A la tête de la diplomatie, Maxime Prévot ne veut pas faire de la figuration
Le vice-Premier ministre et ancien président des Engagés mène actuellement un combat en faveur de la reconnaissance de l'État de Palestine. Il continue de peser dans le débat belgo-belge malgré ses obligations internationales.

- Publié le 28-08-2025 à 06h31
Durant la formation du gouvernement, des bruits de couloir laissaient entendre que Maxime Prévot convoitait les Affaires étrangères. C'était juste. Le 3 février, après sa prestation de serment au Palais royal, il a pris la tête de ce portefeuille prestigieux.
Ce choix personnel pouvait laisser incrédule. Comme président des Engagés, il avait conduit son parti à une victoire électorale éclatante quelques mois auparavant. Pourquoi Maxime Prévot aurait-il pris le risque de moins apparaître sur la scène belge en se pressant dans les ambassades ? N'aurait-il pas dû consolider en priorité la percée de sa formation politique en restant à sa tête ?
Maxime Prévot avait répondu à ces interrogations dans un entretien accordé à La Libre quelques jours après son entrée en fonction comme membre du gouvernement : "Je ne m'exfiltre pas de la politique belge", avait-il assuré. En effet, le chef de file des Engagés au sein du gouvernement De Wever ne se laisse pas oublier. S'il rate parfois l'un ou l'autre conseil des ministres en raison de son agenda international très chargé, il continue de marquer l'actualité.
Face au MR et à la N-VA
Bien entendu, la tragédie en cours à Gaza le place au cœur de la réflexion sur l'attitude que doit prendre la Belgique à l'égard de l'intervention militaire israélienne. Mais Maxime Prévot veille à faire entendre sa voix. Une voix qui n'est pas la même que celle des deux plus grands partis de la coalition fédérale, la N-VA et le MR. Le ministre des Affaires étrangères plaide pour une reconnaissance rapide de l'État de Palestine. Face à cette ligne, les nationalistes flamands et les libéraux francophones souhaitent conditionner cet acte diplomatique à certains préalables; tel que le désarmement des terroristes du Hamas.
Le retour de l'axe centriste
Au-delà de ses convictions à l'égard du drame que vivent les Gazaouis, ce dossier lui permet de rappeler que la majorité Arizona repose également sur un axe centriste composé des Engagés, du CD&V et de Vooruit. Ces trois formations, qui avaient déjà uni leurs forces durant la négociation de l'accord de gouvernement, font bloc en faveur de l'adoption d'une ligne plus dure à l'égard de l'intervention militaire israélienne, qu'ils qualifient de "génocide".
Les Engagés marquent en particulier leur différence vis-à-vis du style du MR de Georges-Louis Bouchez. Ce dernier avait choqué par ses propos, notamment lorsqu'il avait qualifié de "coup de génie" l'opération israélienne visant les membres du Hezbollah au Liban à l'aide de bipers piégés. Des innocents, dont des enfants, figuraient parmi les victimes de cette attaque. De même, une collaboratrice du centre d'études du MR, Nadia Geerts, avait provoqué un tollé par la publication sur les réseaux sociaux d'un commentaire maladroit sur la famine à Gaza.
En prenant ses distances vis-à-vis de son partenaire de gouvernement au fédéral, en Wallonie et à la Fédération Wallonie-Bruxelles, Maxime Prévot répond aussi aux critiques des partis de l'opposition. Ces derniers, depuis des mois, distillent dans les médias une image peu flatteuse du couple MR-Engagés : les centristes serviraient de marchepied aux libéraux, ces derniers leur imposant leurs vues conservatrices… Le dossier palestinien donne l'occasion aux Engagés d'affirmer leur libre arbitre.
Le talent international de De Wever
Sur un plan plus personnel, Maxime Prévot veille également à ne pas se laisser dominer par Bart De Wever en matière de politique étrangère. Au sein de l'exécutif fédéral, le Premier ministre est très souvent amené à représenter la Belgique dans les instances internationales et dans les rapports bilatéraux avec les autres États. À plusieurs reprises, on a vu Bart De Wever très à l'aise dans l'aspect diplomatique de ses fonctions au "16". Une rivalité pourrait l'opposer au chef de la diplomatie dont c'est également le job. Mais, manifestement, il devra compter avec Maxime Prévot et la vision que le vice-Premier ministre veut insuffler au sein de l'Arizona.