Malgré un deal à Schaerbeek et un réchauffement PS-MR, l'accord régional semble encore loin : "Laaouej et De Gucht sont aussi têtus l'un que l'autre"
Les nœuds fondamentaux, qui empêchent la formation d'un gouvernement bruxellois, restent identiques.

- Publié le 22-03-2025 à 07h05

Le déblocage des négociations à Schaerbeek, cinq mois après les élections communales, entraînera-t-il une réaction en chaîne aboutissant à la formation d'un gouvernement bruxellois, 9 mois après le scrutin régional ? Certains observateurs le pensent, les insiders un peu moins…
Ce deal communal, quoi qu'il en soit, ne peut qu'améliorer les relations, très tendues depuis les élections communales, entre le MR et le PS. Les libéraux avaient vécu comme une humiliation le "second tour" des élections communales qui avaient vu Ahmed Laaouej et le PS rafler au moins trois mayorats (Ixelles, Anderlecht, Forest), dans des communes où le MR avait pourtant obtenu plus de sièges que les socialistes.
En obtenant le mayorat de Schaerbeek pour Audrey Henry, même s'il faudra transmettre l'écharpe à Hasan Koyuncu (PS) en 2028 (le PS et le MR ont un accord pour se partager le poste, que chacun occupera durant trois ans), le MR a le sentiment de rééquilibrer quelque peu la balance.
Cet accord schaerbeekois, en pratique, s'est négocié en parallèle aux négociations régionales, et a été discuté entre Ahmed Laaouej (PS), Georges-Louis Bouchez (MR) et David Leisterh (MR), davantage qu'entre mandataires locaux.
"Le signal qui est envoyé avec Schaerbeek, c'est de montrer que les deux plus grands partis régionaux bruxellois (MR et PS) sont capables de s'entendre, de faire des compromis. Et que les quatre partis qui ont progressé aux élections (MR, PS, Engagés et Groen) sont capables de travailler ensemble", pointe une source politique. "Ce deal, qui est bon pour les deux partis, existe indépendamment du reste, et du niveau régional. Mais il montre aussi qu'Ahmed Laaouej est capable de faire des concessions."
Le président du PS bruxellois, en effet, est vu par certains des autres négociateurs comme un spécialiste du rapport de force, peu disposé à lâcher du lest.
Après la conférence de Yalta, tout le monde pensait aussi que Joseph Staline et Winston Churchill s'entendaient bien. Et puis, il y a eu une longue guerre froide.."
Ce réchauffement des relations entre Ahmed Laaouej et Georges-Louis Bouchez sur le dossier schaerbeekois, toutefois, doit être relativisé. "Après la conférence de Yalta, tout le monde pensait aussi que Joseph Staline et Winston Churchill s'entendaient bien. Et puis, il y a eu une longue guerre froide…", ose un libéral.
Les dossiers schaerbeekois et régionaux ont été liés par les états-majors du PS et du MR depuis le lendemain des élections communales. Il était communément admis que l'un ne se réglerait pas sans l'autre. Le fait qu'un accord soit intervenu à Schaerbeek est aussi l'indication d'un constat : puisque la situation régionale est complètement bloquée, autant avancer à Schaerbeek.
Les nœuds demeurent
Car à la Région, les nœuds fondamentaux restent identiques. L'axe néerlandophone incluant la N-VA a été rejeté pendant quatre mois par le PS, et la nouvelle formule mise sur la table par les informateurs Christophe De Beukelaer (Les Engagés) et Elke Van den Brandt (Groen) se heurte désormais au refus ferme de Frédéric De Gucht, chef de file de l'Open VLD. Or, le MR n'a pas de maîtrise sur son parti frère et, plus largement, personne ou presque n'a de prise sur Frédéric De Gucht, qui viserait la présidence nationale de son parti.
"Il n'y a aucune chance que Frédéric De Gucht bouge, et les critiques glissent sur lui. Et c'est la même chose pour Ahmed Laaouej. Ahmed Laaouej et Frédéric De Gucht sont aussi têtus l'un que l'autre", reprend cette source libérale.
Les discussions, pour autant, se poursuivent. Le MR, selon nos informations, a à nouveau proposé ces dernières heures de confier un poste de commissaire de gouvernement à la N-VA. Dans cette formule, le MR n'aurait pas à lâcher le parti de Bart De Wever, et la N-VA ne serait pas formellement au gouvernement. Le PS et la N-VA auraient toutefois refusé.
Les chances paraissent donc faibles qu'un déblocage intervienne lors de la prochaine réunion, initialement prévue lundi, mais qui pourrait finalement être reportée à mardi.
Le pétard mouillé de Défi
Quelles sont les pistes restantes ? Celles de gouvernements minoritaires ont été écartées par les partis. Et une majorité de gauche, sans le MR et avec le PTB, est politiquement invraisemblable.
Une autre solution serait qu'Ecolo et Défi montent à la place du PS. Or, les verts s'accrochent à leur choix pour l'opposition, soutenu en particulier par Zakia Khattabi.
Défi a bien semblé faire une ouverture, vendredi matin, en se disant prêt à trouver "une solution globale pour le bien des citoyens", même avec la N-VA. "La plupart des gens de Défi, dont moi, sont d'accord car le plus important, c'est d'arriver à une gouvernance", a déclaré Michel Claise sur LN24. Avant de rétropédaler, quelques heures plus tard, sur Facebook, assurant que "toute négociation avec quelque parti que ce soit n'est envisageable que (dans l'intérêt des Bruxellois.) Ce qui exclut aujourd'hui toute approche avec la NVA."
Il restera, si le blocage persiste, la piste d'une mise sous tutelle que certains en Flandre, et même au MR, appellent de leurs vœux…