"On mène une politique d'asile plus humaine que sous la Vivaldi"
Pour la ministre N-VA de l'Asile et de la Migration Anneleen Van Bossuyt, la baisse du nombre de demandeurs d'asile en Belgique est due, au moins en partie, aux mesures qu'elle a prises. Malgré les critiques, elle veut maintenir son cap, notamment en préparant l'envoi de détenus étrangers en Estonie, au Kosovo et en Albanie, pour soulager les prisons belges.


- Publié le 07-02-2026 à 07h10
- Mis à jour le 07-02-2026 à 14h20

Au moment de prendre ses fonctions, il y a tout juste un an, la ministre de l'Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt (N-VA), promettait la politique migratoire "la plus stricte jamais menée". Un an plus tard, le nombre de demandes d'asile est en baisse. D'après la ministre, les mesures prises n'en ont pas moins permis de mettre en place une politique "plus humaine" que celle de ses prédécesseurs.
Cela fait un an que vous êtes à la tête du département de la migration. Vous avez indiqué récemment que le nombre de demandes d'asile avait diminué de 13 % au cours de l'année écoulée. Mais ce nombre est en diminution partout en Europe, et même dans des proportions plus importantes. Est-ce bien vos mesures qui font baisser le nombre de demandes d'asile, ou plutôt le contexte international ?
J'aimerais d'abord poser le contexte. Je mesure bien la misère des gens qui tentent de s'installer chez nous. Ils cherchent un meilleur avenir, souvent pour des raisons économiques. Mais moi, en tant que ministre de l'Asile et de la Migration, je dois assurer la pérennité du système. Je dois donc éviter que la pression sur notre société devienne trop grande. Je pense à notre système d'enseignement, au logement, à la sécurité sociale, à la sécurité en général. Voilà pourquoi je dois parfois montrer un cœur de pierre. On doit admettre que la Belgique a été à l'époque trop souple, trop attractive. Pensez au regroupement familial qui était le canal de la migration légale en Belgique le plus large. En 2024, 60 000 personnes sont venues en Belgique dans ce cadre. Au final, notre politique est plus juste et plus humaine que celle de la Vivaldi. Aujourd'hui, Il n'y a pas des personnes qui ont droit à l'accueil qui doivent dormir dans la rue. Il y a aussi moins de condamnations avec astreinte chez Fedasil. Leur nombre a diminué de 54 % en 2025 par rapport à 2024. Donc on ne peut pas dire qu'on n'est pas humain.
Et concernant la diminution du nombre de demandes d'asile en 2025 : est-ce grâce à la situation internationale ou à vos mesures ?
Il est vrai que si on prend en compte toute l'année 2025, la diminution du nombre de demandes d'asile est moins forte que la moyenne européenne. Mais si on prend spécifiquement la période à partir de laquelle les mesures de crise sont entrées en vigueur, au mois d'août, la diminution observée en Belgique est plus importante que la moyenne européenne. Entre septembre et décembre, la diminution a été de 28 % par rapport à la même période en 2024. La situation internationale joue évidemment mais nos mesures ont quand même une influence. La meilleure preuve, c'est que si on compare avec 2024, on a observé une baisse des demandes d'asile de 12 % au niveau européen, mais une augmentation de 12 % au niveau belge. Une autre preuve que nos mesures ont un impact : depuis le mois d'août, nous n'assurons plus l'accueil des demandeurs d'asile qui ont obtenu une protection dans un autre État membre – les fameux statuts M. Et là on voit une diminution de 83 % en Belgique.
Et comme cela vous avez allégé l'accueil dans le réseau Fedasil ?
Tout à fait. C'est d'ailleurs la première fois en deux ans de temps que le nombre de places dans le réseau d'accueil Fedasil est passé en dessous de 33 000. Avec un taux d'occupation de 94 %. C'est encore un peu trop. Pour Fedasil, il faut un taux d'occupation compris entre 88 et 92 %. Mais il ne faut pas oublier que nous avons fermé les hôtels : cela représente quand même 400 places. La crise de l'accueil n'est donc pas résolue. Il y a encore beaucoup de choses à faire. Mais la situation s'améliore. Quand j'ai pris mes fonctions l'année dernière, il y avait à peu près 3 000 personnes – des hommes seules – sur la liste d'attente. Il y en a désormais 1462. Par ailleurs, Fedasil finance 2 000 places à Bruxelles dans les centres pour sans-abris. On pourrait donc dire qu'il n'y a plus de liste d'attente.
Dès l'instant où vous n'assurez plus l'accueil des "statuts M" dans le réseau Fedasil, c'est normal que la liste d'attente diminue. Mais n'est-ce pas une façon de cacher une réalité ?
Concernant les statuts M, nous agissons dans le cadre européen. Le pacte européen sur la migration et l'asile, qui entrera en vigueur en juin, autorise à ne plus assurer l'accueil des personnes qui ont obtenu un titre de séjour dans un autre pays européen. On a décidé d'avancer cette mesure. D'ailleurs, la plainte pénale déposée contre moi par quelques familles qui ont déjà une protection dans un autre État membre et que nous avons donc refusé d'accueillir a été classée sans suite.
Mais ces familles avec enfant doivent quand même dormir dans la rue…
Non. Ce n'est pas le cas. Je me fâche quand j'entends cela. Les familles avec enfants qui ont droit à un accueil ont toutes une place dans le réseau Fedasil et ce n'était pas le cas précédemment. Les familles avec enfants qui ont une reconnaissance dans un autre pays n'ont pas de place dans les centres d'accueil de Fedasil. Mais on leur propose une place dans le centre de retour afin de les raccompagner vers le pays où ils ont une protection. Après, si ces familles ne veulent pas y aller et se trouvent donc dans la rue, c'est leur décision. Je me demande qui les conseille de ne pas se rendre dans un centre de retour.
La politique de retour, est-ce sur cela que vous allez travailler à l'avenir ?
La gestion des retours est le maillon faible des politiques de migration en Belgique et partout ailleurs en Europe.
C'est pour cela que vous allez augmenter les places en centre fermé ?
Je dis toujours que les retours doivent être volontaires si possible, forcés si nécessaires. Mais il faut bien contraindre certaines personnes en fin de droits à retourner dans leur pays d'origine. C'est pourquoi je veux doubler le nombre de places dans les centres fermés. On a ouvert une nouvelle aile au centre fermé de Merksplas, on a commencé à construire un centre de départ à Steenokkerzeel, on a reçu le permis pour construire un centre à Jumet en 2027. Et nous comptons ouvrir des ailes dans des centres existants. Il y aura aussi plus d'escorteurs de retour. Et puis, nous travaillons à élaborer des accords de réadmission avec les pays d'origine.
L'été dernier, le projet de loi concernant les visites domiciliaires a reçu l'avis du Conseil d'État qui juge que celui-ci doit être "fondamentalement revu". Ce texte permettra à la police d'entrer dans un logement lorsqu'elle soupçonne qu'une personne sans titre de séjour représentant une menace pour l'ordre public ou la sécurité nationale y réside. Que répondez-vous à cela ?
Tous les avis nécessaires ont, entre-temps, été reçus, notamment ceux, de la police fédérale, du Collège des procureurs généraux, etc. Ils seront pris en compte, pour autant que cela soit opportun, lors de la modification des textes qui seront soumis au Parlement. L'essentiel reste que quiconque séjourne illégalement dans notre pays et menace notre sécurité n'a pas sa place ici.