Bart De Wever veille à maîtriser parfaitement la langue de Molière: "Il adore les expressions françaises"
Comme ancien formateur et, désormais, comme Premier ministre, le nationaliste flamand se montre perfectionniste sur le plan linguistique. En plusieurs mois, les progrès de Bart De Wever ont été importants en français.

- Publié le 13-05-2025 à 06h35
- Mis à jour le 13-05-2025 à 16h09

Un trait méconnu de la personnalité du Premier ministre : sa volonté de maîtriser le français. La formation du gouvernement fédéral a constitué pour lui une excellente remise à niveau puisque, durant près de huit mois, les discussions ont le plus souvent eu lieu en français. Pendant cette période, Bart De Wever suivait en ligne des tutoriels linguistiques afin de peaufiner sa connaissance intime de la langue. Le chef de la coalition Arizona aime en particulier faire de l'humour pour détendre l'atmosphère, l'une des choses les plus difficiles à réaliser lorsqu'on s'exprime dans un autre idiome que le sien…
Plus sérieusement, la compréhension des petits pièges du français est surtout nécessaire afin de saisir la dynamique d'une réunion ou d'un entretien délicat. Et, lorsqu'on est Premier ministre ou formateur d'un gouvernement, il vaut mieux ne pas mal interpréter certains signaux… Si les francophones ne brillent pas souvent dans la maîtrise du néerlandais, les néerlandophones ne saisissent pas toujours le sens de certains euphémismes destinés à adoucir une information négative. Une anecdote : "Ceci n'est pas une option", avait répondu un négociateur francophone au sujet d'une proposition sur la table durant la formation. Il voulait signifier "non" de manière polie mais, du côté flamand, certains ont compris au contraire que la porte restait ouverte…
L'art du bon mot
Pour se préserver des faux pas durant les séances plénières entre les cinq formations de l'Arizona, le formateur Bart De Wever était flanqué d'Anne-Laure Mouligneaux, alors porte-parole francophone de la N-VA. Parfaite bilingue, cette dernière était chargée de vérifier toutes les nuances linguistiques dans les échanges et dans les textes de négociation. Souvent, Bart De Wever se tournait vers elle afin de trouver le bon mot en français.
Un ancien négociateur de l'Arizona se souvient : "Bart sortait des expressions comme tomber dans les pommes, avoir la pêche, avoir la banane… Il adore les expressions françaises. Par exemple, 'le jeu n'en vaut pas la chandelle'… Il voulait absolument connaître l'origine de l'expression". L'une de ses tournures préférées, qu'il place souvent lors de palabres difficiles : "À l'enthousiasme, nul n'est tenu". Une manière de dire que, même si ce n'est pas de gaieté de cœur, il faudra de toute manière aboutir à un compromis.
Des critiques venues… de Flandre
Ce souci de la maîtrise du français vient aussi de sa
mentalité de perfectionniste. "Il a une capacité impressionnante d'absorption des infos, il demande à être corrigé en permanence par ses conseillers", confie un informateur N-VA. Bart De Wever est, en outre, assez perméable à la critique. Certaines remarques avaient été émises sur la qualité de son français lors de son discours de politique générale prononcé à la Chambre, au lendemain de la prestation de serment des ministres au Palais. Ces critiques venaient de Flandre et ont été évoquées dans un article du Morgen. Elles ont poussé le nouveau Premier ministre à être encore plus exigeant sur son niveau de français.
Comme Premier ministre, le nationaliste flamand veille à respecter les codes d'usage et les règles de courtoisie : en Conseil des ministres ou à la Chambre, il répond à chacun dans sa langue. De même, il veille désormais à accorder des interviews aux médias francophones lorsqu'il en donne aux médias néerlandophones. Avant son entrée au 16, rue de la Loi, il se faisait très rare auprès des journalistes du sud du pays…
Ses progrès en français lui servent également dans le combat politique face à l'opposition fédérale. À la Chambre, dernièrement, face aux attaques des députés PS contre "l'accord de Pâques" et les décisions budgétaires du gouvernement Arizona, Bart De Wever a fait fuser une réplique grinçante : "C'est l'hôpital qui se fout de la charité"… Il renvoyait les socialistes au bilan budgétaire de la Vivaldi et à la dérive des finances régionales bruxelloises. "Il aime agrémenter ses discours de ces petites piques savoureuses, explique une source nationaliste. Une fois qu'il l'a utilisée, l'expression est acquise chez lui."