La paix là-bas, pas une foire d'empoigne ici
Un édito de Dorian de Meeûs

- Publié le 27-08-2025 à 23h49

Le fracas des bombes à Gaza résonne jusque dans nos parlements. Mais au lieu de s'unir face à l'urgence humanitaire, nos politiques se déchirent sur la question de la reconnaissance de l'État de Palestine. Les uns y voient un impératif moral et diplomatique, les autres une récompense pour le Hamas. Le risque étant que les groupes terroristes prennent vite en otages les terres et les populations civiles. Ces deux rationalités, bien que légitimes, sont peu conciliables. Mais les épées de Damoclès au-dessus du gouvernement fédéral, les surenchères partisanes, les déclarations chocs… tout cela nous détourne du vrai combat : sauver des vies et rouvrir le chemin de la paix.
Ce qui se déroule à Gaza est un scandale moral, une honte collective. Chaque jour qui passe ajoute au massacre, à l'infamie. Croire qu'un gouvernement belge réduit aux affaires courantes changerait la donne est une illusion dangereuse. Au lieu de fragiliser nos institutions, déstabiliser nos exécutifs, bloquer les réformes nécessaires ou multiplier les ukases, il faut mobiliser nos ministres au travers d'actions concrètes.
Le débat sur la reconnaissance de la Palestine porte sa part de symboles et de pressions diplomatiques. Mais ces discussions – très européennes – démontrent surtout notre faiblesse et notre incapacité à peser pour empêcher Israël de poursuivre sa terrifiante opération. Le vrai verrou, aujourd'hui, il est à Washington : c'est le soutien aveugle de Donald Trump aux dérives de l'extrême-droite israélienne. Pour le contrebalancer, il nous faut frapper fort et de manière déterminée. La Belgique, la France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne et d'autres grandes démocraties doivent former une coalition occidentale, assez large et déterminée pour imposer des sanctions ciblées contre Israël, et assez crédible et unie pour remettre sur la table un vrai processus de paix. Pas des mots creux, pas de symboles sans effets sur le terrain, mais des moyens financiers, diplomatiques et politiques massifs pour redonner chair à l'idée de deux États qui se reconnaissent mutuellement. Sans l'aide des Etats-Unis, il n'y a que dans un tel scénario que la reconnaissance de la Palestine aurait des conséquences concrètes, une légitimité indiscutable et… un avenir en paix.
Il n'y aura pas de paix sans deux États qui co-existent. La Belgique peut être à l'avant-garde de ce combat si elle ne se perd pas dans ses chamailleries internes. Le Proche-Orient n'a pas besoin de nos divisions, il a besoin de notre courage et de notre union.