"C'est écrit dans l'accord de gouvernement : nous n'enverrons pas les détenus là où leurs droits ne seront pas respectés"
Pour la ministre N-VA de l'Asile et de la Migration Anneleen Van Bossuyt, la baisse du nombre de demandeurs d'asile en Belgique est due, au moins en partie, aux mesures qu'elle a prises. Malgré les critiques, elle veut maintenir son cap, notamment en préparant l'envoi de détenus étrangers en Estonie, au Kosovo et en Albanie, pour soulager les prisons belges.


- Publié le 07-02-2026 à 14h12
- Mis à jour le 07-02-2026 à 14h18

Au moment de prendre ses fonctions, il y a tout juste un an, la ministre de l'Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt (N-VA), promettait la politique migratoire "la plus stricte jamais menée". Un an plus tard, le nombre de demandes d'asile est en baisse. Dans notre interview la ministre revient également sur la problématique des détenus étrangers.
Récemment, le patron de l'office des étrangers s'est rendu en Afghanistan pour y négocier un accord de réadmission de ses ressortissants qui seraient expulsés de Belgique. Est-ce bien moral de négocier avec le régime des Talibans ?
Jamais je ne soutiendrai le régime des Talibans, particulièrement en tant que femme. Mais il faut comprendre le problème auquel nous sommes confrontés. Ces dernières années, les Afghans sont dans le haut du classement des demandes d'asile en Belgique. En 2025, environ 4 000 personnes venues d'Afghanistan ont demandé l'asile en Belgique. Cependant, moins de la moitié ont obtenu l'asile chez nous. Ce n'est pas moi qui décide cela mais le CGRA, qui est un organe indépendant. Nous arrivons donc à une situation où ces personnes sont ici en séjour illégal, mais qu'on ne peut pas renvoyer en Afghanistan. C'est un problème. Certains bourgmestres et la police se plaignent de soucis que certains d'entre eux créent dans leur commune. Il y a également des problèmes dans les centres d'accueil. J'ai donc envoyé une lettre au commissaire européen à l'Asile et à la Migration pour lui demander d'agir en tant qu'Union européenne. Dix-neuf États membres se sont joints à ma demande. Une mission mise sur pied par la Commission européenne et à laquelle faisait partie Freddy Roosemont, le directeur général de l'office des étrangers, s'est rendue sur place et a discuté avec des responsables afghans. Ces discussions sont restées au niveau administratif et technique. Pas au niveau politique. Je n'y suis d'ailleurs pas allée moi-même.
Il faudra tout de même, à un moment, prendre une décision politique.
Que cela soit clair, il ne s'agira jamais de renvoyer en Afghanistan les personnes qui ont droit à une protection, comme les femmes ou les enfants. D'ailleurs, ces personnes obtiennent généralement une protection, ce qui leur permet de rester en Belgique. Ce sont les personnes qui, selon le Commissariat aux réfugiés et apatrides (CGRA), n'ont pas besoin de protection, que nous souhaitons renvoyer en Afghanistan.
Récemment, les aides au retour ont été supprimés pour les ressortissants brésiliens. Vous justifiez cela par un abus du système. Vous dressez le même constat pour d'autres pays ?
Pas pour l'instant. Nous avons, par ailleurs, augmenté d'autres aides financières, par exemple pour les ressortissants Syriens. De nombreux Syriens sont venus en Belgique pour fuir le régime Assad. Maintenant que ce régime est tombé, on veut inciter les gens qui le veulent à rentrer chez eux. Il y a environ 3 000 Syriens dans les centres d'accueil, et le système est ralenti par de nombreux arriérés. Ceux qui souhaitent rentrer volontairement peuvent ainsi recevoir jusqu'à 5000 euros sous forme d'une aide à la réintégration, accordée en collaboration avec l'Office international de la migration mais uniquement s'ils quittent le pays à un stade précoce de la procédure d'asile. Plus ils attendent, plus le montant diminue.
Cette semaine vous vous êtes rendue en Estonie avec la ministre de la Justice, Annelies Verlinden (CD & V) pour envisager la location de cellules dans les prisons afin d'y incarcérer des détenus étrangers, pour l'instant dans les prisons belges surpeuplées. Des contacts ont été pris précédemment avec l'Albanie et le Kosovo. Où en sont les discussions ?
Elles sont toujours en cours. Au Kosovo, il y a eu des élections depuis la dernière mission que nous avons menée (en octobre dernier, NdlR). Nous devons voir comment avancer avec le nouveau gouvernement. L'Albanie est un cas particulier. L'objectif est d'y envoyer uniquement les détenus albanais pour qu'ils purgent leur peine dans leur pays. Cela ne se fait pas du jour au lendemain, il faut négocier. Nous nous sommes rendues en Estonie avec le même objectif : évaluer les possibilités là-bas. Mais des élections sont prévues en Estonie pour 2027, donc ce sera pour après.
Cela pose tout de même des questions. Comment gérer les contacts avec les avocats à plusieurs milliers de kilomètres ? Comment garantir des conditions de détention dignes et respectant des droits humains ?
C'est écrit dans l'accord de gouvernement : nous n'enverrons pas les détenus dans
des pays où leurs droits ne seront pas respectés. Le CGRA a élabordé un rapport afin de vérifier quels États européens peuvent être pris en considération. Mais en Estonie, la prison la plus vieille que nous avons pu visiter a été construite en 2002. En Belgique, nous avons une prison qui date de 1862.