Jan Jambon, le pilier de Bart De Wever au sein de l'Arizona
Le vice-Premier ministre N-VA a hérité d'un super-portefeuille qui réunit les Finances et les Pensions. Jan Jambon sera au cœur des réformes socio-économiques du gouvernement fédéral. Une fonction très délicate… Mais le nationaliste flamand a de l'expérience et la confiance du Premier ministre.

- Publié le 29-04-2025 à 06h35

Siège de la N-VA, rue Royale à Bruxelles. Nous sommes le 9 juin, jour d'élections générales. Alors président des nationalistes flamands, Bart De Wever vient de recevoir une information inattendue : son parti reste le numéro un au nord du pays. Le Vlaams Belang, donné vainqueur par les sondages, n'arrive qu'en deuxième position. Soulagé, les bras levés en signe de victoire, le chef entre dans la grande salle de réunion où l'attendent les principaux mandataires de sa formation. "Gewonnen !" crie-t-il à deux reprises. C'est gagné ! Il se dirige ensuite vers Jan Jambon, son vieux lieutenant, et le serre longuement dans les bras…
Près de huit mois après cette scène, Bart De Wever sort du tunnel des négociations fédérales. Il va devenir le Premier ministre d'un attelage composé de la N-VA, du MR, du CD&V, des Engagés et de Vooruit : l'Arizona. Lors d'épineuses discussions, les nationalistes flamands ont notamment hérité des Finances et des Pensions. Ces deux compétences seront rassemblées en un seul super-portefeuille. À qui le confier ? À Jan Jambon. Bart De Wever avait fait appel à son expertise durant la formation du gouvernement fédéral et, en toute logique, c'est à lui que revient ce "cadeau" aux allures de sacerdoce. Jan Jambon aurait préféré retrouver l'Intérieur, comme à l'époque de la "suédoise", mais il accepte.
Il a tout connu
Bart De Wever sait qu'il le charge d'une tâche énorme, risquée. Ces compétences ne pouvaient pas être attribuées à un débutant. Mais, à 65 ans, Jan Jambon a tout connu : les attentats de Bruxelles en 2016, le départ fracassant de la N-VA du gouvernement Michel sur le pacte de Marrakech en 2018, une difficile présidence du gouvernement flamand de 2019 à 2024…
Loyal, taiseux, sa personnalité explique également la confiance que place en lui le Premier ministre. L'essentiel de sa carrière étant derrière lui, Jan Jambon pourra garder la tête froide si les réformes fiscales et le dossier des pensions devaient lui valoir une certaine impopularité et des attaques. Avec David Clarinval, qui met en œuvre la réforme des allocations de chômage, le nationaliste flamand doit mener les réformes socio-économiques les plus importantes du pacte de majorité.
Le piège de la taxe sur les plus-values
Les débuts du gouvernement De Wever ont confirmé le rôle de pivot que joue Jan Jambon. Sa proposition visant à créer une taxe sur les plus-values, soumise en fin de semaine à ses partenaires "arizoniens", a provoqué une onde de choc durant le week-end. Conner Rousseau, le président des socialistes flamands, a menacé de faire chuter la coalition fédérale si les "épaules les plus larges" n'étaient pas mises à contribution comme il le souhaite.
Le leader de Vooruit a pris ombrage d'un élément important du projet du cabinet Jambon : l'exonération des investisseurs qui auraient conservé leurs actions durant dix ans au moins. Une façon, pour le ministre N-VA, d'alléger un peu le poids de cette contribution qui ne cadre pas avec son tropisme pro-entreprises… Ce dossier, qui avait empoisonné la formation de l'Arizona jusque dans les dernières heures des négociations, confirme sa haute toxicité.
En matière de pensions, Jan Jambon subit surtout la pression de la rue. Différentes corporations prennent très mal les tours de vis du gouvernement fédéral. Les magistrats se sentent lésés, les cheminots font grève, les enseignants en fin de carrière s'inquiètent… Face à la dérive budgétaire liée au vieillissement de la population, le vice-Premier N-VA devra maintenir un cap difficile et ne se fera pas beaucoup d'amis.
Comme vice-Premier ministre, Jan Jambon jouera également le rôle de gardien de la doctrine nationaliste au sein de l'équipe fédérale. Il suppléera ainsi en quelque sorte Bart De Wever qui, coincé par la recherche des compromis qu'imposent ses fonctions au "16", devra mettre l'idéologie en veilleuse. Mais c'est un rôle délicat à assumer, à nouveau : il faudra bien du tact à Jan Jambon pour incarner la ligne de la N-VA face aux autres formations sans déstabiliser le Premier ministre. Parfois cassant, très carré, ne s'embarrassant pas du protocole et des palabres, il devra se contrôler et marcher sur des œufs.
Un retour en grâce
Après les années difficiles à la place des Martyrs, siège du gouvernement flamand, Jan Jambon revient néanmoins au premier plan. Son étoile avait pâli comme ministre-Président de l'ancien exécutif régional. On le disait fini. Et pourtant… Le 9 juin, il était quelque peu revenu en grâce au sein de son parti après que la liste qu'il emmenait avait battu celle du Vlaams Belang dans la circonscription anversoise pour les élections au parlement flamand. Si Tom Van Grieken l'avait écrasé en termes de voix de préférence, Jan Jambon avait obtenu dix sièges de député, contre huit pour le Belang.