, les choses changent, beaucoup d'élus locaux se plaignent de se faire agresser sur les réseaux sociaux et même de manière plus directe, puisque les menaces sont parfois physiques. Sous cette législature il y a même des cas d'élus communaux qui ont quitté leur mandat au sein d'un exécutif, ayant de plus en plus de mal à supporter le poids de la charge. Lors d'une étude présentée par l'Union des Villes et Communes de Wallonie, en 2023, on apprenait que cinq mandataires communaux sur dix avaient songé à laisser tomber leur mandat durant cette législature et que 22 % ne souhaitaient pas se représenter à nouveau.
Bien entendu, tous les élus ne sont pas des modèles de probité. Une petite frange fait de la politique pour des raisons très éloignées de la seule volonté de gérer le bien commun. Mais ils ne sont pas majoritaires, au contraire. Il y a aussi ceux qui jouent un rôle en vue à d'autres niveaux de pouvoir et qui se retrouvent élus bourgmestres sans siéger parce que trop occupés par d'autres fonctions. Ce n'est pas la majorité non plus et on a vu, par le passé, certains d'entre eux, être sanctionnés au scrutin suivant.
Un peu de courage
Il faut un peu de courage pour se présenter face à l'électeur. Ils seront à nouveau des milliers à le faire, le 13 octobre, en Wallonie. Combien seront élus ? Combien iront au bout du mandat ? Il semble que dans certaines communes, les listes sont parfois plus difficiles à constituer que par le passé.
Il ne faudrait pas que les comportements insultants comme ceux observés à Gerpinnes continuent à se multiplier. Monsieur Busine qui n'en demandait pas tant n'est évidemment pas responsable de cet acte abruti, mais d'autres élus devraient peut-être s'interroger. Lorsqu'on importe dans une campagne communale, une dynamique proche du défunt scrutin fédéral et régional, lorsqu'on s'invective entre élus, lorsqu'on tient un discours brutal dans les journaux, à la télé et sur les réseaux sociaux, lorsqu'on ne respecte pas son adversaire, on favorise un peu, sans doute, des comportements outranciers, voir complètement idiots.